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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

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Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
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Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

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Je suis sur les blogs pro-tibétains:

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Christian VANCAU

23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 16:23

Jean-Jacques Pauvert, né Jean-Albert Pauvert à Paris le 8 avril 1926 et mort le 27 septembre 2014 à Toulon1, est un éditeur et écrivain français, fondateur des éditions Pauvert.

 

Jean-Jacques Pauvert s'est fait connaître surtout par la réédition d'œuvres oubliées, proscrites ou considérées comme marginales. À près de vingt ans, il est le premier à publier Sade sous son nom d'éditeur2. Jusqu'alors, cette œuvre était diffusée sous le manteau.

 

Par ailleurs, il a fait appel à des maquettistes de talent, comme Jacques Darche ou Pierre Faucheux, lequel, dans les années 1960, a conçu pour les Éditions Jean-Jacques Pauvert l'identité graphique de la collection « Libertés » (format poche : 9 cm x 18 cm, couverture en papier kraft, gros caractères d'affiche noirs pour le titre, tranche noire)3, offrant ainsi une présentation originale tout en réduisant les coûts de fabrication.

Il a révélé des auteurs qui ont connu de grands succès de librairie, tels : Albertine Sarrazin, Michel Bernard, Jean Carrière, Hortense Dufour, Françoise Lefèvre, Brigitte Lozerec'h, Mario Mercier, etc.

ll a publié, de Françoise LEFEVRE

  • La Première Habitude, éd. Pauvert, 1974, rééditions J'ai Lu — Grand prix des lectrices de Elle, 1975
  • L'Or des chambres, J.-J. Pauvert, 1976, rééditions J'ai Lu
  • Le Bout du compte, J.-J. Pauvert, 1977, réédition J'ai Lu et d'autres (voir ci-dessous)
  • C'est lui qui a encouragé Françoise Lefèvre à écrire "La Première Habitude" et ce fut un succès immédiat

Biographie

Fils de Marcel Pauvert, journaliste, petit-neveu d'André Salmon par la branche maternelle, Jean-Jacques Pauvert passe son enfance à Sceaux et fait ses études primaires au lycée Lakanal, où il a pour professeur de français José Lupin, avant de passer brièvement par l'École alsacienne, où son grand-père paternel avait été professeur. Cancre incurable et chaque fois renvoyé de ses établissements scolaires, il se retrouve en 1942 vendeur à la librairie Gallimard, boulevard Raspail à Paris.

 

En 1945, sous le nom Éditions du Palimugre, il publie de courts textes de Sartre, Montherlant, Léautaud, Flaubert, puis, en 1947, une édition intégrale de l'Histoire de Juliette du marquis de Sade. Pour la première fois, Sade est officiellement publié sous une jaquette d'éditeur, Jean-Jacques Pauvert, ce qui lui vaudra plus de dix ans de poursuites judiciaires. Le dernier des dix volumes sortira en juillet 1949, avec une couverture en carton dont la maquette est signée Mario Prassinos.

 

En 1949, il fonde la première Librairie du Palimugre, rue de Vaugirard. En 1953-1954, Jean Paulhan (qui en rédige la préface) lui confie le manuscrit d'Histoire d'O d'une certaine Pauline Réage (on apprendra trente ans plus tard qu'il s'agissait de Dominique Aury). Pauvert le publie en 1954. En 1955, il reprend la revue Bizarre, créée par Éric Losfeld. En 1956, il est surveillé par la police. Un procès lui est intenté du 15 décembre au 12 mars 1958 par le Ministère public concernant la publication de certaines œuvres de Sade. Défendu par Maître Maurice Garçon, Pauvert gagne le procès.

 

Parmi les auteurs qu'il édite ou réédite figurent Georges Darien, Georges Bataille, Gilbert Lely, André Breton, Erckmann-Chatrian, Pierre Klossowski, Raymond Roussel, Charles Cros, Lewis Caroll, Albertine Sarrazin, la comtesse de Ségur, Oscar Panizza, Fulcanelli, Eugène Canseliet, Dalí, C. R. Maturin ou encore René de Solier. Mentionnons encore une édition des œuvres complètes de Victor Hugo en quatre volumes, ainsi que l’Histoire de l'art d'Élie Faure.

 

En 1967, il publie une biographie, rédigée par Jean Nohain, du "Pétomane" Joseph Pujol, artiste phénomène qui donnait des spectacles de pets fort prisés au début du siècle. Il fonde plusieurs collections, dont la « Bibliothèque internationale d'érotologie ». Il édite le Sexe de la femme du Docteur Gérard Zwang.

