Thomas Mann

 
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Thomas Mann

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Thomas Mann.

 
Activités Écrivain
Naissance 6 juin 1875
Lübeck Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès 12 août 1955 (à 80 ans)
Zurich Drapeau de la Suisse Suisse
Langue d'écriture Allemand
Genres roman, nouvelle, essai
Distinctions Prix Nobel de littérature (1929)

Œuvres principales

Signature

Signature de Thomas Mann

Thomas Mann, né le 6 juin 1875 à Lübeck et mort le 12 août 1955 à Zurich, est un écrivain allemand, lauréat du prix Nobel de littérature en 1929.

 

Il est l'une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du XXe siècle et est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence. Rompant peu à peu avec les formes littéraires traditionnelles, ses ouvrages comprenant romans, nouvelles et essais, font appel aux domaines des sciences humaines, de l'histoire, de la philosophie, de la politique et de l'analyse littéraire pour produire une image du siècle et de ses bouleversements. Son œuvre, influencée par Arthur Schopenhauer est centrée sur l'étude des rapports entre l'individu et la société, oppose généralement la rigueur du travail intellectuel, la spiritualité et le culte de l'action. Mais il n'est pas un homme de la décadence et n'aura de cesse de lutter, comme son frère Heinrich en fin de compte, mais à sa manière, pour la défense des valeurs mises en péril par les différents "ismes" ravageurs et les idéologies radicales. Au fil du temps il devient une figure réellement engagée dans l'action politique et éthique. Cet homme, au départ porteur de lourds préjugés de son pays et de son époque, fait face dans les moments difficiles et s'érige bien vite en représentant admirable de la "bonne Allemagne" dans ses meilleures traditions.

 

 

Biographie

Thomas Mann en 1932
Thomas Mann en 1949

Thomas Mann naît le 6 juin 1875 à Lübeck dans une riche famille patricienne de négociants en grains. Son père, Thomas Johann Heinrich Mann, consul des Pays-Bas dès 1864, est élu au Sénat de la ville de Lübeck en 1877 ; sa mère née Julia da Silva-Bruhns originaire du Brésil est issue d'une famille de commerçants germano-brésilienne. En mai 1890, la maison de commerce fête son centenaire, mais le 13 octobre 1891 le sénateur Mann meurt à 51 ans, laissant un testament qui prévoit la dissolution de la maison de commerce. Les études de Thomas Mann, dans une école privée d'abord, au Katharineum ensuite, ne sont guère brillantes. En 1892, la mère de Thomas Mann s'installe à Munich, où il la rejoindra en 1894.

Formation

Dès 1892, il écrit quelques textes en prose et des articles pour le magazine Der Frühlingssturm (« la Tempête du printemps ») qu'il coédite. En 1894, retrouvant sa mère, ses frères et ses sœurs à Munich, il travaille pour une société d'assurances. Il abandonne cette profession en 1895 pour parachever sa formation intellectuelle et devenir écrivain libre. Il fait paraître l'un de ses premiers récits dans la revue Die Gesellschaft, et quelques articles dans la revue Das zwanzigste Jahrhundert dirigée par son frère Heinrich Mann. Il se familiarise avec les pensées de Schopenhauer et Nietzsche, découvre les théories freudiennes naissantes, puis étudie les œuvres littéraires de Goethe, Schiller, Lessing, Dostoïevski, Tchekhov, Fontane, ainsi que la musique de Richard Wagner. Tous seront pour lui des modèles et il leur consacrera plus tard de nombreux articles ou essais. Thomas Mann découvre l'Italie avec son frère Heinrich de juillet à octobre 1895, puis durant l'automne 1896.

Premières œuvres

L'éditeur S. Fischer lui commande en mai 1897 une œuvre d'ampleur en prose : Thomas Mann commence la rédaction de son premier roman, largement inspiré de l'histoire familiale, sur la grandeur et la décadence d'une famille dans l'Allemagne au tournant du XIXe siècle : Buddenbrooks (Les Buddenbrook), qui paraît en 1901. En 1903, il publie Tonio Kröger qui conte l'amour tourmenté d'un jeune homme pour deux de ses camarades de classe, Hans Hansen et Inge Holm, dont une large part est autobiographique comme en témoigne la correspondance de l'auteur. Le 11 février 1905, il épouse Katia Pringsheim (1883 Feldafing - 1980 Kilchberg), petite-fille de la féministe Hedwig Dohm.
 

