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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

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Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
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Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Christian VANCAU

22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 11:28

Jean-Claude Pirotte

Le vin des rêves, tant de bouteilles à la mer

Edité par "L'ESPRIT NOMADE" que je remercie au passage

 

 

 

 

Pirotte

 

« Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. »(Récits incertains)

 

Trempant sa plume dans les contes bleus du vin, dans le sang des jours, Pirotte est notre grand écrivain errant.
Il ne se pose que très rarement, jalonnant sa route étoilée d’auberges et parfois de combes, et il ne laisse traces de passages que par ses aquarelles laissées en
paiement au patron, de plis perdus, de livres abandonnés, de fonds de tiroir ressortis pour vivre un peu de pain aussi.


Il continue sa marche, Namur-Texas, commencée il y a si longtemps, du temps où il était avocat. Sa cause s’est élargie à l’humanité entière.
Non ce n’est pas une fuite, mais une libération, une
fusion.
Sa course d’étoile filante s’est posée quelque temps à Cabardès, avec un logis à Montolieu près de l’église d’où s’échappait haut et fort la musique de Ravel ou d’autres puis un nouveau
départ en triant ses chers livres de ses amis, ses musiques, et cap sur l’Anjou et il vit maintenant en Arbois.
La boussole des vignobles est sa vraie Croix du Sud. Son étoile verte est entre la nuit et les soleils du vin.
Lui qui se décrit comme« un peintre du dimanche et un écrivain du samedi » oscille entre les mots et les aquarelles. Romancier, chroniqueur, peintre, conteur, lecteur, animateur de revues, découvreur de talents, poète toujours, il a écrit plus de trente livres sur la dislocation des gouffres, les
rencontres entrevues et le grelot des chiens perdus. Pirotte est notre grand écrivain actuel de l'errance. Parmi tous ses livres qui, un jour, ont heurté nos vies minuscules, il faut citer: Pluie à Réthel,Un été dans la combe, Sarah, feuille-morte, Récits incertains, L'épreuve du jour, Plis perdus et le déchirant Il est minuit depuis toujours.


Et surtout il émane de lui cette fraternité chaude qui en fait notre plus proche voisin en angoisses et en nuits recourbées :
« Je tempère l'angoisse et la noirceur avec l'humour. Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

 

 

 

 

Traces de vie, tâches de temps

 

Jean-Claude Pirotte est né belge sous la pluie des jours et des gens . Son adolescence porte tout le ciel bas de la Wallonie, puis de la Hollande avec des détours en Bourgogne. Il essaie une vie sociale et exerce par défaut la profession d'avocat pendant onze ans. Il défendait les exclus, les marginaux, des délinquants, les pauvres, les immigrés. Choisissant la cavale plutôt que la prison, faussement accusé de complicité d’évasion d’un de ses clients, et commence alors une vie de vagabond avec des « étés dans les combes », des clandestinités et surtout des errances dans toute la France profonde. Il aura toujours été du côté des perdants, des revenants.
Quand on sonde sa mémoire oublieuse il répond « qu'il a vécu quelquefois, est mort souvent », mais il récuse sa légende de poivrot errant sous les voûtes du ciel, ou du moins ne veut plus s’en souvenir, tout en la vivant encore au quotidien.
Parfois émergent les traces de son adolescence, les longues virées en Hollande, en Bourgogne à Malaga, à Florence, au Portugal, dans les Ardennes. Tout cela fait une douce mousse de mémoire. Il sait que dans cette vie
impossible rabotée par le temps, il faut comme le commande Baudelaire s’enivrer. Seule la chute au fond des comptoirs des bars ralentit la véritable chute.


« Si j'ai vécu, ce ne peut être que dans les livres, et plus encore dans ceux des autres que dans les miens. À chaque voyage, il faut se reconstruire, tout est à refaire. Une vie, ce n'est pas la somme de vies improbables. »
Pour parler de sa vie improbable, il faut lui laisser la dire. Pour son éditeur Le temps qu’il fait Jean-Claude Pirotte a commis une sorte d’autobiographie que nous nous permettons de reprendre.