En 1968, il publie pour la première fois en français La désobéissance civile de Henri David Thoreau, paru aux États-Unis en 1849 et qui a inspiré Gandhi dans son action non-violente.

 

En 1972, l'un de ses auteurs, Jean Carrière, obtient le prix Goncourt pour son roman L'Épervier de Maheux. Il découvre Françoise Lefèvre, qu'il révèle en 1974 au public par son roman La Première habitude (Grand prix des lectrices de Elle 1975). En 1976, il publie les Mémoires d'un fasciste de Lucien Rebatet4.

 

Commence le temps où il mène de front son métier d'éditeur et celui d'auteur, car il a entamé l'immense travail de mise en perspective depuis les premiers signes de l'écriture jusqu'à nos jours d'une Anthologie historique des lectures érotiques, dont il fait précéder chaque extrait d'un texte de présentation historique. La publication des cinq volumes sera échelonnée de 1979 à 2001. Entre le pénultième et le dernier volume, il rédige la biographie du Marquis de Sade en trois volumes.

 

En 1982, il révèle Brigitte Lozerec'h en publiant son premier roman L'Intérimaire, en coédition avec Julliard. Ce livre connaît un immense succès et est traduit en plusieurs langues. En fin d'année, il entame une riche collaboration avec Annie Le Brun en publiant son mémorable essai sur la fascination pour le roman noir : Les châteaux de la subversion puis, plus tard, sous sa marque "Pauvert", une introduction d'Annie Le Brun aux œuvres complètes de Sade : Soudain un bloc d'abîme, Sade.

 

De 1981 à 1983, il publie deux romans de Françoise Sagan : Un orage immobile en coédition avec les Éditions Julliard, puis La femme fardée en coédition avec Ramsay. Ce dernier demeure le plus fourni, le plus épais de toute l’œuvre de Sagan avec ses 500 pages.

 

En 1991, Il dirige la réédition des œuvres de Guy Debord aux éditions Gallimard.

Il est le père de quatre enfants, dont Camille Deforges, fille de Régine Deforges, qu'il a reconnue quand elle a eu quarante ans.

Il a épousé Brigitte Lozerec'h le 25 avril 2014 à la mairie du Rayol-Canadel-sur-Mer, comme l'a révélé le quotidien Var-Matin du 26 avril 2014.

 

Œuvres

  • Anthologie historique des lectures érotiques, 5 volumes aux éditions Stock. Tome 5: De l'infini au zéro, 1985-2000, publié en 2001
  • Sade vivant, 3 volumes, éd. Robert Laffont, 1986-1990. Prix des Deux Magots, réédition, éd. Tripode, Octobre 2013
  • Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, suivi de l'Affaire Sade, éd. Les Belles Lettres, 1994
  • L'Amour à la française, ou l'Exception étrange, éd. du Rocher, 1997
  • Apollinaire et Monaco, éd. du Rocher, 1999
  • La Littérature érotique, éd. Flammarion/Dominos, 2000
  • La Traversée du livre, Tome 1, éd. Viviane Hamy, 2004
  • Métamorphose du sentiment érotique, éd. Jean-Claude Lattès, 2011
  • Mes lectures amoureuses, éd. La Musardine, 2011
  • Sade vivant réédition en un seul volume (1200 p.), éd. Tripode, 2013

Correspondance

  • Guy Debord, Correspondance, volume 7, Fayard, 2008.
    Les lettres de Guy Debord à Jean-Jacques Pauvert sont regroupées dans ce volume.

Références

  1. Alain Beuve-Méry, « Jean-Jacques Pauvert, éditeur légendaire et atypique, est mort » [archive], sur Le Monde,‎ 27 septembre 2014 (consulté le 28 septembre 2014)
  2. Signalons que les Éditions du Scorpion éditèrent Sade sous leur nom et de façon non clandestine en 1946.
  3. Jean-Jacques Pauvert, La Traversée du livre, Mémoires, Paris, Viviane Hamy, 2004, p. 390-392.
  4. Jacques Chardonne, Paul Morand, Lucien Rebatet, le retour des pestiférés [archive], Jérôme Dupuis, lexpress.fr, 15 février 2013
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur

JEAN-JACQUES PAUVERT [1926-2014] 
Ma vie en texte

On peut aimer Miller, Bukowski, Burroughs, ce ne seront toujours que d’agréables et distrayants chemins de campagne, à côté du gouffre, de la déflagration que peut être la première lecture – celle que l’on n’oublie jamais, du Bleu du ciel, d’Histoire de l’oeil, ou des 120 journées de Sodome.