En 1912, il publie der Tod in Venedig (La Mort à Venise). La ville de Venise et l'Hôtel des Bains sur l'île du Lido, où séjourne Mann en mai-juin 1911, sont au cœur de cette nouvelle inspirée par la mort du compositeur Gustav Mahler que Mann apprend précisément le 18 mai 1911. Mais c'est aussi à Venise qu'est mort, en 1883, Richard Wagner à qui Mann dédie un essai durant la même période. Enfin, c'est sur la plage du Lido que Mann voit se réveiller son homosexualité latente devant la beauté d'un jeune noble polonais de quatorze ans. Cette œuvre que Mann désigne comme "une tragédie" est une réflexion sur la mort, l'amour, le mal, l'art et la culture. Œuvre profondément personnelle en rupture avec le naturalisme des débuts, La Mort à Venise exprime les angoisses d'un homme aux prises avec ses propres démons, marqué par la maladie et la mort de ses proches (sa femme souffre d'une maladie pulmonaire et sa sœur Carla s'est suicidée l'année précédente) et enfin par la menace de guerre qu'il perçoit dans la crise franco-allemande de 1911.

 

La conversion aux idées libérales

Un séjour en sanatorium à Davos et la catastrophe de la Grande guerre dans laquelle il est impliqué (prenant un temps parti pour l'Allemagne impériale) lui fournissent le sujet de son roman le plus célèbre, Der Zauberberg (La Montagne magique), paru en 1924. Cette œuvre, conçue comme une relecture ironique du Bildungsroman ("roman de formation"), constitue une étape importante dans son évolution intellectuelle en ce qu'elle marque symboliquement son ralliement aux idées libérales, après une proximité avec le courant de la Révolution conservatrice symbolisée par ses Considérations d'un apolitique, ouvrage important publié en 19181. Outre les considérations politiques, la structure narrative de l'ouvrage incorpore des réflexions artistique, esthétique, philosophique, historique et spirituelle et plusieurs théories littéraires. Cette vaste parabole sur la déchéance spirituelle, l'amour et la mort, avec l'Europe d'avant la Première Guerre mondiale pour toile de fond, lui vaut la renommée internationale. Mais l'Académie suédoise lui attribue le prix Nobel de littérature en 1929 pour Les Buddenbrook2. Face à la montée des extrémismes en Europe, Mann publie, l'année suivante, la nouvelle Mario et le Magicien qui évoque le danger des régimes fascistes et de la lâcheté intellectuelle.

 

L'exil

Dès 1933, il émigre en Suisse et s'installe à Küsnacht, près de Zurich, afin de se tenir éloigné de la tourmente politique que connaît alors son pays. Les premiers mois du régime nazi le convainquent, après un moment d'hésitation, de ne pas retourner en Allemagne. En 1936, il est déchu de la nationalité allemande. Connaissant les œuvres de Sigmund Freud, il dira d'Hitler : « Comme cet homme doit haïr la psychanalyse ! » Plus généralement, il est passionné par la médecine, et ses ouvrages regorgent de descriptions symptomatiques précises (il dira du dernier des Buddenbrook « qu'il a les dents striées par la chlorose », par exemple, et La Montagne Magique comporte des passages sur les maladies dont ses personnages sont atteints).

À partir de 1938, il vit aux États-Unis, d'abord à Princeton, puis l'année suivante à Pacific Palisades en Californie. C'est là qu'il compose le complexe et fort sombre Doktor Faustus (Le Docteur Faustus), paru en 1947, qui évoque métaphoriquement l'âme de l'Allemagne à travers le portrait d'un compositeur, inspiré d'Arnold Schoenberg. Durant ces années d'exil, il retrouve certains autres exilés allemands, tels que le dramaturge et poète Bertolt Brecht (évoquant Thomas Mann à plusieurs reprises dans son journal et sa correspondance), le réalisateur Fritz Lang, ou encore le compositeur Kurt Weill.