Pirotte

 

 

« Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'aime pas tellement parler de moi, bien que je donne l'impression de ne faire que ça. Raconter sa vie n'a pas d'intérêt, ou alors il faut en explorer toutes les profondeurs, en extraire ce qui fait le plus mal, et aussi ramener au jour, au présent, ce que chaque instant ménage d'incomparable à qui sait l'accueillir…
Le Jan Idsega de Fond de Cale, ce n'est pas moi : je ne suis pas né en Hollande mais à Namur dans les Ardennes, le 20 octobre 1939, je n'ai pas tué ma sœur car je suis fils unique, je n'ai pas été professeur de dessin mais avocat (de 1964 à 1975), et ainsi de
suite. Ceci dit, le personnage emprunte sans doute mes traits (mais d'une manière équivoque), lorsqu'il se met à vagabonder, ce que j'ai beaucoup fait, à écrire, ce que je ne cesse de faire, à être malade, ce que je suis aussi, comme un peu tout le monde...
Pour le dessin, la lecture, l'écriture, j'étais un enfant précoce. J'ai publié trop jeune, à quinze ou seize ans, quelques nouvelles,
plus tard des poèmes, j'ai écrit des romans heureusement perdus. Il a fallu que je me débarrasse de cette infecte facilité. Et justement ce n'est pas facile d'étrangler la facilité...
En vérité, j'ai eu beaucoup de chance. D'abord de naître dans un milieu social qui, pour être conformiste, n'en considérait pas moins la musique ou la littérature comme
autre chose que des ornements de la vie bourgeoise.

Je ne m'entendais pas du tout avec mes parents, qui avaient tout de même une autre idée que la mienne de l'existence, au point que j'étais persuadé que ma place n'était pas chez eux, que j'étais une sorte d'enfant trouvé. Ils me regardaient comme un rebelle, mais j'ai très vite conquis la liberté de lire, de dessiner, de peindre, et surtout de vagabonder. Cette liberté s'est illuminée en Hollande, dans cette famille Prins qui m'accueillit, à Ede, où il me semble avoir pris définitivement conscience de ce qui était beau à mes yeux, pas question d'ouvrir ici un quelconque débat esthétique. Pour simplifier, disons que ma sensibilité a trouvé là de quoi s'alimenter, et c'est ainsi que je ne suis pas devenu tout à fait un voyou. J'ai découvert là ce qui désormais me serait nécessaire, l'art et la vie dirais-je un peu pompeusement, l'art indissociable de la vie la plus quotidienne...


Ma condamnation, elle aussi, a été une chance miraculeuse. De nouveau je me suis trouvé dans l'obligation de conquérir et de protéger ma liberté. Ces policiers, ces magistrats qui se sont fourvoyés en me poursuivant et en me condamnant, et qui n'ont même pas réussi à entamer mon idéal de justice, je devrais les bénir. Dans la misère et l'insécurité de ce qu'il faut bien appeler une « cavale », la littérature, la peinture, la musique, et la vigilante tendresse de ma compagne (qui m'apportait, où que je sois, avec sa présence furtive mais éblouissante, des livres et de quoi peindre) m'ont rendu à la vérité. À la paresse. Au vagabondage. Active, la paresse. Productif, le vagabondage...»

 

Vie donc de résistance, vie parfois clandestine, mais naissance à l’écriture, la poésie, la peinture et à jamais refus de l’enfermement. Il a connu son « élargissement », sa fugue idéale :

« Ce qui compte, c'est le loisir merveilleux que me ménagent aujourd'hui ceux qui m'ont condamné, en m'apprenant à leur insu que la lumière éblouissante de l'exil se mérite. »

 

 

 

À la santé de Pirotte

 

Pourquoi parler de Jean-Claude Pirotte encore et encore. D’abord pour souhaiter à cet ami, bonne santé et bonne boisson de la treille et de la vie. Et aussi par amour, bien sûr, de cet étrange écrivain «qui confond et marie les arômes de la vie et de la mort » et,tout simplement, pour vous donner l'envie urgente de ces petits récits incertains qu'il trace au fil du quotidien. Dans les ornières des sentiments où l'amour est une plante morte., Dans cette longue errance qu'est la fuite de notre enfance,il y a un homme posé comme un épouvantail à moineaux dans le champ de blé de notre mémoire, c'est Pirotte. Quelques mots grappillés au hasard de cette âme insoumise donneront un éclairage sur cet écrivain.