Un jour, Jean-Jacques Pauvert a décidé que ces textes, on ne pouvait les occulter, ils étaient important, en eux et non pour le scandale qu’ils provoquaient, ou les discours déformés qu’ils charriaient. C’était avant. Avant que les mots « transgression », et « subversion » ne viennent animer les pitch de publicitaires en manque d’inspiration (« et là je vois bien un truc pour la voiture, mais un peu transgressif, tu vois »), bref des étiquettes vidées de leur sens dans le grand bain du spectacle, tout juste bonnes à illustrer des T-Shirts.

Pauvert, lui, se souciait peu d’être scandaleux, ou de ne pas l’être, et des étiquettes en tous genre. N’en faire qu’à sa tête, c’est ce qu’il a fait toute sa vie : publier Sade avant qu’il ne soit dans la Pléiade, Vian lorsque l’Ecume des Pages n’était pas un classique des collèges, Rebatet, quand plus personne n’acceptait de lui parler. Accepter d’avoir vingt ans voire plus d’avance, à peu près tout le temps, affronter la censure, les procès, pour faire naître les textes au grand jour, au lieu qu’ils hantent les Enfers des bibliothèques. Mais aussi réinventer les maquettes des livres, afficher une curiosité d’esprit et un amour de la littérature inépuisable qui le mèneront de Darien à Victor Hugo, de Breton à Hardellet, et créer sinon un des plus beaux catalogues de l’édition française, le plus singulier sûrement.

Cela justifie amplement de traverser la France en une journée, de se perdre dans les collines varoises au terme d’un road-movie digne de Rozier, pour rencontrer l’éditeur d’Histoire d’O. On a lu ses Mémoires, relues et dévorées, mais le second tome se fait attendre…alors.

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Gonzai : On a toujours entendu cette première histoire, je ne sais pas si le début se joue là ou pas…

Jean-Jacques Pauvert : Il y en a beaucoup…

Gonzai : Et peut-être que certaines sont inventées ! Donc cette histoire un peu étonnante sur le fait que dans votre première fois d’éditeur, c’est Montherlant qui rédige pour vous le contrat, parce que vous n’en n’aviez jamais rédigé avant.

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui, je n’avais jamais rédigé de contrat, j’ai commencé en effet par publier des choses avec l’accord des auteurs. En fait, mon premier livre, celui par lequel je suis devenu éditeur, c’était un texte de Sartre sur Camus, il avait publié un article que j’avais trouvé formidable. Il faut dire qu’à l’époque, j’étais totalement emballé par Camus, et je connaissais Sartre, je connaissais beaucoup d’auteurs d’ailleurs.

Gonzai : Pourquoi connaissiez-vous beaucoup d’auteurs ?

Jean-Jacques Pauvert : Parce que ça m’intéressait, et puis aussi parce que j’avais commencé par la librairie. J’avais été mis à la porte de divers établissements, c’était la guerre, et mes parents me demandaient de travailler. Un beau jour, mon père a une idée de génie, il me dit : « Mais je connais Gaston Gallimard, je vais te présenter ». J’avais 15 ans, et je me suis ainsi retrouvé, très impressionné, dans le grand bureau de Gaston Gallimard qui m’a dit : « Bonjour Monsieur, alors comme ça vous voulez faire de la librairie ? ». Alors, à tout hasard, je dis oui. Il m’a ainsi proposé une place d’apprenti à la librairie du boulevard Raspail, qui existe toujours.

Bref, je me suis retrouvé là dedans, et puis c’était l’Occupation, les livres étaient rares, introuvables, je connaissais beaucoup de libraires parce que je passais du temps à farfouiller chez les uns ou les autres, et j’ai commencé à faire du troc, j’achetais des livres chez un libraire que je revendais à un autre, ça a commencé comme ça.

Donc j’étais très entiché de Camus, j’avais adoré Le Mythe de Sisyphe et L’Etranger, et un beau jour, je lis le texte que Sartre a écrit surl’Etranger. Pris d’une idée, je me précipite rue Sébastien Bottin, je monte voir Sartre, et je lui dis : « Vous venez de publier un texte fantastique sur Camus dans les Cahiers du Sud et il faudrait l’éditer ». Il y a une chose sensationnelle chez Sartre – avec beaucoup qui sont moins sensationnelles – c’est un désintéressement extraordinaire. Il me dit tout de suite : « Mais quelle bonne idée, faites donc ce que vous voulez. ». Ca a été mon début. Je me retrouve donc avec ce texte, je ne SAVAIS pas très bien comment on faisait un livre, et alors que je marchais dans les rues, je vois rue de Seine un enseigne : « Henri Dieval imprimeur ». J’entre et je dis que j’ai un texte pour faire un livre, ils m’ont demandé « ah bon, comment, quel genre de livre exactement ?». Evidemment, je ne savais rien, ça c’était en 45.