 

Le retour en Europe

Tombe de Thomas Mann

 

Après la guerre, il retournera régulièrement dans son pays natal, notamment en 1949 pour recevoir le Goethe-Preis à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance du célèbre écrivain. À cette occasion, il visita les villes de Francfort-sur-le-Main et de Weimar.
En
1952, il retourne s'installer en Suisse et non en Allemagne, bien qu'on cite alors son nom comme possible Président de la République fédérale d'Allemagne.
En
1954, il est fait citoyen d'honneur de sa ville natale, mais décède un an plus tard à Zurich. Il est enterré à Kilchberg.

Ce n'est que dans ses Notes quotidiennes du soir à n'ouvrir que vingt ans après ma mort3, publiées - malgré son titre - dès 1955, qu'il parle de ses attirances homosexuelles.

Famille

Il est le frère du grand auteur allemand Heinrich Mann et le père des écrivains Klaus et Erika Mann, de l'historien Golo Mann, ainsi que du musicien Michael Thomas Mann.

Prénom Naissance Décès
Erika 9 novembre 1905 27 août 1969
Klaus 18 novembre 1906 21 mai 1949
Golo 29 mars 1909 7 avril 1994
Monika 7 juin 1910 17 mars 1992
Elisabeth 24 avril 1918 8 février 2002
Michael 21 avril 1919 1er janvier 1977

Thomas Mann, l'Allemagne et les Juifs

Fils de son temps, l'écrivain est d'emblée marqué par les préjugés régnants. Mais on assiste à une évolution progressive de l'image des Juifs dans son son œuvre et, parallèlement, à une réflexion de plus en plus approfondie, significative à la fois de son évolution personnelle et de la virulence du problème juif dans l'Allemagne de Weimar et du troisième Reich. Continûment s'esquisse le parallélisme établi entre Israël et l'Allemagne. Le Leitmotiv se porte au cœur de l'œuvre à travers les balbutiements d'une germanité se haussant au sommet de ses plus nobles traditions 1

1Le débat est sensible au point qu'il a longtemps été tabou. Première rupture en Allemagne de ce silence obligé in : Thomas Mann und das Deutschtum.(Thomas-Mann-Studien). Klostermann, Frankfurt am Main 2004 . Reprise timide du débat in : Wikipedia.de : Thomas Mann und das Deutschtum. Sur le sujet, en français: Jacques Darmaun: Thomas Mann et les Juifs, Ed.: Peter Lang, 1995 ISBN3-906753-51-4. En allemand: Jacques Darmaun: Thomas Mann, Deutschland und die Juden. Niemeyer, Tübingen 2003, ISBN 3-484-65140-7

Œuvre

Romans

  • 1901 : Buddenbrooks - Verfall einer Familie (Les Buddenbrook : Le déclin d'une famille)
    medium Les Buddenbrook : Le déclin d'une famille de Thomas Mann

    Titre original :  Buddenbrooks

    Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

    critiqué par Bérénice, le 16 juin 2004 (Paris, Inscrite le 18 mai 2004, 28 ans)

    La note: 10 etoiles
    Moyenne des notes : 10 etoiles (basée sur 7 avis)
    Cote pondérée : 8 etoiles (319ème position).
    Visites : 3 681  (depuis Novembre 2007)

    Quand peu à peu tout se désintègre et meurt...

    Premier roman de Thomas Mann, écrit très jeune, paru en 1900 et devenu un des grands classiques de la littérature allemande, « les Buddenbrook » figura trente ans plus tard au nombre des livres brûlés par les nazis dans les autodafés : « une famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir » criaient les chemises brunes sous les fenêtres de l’écrivain

    L’histoire est celle d’une famille, une grande famille bourgeoise du nord de l’Allemagne, de Johann, le solide fondateur de la dynastie et de l’entreprise familiale, à Hanno, le frêle musicien qui s’éteint quarante ans plus tard dans un pavillon de banlieue. Quatre génération de bourgeois riches et prospères et fiers d’eux-mêmes. Fiers et aveugles : tandis que peu à peu leur vie se désagrège, ils continuent, se goinfrent et se félicitent, ils portent le masque du bonheur et de la complétion, et y croient eux-mêmes. Chaque personnage portait en lui les promesses d’un bel avenir, et tous passent à côté et finissent décrépis et asséchés.