Et nous lui devons tant à celui qui nous a révélé ses compagnons d’âme et de lecture (Thomas bien sûr, Robin, Dhôtel, Follain, Frénaud, Pierre-Jean Jouve, Tardieu, Leon-Paul Fargue…)
Recevoir ses livres est déjà grand bonheur, recevoir ses lettres parsemées de dessins est plus grande joie encore. On sait alors qu’il est en chemin vers vous, soit pour une lecture de ses écrivains fétiches, soit pour ses textes (Pirotte est un merveilleux lecteur !), et de sa voix râpeuse et grave il va dénouer devant nous, pour nous, ses mots. Parfois il vous parle aussi avec flamme de ses dernières illuminations musicales.
Il affranchit ses mots au trébuchet du cœur, et pour lui toute amitié perdure contre le gel du temps. Il connaît les ornières des sentiments, la fuite de l’enfance, les amours comme chiendent.


Pudique dans sa vie, merveilleusement impudique dans ses écrits, il laisse affleurer les rencontres des écrivains qui lui auront donné le pain des rêves et la force d’écrire : Henri Thomas, Georges Perros, Jacques Chardonne, André Dhôtel, Marcel Arland, des peintres également, des fantômes plus vivants que nous.
Il aura donné les plus beaux carnets de
route écrits depuis Nicolas Bouvier, dans une géographie intérieure, où les paysages ne comptent que comme anecdotes, là où se dressent les balises de mots de Pirotte.
Son écriture est un fleuve sensoriel, qui revient souvent sur ses pas, à ses sources et repart.

L'écriture de Pirotte est une pluie lente, une halte parmi quelques vagabonds de rencontres. «Je ne cesserai pas de jardiner ma misère, ni de tirer modestement gloire des voix célestes de la pluie ». Un livre-image, Lettres de Sainte-Croix du Mont, visualise ses paysages intérieurs.

Pirotte


Digressions comme autant de buissons ardents, citations comme bornes le long des routes, lire Pirotte c’est accepter de voyager, de se perdre surtout.
Voyage de couleurs (Pirotte est un grand peintre !) et d’odeurs.
Des odeurs du Portugal, à celles des bars ou des fossés qui l’auront tant accueilli, et surtout de celles des femmes qui montent comme signaux de fumée sur l’horizon des jours, ses livres sont des compagnons de
route. Un guide non pas du routard mais des papiers semés en guirlande au bord du chemin, pour témoigner du monde amer, du monde doux, du monde ordinaire.

Des sons montent aussi de ses livres, celui des chiens au lointain des villages, celui de Mozart ou Ravel, celui des rencontres entrevues dans les petits matins gonflés d’oiseaux et de légendes.
Les mots de Pirotte vous tombent dessus comme une pluie
lente mais obstinée.

 

 

 

 

Le chemin d’une âme insoumise

 

Que de bouteilles vidées et jetées à la mer des sentiments autour de son ombre qui titube !

 

Pirotte

La solitude est en laisse et Pirotte avance. Dans le champ de blé à midi de tous nos jours il y a un épouvantail dressé contre le soleil pour faire fuir les corbeaux du malheur. Pirotte voltige au bord de la folie, dans les lourds et poisseux lendemains de la picole, dans les rencontres et le mélange des gens.

Pirotte est en fuite permanente et sa lucidité tendre nous ouvre tous les chemins de traverse des jours.

Avec sa solitude en laisse, des reflets de ciel éclatés, des bouteilles vides et lézardées autour de son ombre, Pirotte promène sa merveilleuse oisiveté dans la langue française, dans les matins qui titubent de rosée, mais aussi dans la boue des villages et le gouffre amer de la terre.


Il nous protège des minuits de toujours, c’est l’ami Pirotte, veilleur de vent et de fraternité.
Je tiens des livres comme
Pluie à Rethel, Sarah feuille morte, Il est minuit depuis toujours, Récits incertains, Un été dans la combe, comme la prose la plus entêtante, la plus forte et bouleversante de la littérature contemporaine.


Que de superbes livres, que de fonds de tiroir aussi car il faut bien faire chauffer la marmite. Et ses fonds de tiroir à lui feraient tout l’ameublement de tant d’autres !
Autobiographies vraies ou fausses, regain coupé entre légende et mémoire, ses livres sont bien un miroir qui marche le long des routes.
Sa belle voix profonde de prodigieux conteur, il l’offre au service des autres, peintre entrevu, écrivain venant vers lui.

Ses remparts de pudeur laissent passer les caravanes du partage.
Je suis toujours touché par sa ferveur à citer ceux qui ont tissé son ciel de lit, plein d’étoiles en allée et de feu de camp de l’amitié.


« Il y a des choses, chaque jour, qu’il faut toucher du doigt, faute de quoi c’est l’enfer » (Paul de Roux), cité par Pirotte.
Les livres de Pirotte font partie de ces choses.