« Je crois que j’ai été le plus jeune éditeur de France, j’avais 19 ans. »

Il faut dire que c’est assez rare car les éditeurs en France, ou bien c’est de famille, ce sont des héritiers ou bien ce sont des gens qui viennent en général des métiers du livre et qui se lancent un beau jour.

Gonzai : Et quelqu’un comme Gaston Gallimard, dont vous parliez tout à l’heure, on a cette image de lui où il dit « Vendre des livres ou des bouteilles de vin, c’est pareil », on n’avait pas forcément l’impression qu’il avait des avis, plutôt qu’il agissait par recommandation.

Jean-Jacques Pauvert : Gaston Gallimard, ah je l’ai bien connu, et j’ai eu des hauts et des bas avec lui, je l’ai même fait saisir à un moment et lui m’a fait aussi des ennuis, mais enfin c’était un type tout à fait formidable, notamment parce que c’était un type qui aimait la vie. Moi je me suis fait souvent avoir par Gaston Gallimard , il était très charmeur, c’était un quelqu’un de délicieux. Ce qu’il faut voir, c’est que les Editions Gallimard c’était une famille, il y avait Gaston, mais il y avait aussi ses frères qui tenaient fermement les FINANCES de la maison. En tous cas, Gaston Gallimard lisait et s’intéressait beaucoup à la littérature, il lisait des gens très bien, tous les gens qu’il publiait en somme.

Gonzai : En effet, il y a pire !

Jean-Jacques Pauvert : Je me souviens qu’un beau jour il me dit : « J’ai publié L’équipage, de Kessel et ça a été la fin ».

Gonzai : L’Equipage ce n’est pas déshonorant, tout de même.

Jean-Jacques Pauvert : Eh bien, pour Gaston, c’était l’étage en dessous, ce qui vous donne une idée. L’Equipage c’est pas mal, mais ça ne vaut pas Proust, c’était de la littérature courante. A partir de là ce jour là, c’était en 1924 et il était éditeur depuis 1908, il était complètement désenchanté, il me disait :« Là, c’est terminé ».

Gonzai : Et avec Jean Paulhan, ça se passait comment ? Dans vos mémoires on a l’impression de quelqu’un d’un peu retors à qui vous ne pouviez pas vraiment faire confiance.

Jean-Jacques Pauvert : Ah ça non, je ne lui faisais pas confiance ! Il était assez tordu…Mais c’était un type formidable, très intelligent, très cultivé, et il avait un goût très sûr. Et il avait le courage de ses opinions et là il était très direct. En tous cas, je m’entendais bien avec lui.

Gonzai : Avec Histoire d’O ça a été un peu compliqué tout de même, il vous parle du manuscrit, puis vous dit qu’il l’a donné à un autre éditeur…

Jean-Jacques Pauvert : Ah mais oui, mais ça c’était Paulhan tout craché ! Il me parle du manuscrit pendant un an, et me dit « C’est pour vous » et c’est vrai que c’était un livre pour moi. Et puis un jour, je le rencontre, je me souviens, c’était rue Jacob, il avait le manuscrit sous le bras, et il me dit : « Justement, je l’ai. Vous verrez, ça va vous plaire». Je rentre, je le lis aussitôt. Le soir même je le passe à ma femme, on l’avait lu tous les deux, c’était ahurissant. Je l’appelle le lendemain en lui disant : « Vous avez raison ce livre est pour moi ». Il me dit : [Pauvert imite Paulhan] : « Oui alors, il y a un petit ennui, oh pas grand-chose, il y a un éditeur qui a le contrat ». Moi, je fonce voir l’éditeur en question, j’étais prêt à mettre le feu chez lui, et je tombe sur un type charmant, mais bon Histoire d’O pour lui, ce n’était rien du tout, parce qu’il ne SAVAIT pas, ce n’était pas un littéraire. Il me dit « Ah, ce petit porno vous intéresse, bon je vous le laisse.». J’ai versé cent mille francs que je n’avais pas, je lui fais immédiatement un chèque sans provision que j’ai bien mis quatre ou cinq jours à couvrir, c’était effrayant, et puis il m’a passé le manuscrit.