    Il y a d’abord Toni, la si délicieuse jeune fille à la lèvre boudeuse, si prometteuse, qui sacrifie son amour pour que son « papa » soit « content ». Ses échecs maritaux s’additionnant, elle devient aigrie, elle radote. Elle qui représentait au début le romantisme, la jeunesse, la beauté, la spontanéité, n’est plus qu’un vulgaire bourgeoise exaspérante. Et cet amour qu’elle a laissé, sans que jamais elle songe à le retrouver, elle ne cesse de l’évoquer, comme un baume. Sa vie est un grand ratage, mais elle est trop bête pour s’en rendre compte. Elle ne comprend rien.

     

    Il y a son grand frère aussi, Christian, l’artiste raté, fasciné par le théâtre, toujours en train de se donner en spectacle, mais qui jamais ne réussit à s’assumer, à passer le cap, à monter sur les planches, qui reste toujours à la limite, trop bourgeois et pas assez courageux, et qui avec les années devient de plus en plus ennuyeux et de moins en moins drôle.
    Il y a surtout Thomas, l’aîné, l’inoubliable Thomas Buddenbrook, le seul clairvoyant. C’est une âme supérieure, le noble dans cette famille de bourgeois, extrêmement fin et intelligent ; il a sacrifié tout pour l’entreprise familiale dont il a hérité, il s’efforce d’en être digne et de la faire prospérer, mais il n’est pas fait pour cette vie, il voulait autre chose, mieux, plus beau, plus haut. Il s’en rend compte, et c’est ce qui est terrible chez lui, c’est ce qui est si poignant : il sent que ses forces s’épuisent, que son cœur s’assèche, que sa jeunesse l’abandonne, que son amour s’éteint, il regarde autour de lui et il voit tout, la banalité, la fadeur de ce qui l’entoure, et pourtant il continue, jusqu’au bout, comme un soldat qui aurait la gangrène et qui continuerait de marcher.

     

    Et enfin Hanno, qui ne vit que par et pour la musique, qui y est né, qui y meurt. L’artiste, le vrai, mais une plante pareille ne peut pas fleurir dans ce champ stérile qu’est la haute bourgeoisie allemande.

    Le tour de force de Thomas Mann est d’avoir amené lentement ses personnages à la fin sans que jamais rien ne se passe, sans que jamais ils ne se disent : je chute. Dans cette famille, on n’élève pas le ton, on fait régner la paix, on s’arrange et on continue à se laisser porter par la vie, par le long fleuve tranquille qu’est la vie bourgeoise des riches commerçants. On s’achète des nouvelles maisons, on fait des aménagements, on se marie, on enfante : tout est toujours pour le mieux, et cela semble devoir continuer jusqu’à l’infini, dans une lente répétition de chaque jour et de chaque moment. Les pleurs, les joies, tout passe et s’efface, rien ne porte jamais à conséquence. Pas de révolte, pas de cris. On se parle mais on ne communique pas, chacun reste à part soit, sans personne pour apporter du réconfort, parce que personne ne se comprend et que tout le monde joue un rôle qui n’est pas le sien. Et la vie toujours continue. Et tout à l’air d’aller bien, même lorsque tout est perdu.
    La pourriture commence dans les bas-fonds et lorsqu’elle a tout envahi, on continue de la prendre pour de la garniture.

  • 1903 : Tonio Kröger (court roman)
  • 1909 : Königliche Hoheit (Altesse Royale) [1]
  • 1924 : Der Zauberberg (La Montagne magique)
  • 1933-1943 : Joseph und seine Brüder (Joseph et ses frères), roman en 4 tomes:
    • 1933 : Die Geschichten Jaakobs (Les Histoires de Jacob)
    • 1934 : Der junge Joseph (Le Jeune Joseph)
    • 1936 : Joseph in Ägypten (Joseph en Égypte)
    • 1943 : Joseph, der Ernährer (Joseph le Nourricier)
  • 1939 : Lotte in Weimar (Charlotte à Weimar)
  • 1944 : Das Gesetz (La Loi)
  • 1947 : Doktor Faustus (Le Docteur Faustus)
  • 1951 : Der Erwählte (L'Élu)
  • 1953 : Die Betrogene (Le Mirage)
  • 1954 : Bekenntnisse des Hochstaplers Felix Krull. Der Memoiren erster Teil, nouvelle version allongée d'une nouvelle de 1911. Œuvre inachevée. (Les Confessions du chevalier d'industrie Félix Krull)