Livres de naufrageurs que sont Il est minuit depuis toujours et Plis perdus.

Il existe un autre versant à son écriture nomade,des livres coupants, violents, loin des brumes, des aubes froides.

Ainsi Absent de Bagdad, Cavale, son odyssée portugaise dans Un voyage en automne révèlent un écrivain de résistance, à jamais insoumis
Pirotte est un immense écrivain, celui du quotidien
triste, de la cavale permanente, de l'ordinaire le plus gris au bonheur aigre-doux d'être seul.
Souvent, les mots de Pirotte pleuvent obstinément comme pour une attente sur les berges de la misère.

 

« J'ai froid,j'ai peur et je sais que l'amour qui n'est peut-être que littérature, ne sauve rien,ne sauve de rien, ni des autres, ni de soi ».


Ainsi parle Jean-Claude Pirotte. Lui toujours en lutte contre « les naufrageurs du vin », contre la bêtise, les empêcheurs de rêver en rond ; les « pisse-vinaigre », le reste du monde en fait.


« Le vin, la littérature, la peinture, la musique, la philosophie même ne sont pas des ornements de la vie. Ils sont la vie même, qui n'est tissée que de confidences. Nous n'existons que dans l'à-peu-près, l'instable, le précaire et l'insoupçonnable. Nous ne pouvons compter que sur une planche de salut, où cependant nous redoutons de nous aventurer, car elle apparaît plus menacée, plus risquée encore, que nos certitudes mesquines et le sentiment taraudant de notre dépossession. »

Ne parlons surtout pas de Pirotte, lisons-le comme au coin d'un bar, sur une banquette de métro, au milieu des vignes, et toujours laissons-lui la parole:

«J'ai retrouvé la nuit, mais je ne retrouverai pas l'enfance».


Son vin des rêves est notre réalité.

 

Gil Pressnitzer

 

Suite et fin:

 

«Ma propre disparition a eu lieu plusieurs fois.» écrivait récemment Jean-Claude Pirotte, elle a bien eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, en Belgique. Cette Belgique qu'il avait finit de rejoindre, lui «le fuyard céleste» a posé son sac, ses bouteilles et son cancer qui depuis si longtemps l'accompagnait, compagnon clandestin dans tous ses chemins vicinaux oubliés que fut sa vie errante. Entre la fumée des cigarettes et des jours, la tendre caresse du vin, celle des femmes de passage, la joie de pouvoir encore voir s'envoler un oiseau, il avait dit toute sa mémoire et son oubli dans son dernier livre, Brouillard:

 

« C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie. »

 

Homme libre, merveilleux lecteur de sa voix profonde, plein des rochers de la vie errante, découvreur de ses frères en poésie, homme libre attentif à la simple condition humaine, la toute petite vie humaine, Jean-Claude Pirotte, le mélancolique clochard céleste, nous laisse les fragments de « sa vie perdue» comme autant de douces bruines de tendresse.

« l’heure vient d’échanger contre un corps volatil / cet encombrant fardeau d’os d’humeur et de chair ».

Le brouillard des jours incertains s'est dissipé, et Jean-Claude Pirotte demeure parmi nous, timide, rieur, libre, au petit matin du monde:

 

«C'est le seul moment du jour où je m'éprouve en vie avec une sorte de ravissement enfantin. La cigarette, le café fumant, le dessin gris bleuté des branches nues dans les jardinets. Le silence aérien. Il fait frisquet dans la cuisine et cela ne me gêne pas, moi qui ai toujours froid.
Une fumée blanche s'échappe d'un coin de la maison et s'évade entre deux sapins à la tête blanchie pour se mêler au ciel pâle. un chien noir
traverse une pelouse.»
(Brouillard)

 

le corps s’il est privé
de pitance il se meurt
et se meurt l’âme aussi
abandonnée des heures

de l’âge et de l’enfance
qui toujours la
visite
trop tard quand il est l’heure
de se quitter encore

après s’être quitté
si souvent que le corps
n’en peut plus d’être vif.
(Pirotte)

pirotte

Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis

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Published by Christian VANCAU - dans ECRIVAINS
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Laurence Warot 17/07/2014 10:07

Merci Christian de m'avoir fait découvrir un homme que je ne connaissais pas!

Vancau 17/07/2014 20:53

C'est un très grand écrivain Laurence. Regarde aussi sur ma bio 255 1er trimestre 1994; Danielle, son PC est foutu