Gonzai : En lisant vos mémoires on a aussi l’impression que c’est que c’était un type capable d’une certaine loyauté, d’un certain engagement. Pour vos procès il vous a toujours soutenu, il a témoigné…

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui face à l’autorité, il ne transigeait pas, il a été tout à fait épatant. Quand je voyais les gens de la mondaine, je disais « Jean Paulhan m’a dit des choses extraordinaires, on parle de Mme Edgar Faure, où va-t-on ? » Et Paulhan, de son côté, les embarquait : « Oh oui je connais une dame qui dit être l’auteur ». On s’est bien amusés. Sauf que évidemment, avec toutes les histoires des lois de censure, à partir de 46-47, ça a été extrêmement compliqué, même si le livre n’était pas formellement interdit. C’était assez hypocrite, car il y avait des livres qu’il ne fallait pas interdire complètement, des livres sortis avant la guerre par exemple. C’était la libération donc avec les Américains et les Russes, on peut dire que c’était le triomphe de la moralité armée. Et à la Libération les communistes étaient très moralisateurs et ah ! ils étaient d’une connerie…Non seulement, ils étaient cons, ça c’était une chose entendue, mais surtout d’une hypocrisie et en plus comme ils ne connaissaient rien à rien, ça donnait des choses absurdes. Ils disaient : « Attention les Français vont commencer à publier des traductions de l’américains », au moment où Boris Vian venait de publier J’irai cracher sur vos tombes, soit disant traduit de l’américain. Les pauvres américains étaient incapables de publier cela, évidemment, jusque dans les années 60 ça a été interdit chez eux.

Gonzai : Mais ces problèmes de censure ont duré encore longtemps, non, parce qu’avec Lourdes, Lentes de Hardellet vous avez encore eu des problèmes, et ça c’était dans les années 70, non ?

Jean-Jacques Pauvert : Oui et c’est assez bizarre. Moi quand j’avais un procès ça me rendait plutôt combatif. Il était très sensible Hardellet, ça l’avait beaucoup affecté, il faut dire qu’il avait pas l’habitude, il se retrouve en correctionnelle, avec la police, et il tombe sur un président, qui était on peut le dire vraiment le roi des cons, et qui le traite de haut. Ça m’aurait rendu plutôt méchant, mais lui ça l’a touché.

Toujours est-il que c’était un procès tellement absurde… Et il y avait des incohérences. Au bout d’un certain temps, j’obtiens que Lourdes, Lentes ne soit qu’interdit qu’aux mineurs, ce qui n’handicape pas tellement les ventes finalement. Mais il se trouve que je soutenais les débuts de Régine Deforges, qui à l’époque faisait des livres un peu club vaguement reliés, et je lui dit donc : « Tenez, j’ai un texte vraiment excellent, faites-en donc une édition ». Et elle, en publiant Lourdes, Lentes, se fait interdire aux trois interdictions. Uniquement parce que c’était une femme, ça c’était inacceptable qu’une femme puisse publier cela.

Gonzai : Et justement, comment aviez-vous découvert André Hardellet ?

Jean-Jacques Pauvert : Il se trouve que j’avais lu Le seuil du jardin, et la fameuse lettre de Breton, où il en dit beaucoup de bien – d’ailleurs il faudrait parler de Breton…Donc je trouve ça épatant, je rencontre Hardellet très facilement. Il était très désabusé, il a été désabusé pratiquement jusqu’à la fin.

« Les éditeurs n’ont absolument besoin d’être des gens très cultivés, ils ont surtout besoin d’être de bon commerçants et d’avoir du flair. »

Cela dit moi je suis de l’avis de Julien Gracq, les deux livres les plus étonnants d’Hardellet que j’ai publiés, c’était Les Chasseurs et Les Chasseurs II. Ce qui a frappé Gracq, c’est que ce sont des livres qu’on ne peut pas refaire, si vous voulez les publier en poche ou sous une autre présentation, ça n’est plus ça. Et il faut dire qu’on s’était donné un mal de chien pour trouver les illustrations notamment. Alors ça, ça fait partie des réussites dans l’édition, mais ce sont des réussites très fugitives. Mais – petite parenthèse – l’édition n’est pas le métier qu’on croit. On se raconte des trucs, le public raconte des trucs sur l’édition. Je pense notamment à un texte de Zola sur l’édition qui est parfaitement actuel et définitif. Il dit qu’en somme les éditeurs n’ont absolument besoin d’être des gens très cultivés, ils ont surtout besoin d’être de bon commerçants et d’avoir du flair.

Gonzai : Mais vous vous reconnaissez dans cette définition, vous ? Un bon commerçant avec du flair ?

Jean-Jacques Pauvert : Je crois avoir été un bon commerçant, oui. Quelques fois avec un peu d’avance évidemment. Lorsque je publie Histoire d’O en 54, j’étais persuadé que ce serait un choc ahurissant, que j’allais en faire 100 000, 200 000, un million même, que sais-je. Là-dessus, je le tire à 5000 assez prudemment, et heureusement car les ennuis commencent dix-huit mois après avec le prix des Deux Magots parce que jusque là personne ne s’était aperçu qu’il était sorti un livre qui s’appelait Histoire d’O. Il fallait attendre. J’ai attendu 20 ans.

Pour le flair, ce que je sais c’est qu’au bout d’un certain nombre d’années, à force il y avait des articles : « Encore une découverte chez Jean-Jacques Pauvert ». Prenez Le voleur de Darien par exemple. Ce livre m’a lié définitivement avec Breton par exemple. Lorsque je l’ai publié, il a écrit un article magnifique dans Arts. Il avait écrit : « Comment se fait il que malgré la caution de Jarry, nous soyons passés à côté de ce chef d’œuvre. ».

Gonzai : La consécration quoi !

Jean-Jacques Pauvert : Oh la consécration, ça a fait 2000, 3000 exemplaires à tout casser…Mais Le Voleur, c’était un livre rare, que j’ai cherché pendant des années.

Gonzai : Et comment en êtes-vous venus à publier les Mémoires d’un fasciste de Rebatet dans les années 70, il était tout de même un peu en disgrâce, ça n’a pas été trop difficile ?

Jean-Jacques Pauvert : Oh il était plus qu’en disgrâce! Si on le sortait maintenant…

Gonzai : …on aurait un procès ! Gallimard ne réimprime Les deux étendards que sous la contrainte.

Jean-Jacques Pauvert : Rebatet, ce n’était vraiment pas quelqu’un de sympathique, il faut dire, il était vraiment aigri. Et je crois qu’il a toujours été ainsi, violent, très combatif, même du temps de Je suis Partout. Il faut se rappeler tout de même que sous l’Occupation, son succès était immense. Je me souviens d’une signature de Rebatet pendant la guerre, il y avait une queue incroyable sur tout le boulevard Saint Michel. Toujours est-il que j’ai toujours trouvé que Rebatet était un bon écrivain malgré tout. Et lorsque Madame Rebatet vient me voir dans les années 70 en me proposant l’édition en deux volumes, avec le premier inédit, je me dis : allons-y. Mais c’était risqué, je me disais : si j’en vends 500 ou 1000, c’est un échec. Mais si j’en vends 100 000 ou 200 000 , mon dieu, ce sera le signe de quoi ? Ce sera presque pire. Toujours est-il qu’on en a vendu 20 00 exemplaire, pile ce qu’il fallait.

Gonzai : 20 000 exemplaires, mais c’est énorme !

Jean-Jacques Pauvert : Non, pas pour moi. Avec en plus une bonne presse, il n’y a pas eu d’injures.

Gonzai : Aujourd’hui ce serait impossible de le rééditer, on déclencherait un scandale…

Jean-Jacques Pauvert : Ne me tentez pas !

« Un texte comme Les 120 journées de Sodome, très peu de personnes le lisent vraiment, encore aujourd’hui. Il faut dire que c’est un texte insoutenable, à faire dresser les cheveux sur la tête. »

 

jjpauvertGonzai : Bon ce ne sera pas dans l’ordre chronologique, vous l’aurez noté. Sur le Marquis de Sade, je voudrais juste vous poser une question sur les différents rebondissements. Quelque chose m’a étonné en lisant vos mémoires : à un moment ces textes étaient introuvables et pourtant jouissaient chez certains écrivains d’un crédit considérable, tout le monde les citait.

Jean-Jacques Pauvert : Ah mais exactement, on arrivait chez Paulhan, à ses mercredi et la plupart du temps il était question de Sade, on en parlait neuf fois sur dix. C’était : « Sade, Sade, Sade, quel grand philosophe ». Puis un beau jour, je dis : « Mais qu’est ce qu’on attend pour l’éditer, dans ce cas ? ». Il se trouve que grâce à ma pratique de la librairie, j’avais réussi à me les procurer, et je les avais lus. Et là tout le monde me répond : « Mais vous êtes fou, vous n’y pensez pas ! ». Mais vous SAVEZ, un texte comme Les 120 journées de Sodome, très peu de personnes le lisent vraiment, encore aujourd’hui. Il faut dire que c’est un texte insoutenable, à faire dresser les cheveux sur la tête. Pour le rééditer, je me souviens que je le lisais à haute voix avec ma femme, il fallait reprendre l’édition de 1929, et en moderniser l’orthographe, eh bien par moments, c’était insupportable, il fallait qu’on arrête. Mais tout le monde préfère oublier cela et évacue le problème de ce texte, en disant : « Cela n’a pas d’importance ». Mais si ça en a ! Ca en a ! Je pense en tous cas, que c’est un texte qui n’aurait pu exister dans aucune autre langue que le français, parce qu’il n’y a pas de littérature érotique dans les autres langues, à part l’Italie. Parce que dans les autres langues, en anglais notamment, il n’y a pas de vocabulaire. Ils ont tout un vocabulaire obscène mais c’est argotique, ce n’est pas de la langue courante. Quand ils voulaient parler de choses érotiques, ils employaient le français.

Gonzai : On voulait vous parler de Georges Bataille aussi. Vous l’avez bien connu ? Comment l’avez-vous rencontré ? Aujourd’hui c’est un peu dur d’expliquer le choc que peuvent être Le bleu du ciel ou Histoire de l’œil, car la transgression est un concept qu’on a un peu de mal à faire passer…

Jean-Jacques Pauvert : Ces textes ont  longtemps été clandestins. D’ailleurs c’est ainsi que je les publiais au départ, j’avais ainsi fait une édition d’Histoire de l’œil, et je tenais une petite librairie rue des Ciseaux. Nous sommes en 1953, là je vois rentrer un Monsieur, que je reconnais immédiatement, c’était Georges Bataille très urbain, très poli. Il me dit : « Voilà je viens vous voir, parce que vous avez publié une édition d’Histoire de l’œil dont je suis l’auteur ». Je lui réponds : « Oui, bien sûr, je veux bien que vous me réclamiez des droits, mais il faudrait d’abord signer ce livre !». Nous avons discuté très aimablement et nous avons lié connaissance ainsi. A l’époque c’était un auteur refusé par absolument tout le monde, sauf Lindon, et encore il ne publiait pas tout. Le plus merveilleux c’était les dîners avec Bataille et Klossowski. Tout d’un coup ils s’échauffaient un peu et se mettaient à parler latin, on les écoutait, ça nous passait nettement au dessus de la tête. Quant à Klossowski c’était un type extraordinaire. Je suis vraiment très heureux d’avoir publié Le bain de Diane , son plus beau livre.

Gonzai : Sur la question de la ligne éditoriale, est-ce que pour vous cela veut dire quelque chose ?

Jean-Jacques Pauvert : Non je n’avais pas de ligne, mais un seul principe : ne pas sortir deux livres de suite sous la même couverture, ce qui était totalement nouveau à l’époque.

Gonzai : Ce qui vous a permis d’oser des choses.

Jean-Jacques Pauvert : Oui, Le bain de Diane, ou les Mémoires d’un fasciste de Rebatet, par exemple

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Gonzai : Et avec les libraires, cela se passait comment ?

Jean-Jacques Pauvert : Oh, le niveau des libraires est bien meilleur aujourd’hui qu’autrefois ! Dans les années 50-60, c’était effrayant. Il y avait beaucoup de vieux libraires qui attendaient le client derrière leur comptoir prêts à le mettre à la porte. Ils ont disparu heureusement. Maintenant il y a plein de libraires tout à fait passionnants qui s’intéressent vraiment au livre, surtout des femmes d’ailleurs. J’en ai rencontré beaucoup parce que quand j’ai publié mes mémoires j’ai fait énormément de signatures, dans toute la France. Mais elles ont leur idée ! Elles ont leur niveau ! Je ne vais pas leur parler de Roussel par exemple !

Je fais une digression, mais Roussel par exemple, c’est une histoire ahurissante. Imaginez que dans le milieu des années 80, on retrouve tout le stock de Roussel, au garde-meuble ! Le dépôt était arrivé au bout des cinquante ans, plus personne ne payait, ils s’apprêtaient donc à le saisir, et là l’employé du garde-meuble découvre tout un tas de manuscrits extrêmement bien reliés : tout le fond Roussel que tout le monde croyait détruit ! Toujours est-il qu’ils m’ont contacté, et aussitôt j’en parle à Antoine Gallimard. Eh bien, ça a traîné, il a hésité, et finalement il ne faisait rien. Du coup je finis par me lasser et je parle de l’affaire à Fayard. Ils me demandent : « Combien ça rapporte ». je leur ai répondu : « Absolument rien, mais il faut le faire sur la gloire ». Eh bien cela s’est conclu en cinq minutes. Eh bien ça c’est un bon éditeur.

Gonzai : Est ce qu’il y a des livres que vous regrettez de ne pas avoir fait ?

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui ! Il y en a un que j’ai commencé sur le tard, c’était des œuvres complètes de Saint-Simon. Assez dément hein ?

Gonzai : Vous avez tous vos livres dans cette maison ?

Jean-Jacques Pauvert : Non. J’en ai un certain nombre dans une bibliothèque que je vous montrerai, n’oubliez pas de me le rappeler. En ce moment je suis en train de chercher un ou deux Boris Vian. Vian va sortir dans La Pléiade, et j’ai accepté de faire la préface.Ca m’intéresse beaucoup de faire ça, d’abord parce que je l’ai édité, mais aussi à cause de la personne de Vian, que finalement j’ai peu connu, mais sa mort m’a beaucoup touché – ce sont des choses qui arrivent. C’était quelqu’un avec qui on ne serait pas entendu sur tout, mais c’était quelqu’un pour moi. Et il le SAVAIT d’ailleurs.

 

 
 
 
 

JEAN-JACQUES PAUVERT [1926-2014]
Ma vie en texte

On peut aimer Miller, Bukowski, Burroughs, ce ne seront toujours que d’agréables et distrayants chemins de campagne, à côté du gouffre, de la déflagration que peut être la première lecture – celle que l’on n’oublie jamais, du Bleu du ciel, d’Histoire de l’oeil, ou des 120 journées de Sodome.

Un jour, Jean-Jacques Pauvert a décidé que ces textes, on ne pouvait les occulter, ils étaient important, en eux et non pour le scandale qu’ils provoquaient, ou les discours déformés qu’ils charriaient. C’était avant. Avant que les mots « transgression », et « subversion » ne viennent animer les pitch de publicitaires en manque d’inspiration (« et là je vois bien un truc pour la voiture, mais un peu transgressif, tu vois »), bref des étiquettes vidées de leur sens dans le grand bain du spectacle, tout juste bonnes à illustrer des T-Shirts.

Pauvert, lui, se souciait peu d’être scandaleux, ou de ne pas l’être, et des étiquettes en tous genre. N’en faire qu’à sa tête, c’est ce qu’il a fait toute sa vie : publier Sade avant qu’il ne soit dans la Pléiade, Vian lorsque l’Ecume des Pages n’était pas un classique des collèges, Rebatet, quand plus personne n’acceptait de lui parler. Accepter d’avoir vingt ans voire plus d’avance, à peu près tout le temps, affronter la censure, les procès, pour faire naître les textes au grand jour, au lieu qu’ils hantent les Enfers des bibliothèques. Mais aussi réinventer les maquettes des livres, afficher une curiosité d’esprit et un amour de la littérature inépuisable qui le mèneront de Darien à Victor Hugo, de Breton à Hardellet, et créer sinon un des plus beaux catalogues de l’édition française, le plus singulier sûrement.

Cela justifie amplement de traverser la France en une journée, de se perdre dans les collines varoises au terme d’un road-movie digne de Rozier, pour rencontrer l’éditeur d’Histoire d’O. On a lu ses Mémoires, relues et dévorées, mais le second tome se fait attendre…alors.


Gonzai : On a toujours entendu cette première histoire, je ne sais pas si le début se joue là ou pas…

Jean-Jacques Pauvert : Il y en a beaucoup…

Gonzai : Et peut-être que certaines sont inventées ! Donc cette histoire un peu étonnante sur le fait que dans votre première fois d’éditeur, c’est Montherlant qui rédige pour vous le contrat, parce que vous n’en n’aviez jamais rédigé avant.

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui, je n’avais jamais rédigé de contrat, j’ai commencé en effet par publier des choses avec l’accord des auteurs. En fait, mon premier livre, celui par lequel je suis devenu éditeur, c’était un texte de Sartre sur Camus, il avait publié un article que j’avais trouvé formidable. Il faut dire qu’à l’époque, j’étais totalement emballé par Camus, et je connaissais Sartre, je connaissais beaucoup d’auteurs d’ailleurs.

Gonzai : Pourquoi connaissiez-vous beaucoup d’auteurs ?

Jean-Jacques Pauvert : Parce que ça m’intéressait, et puis aussi parce que j’avais commencé par la librairie. J’avais été mis à la porte de divers établissements, c’était la guerre, et mes parents me demandaient de travailler. Un beau jour, mon père a une idée de génie, il me dit : « Mais je connais Gaston Gallimard, je vais te présenter ». J’avais 15 ans, et je me suis ainsi retrouvé, très impressionné, dans le grand bureau de Gaston Gallimard qui m’a dit : « Bonjour Monsieur, alors comme ça vous voulez faire de la librairie ? ». Alors, à tout hasard, je dis oui. Il m’a ainsi proposé une place d’apprenti à la librairie du boulevard Raspail, qui existe toujours.

Bref, je me suis retrouvé là dedans, et puis c’était l’Occupation, les livres étaient rares, introuvables, je connaissais beaucoup de libraires parce que je passais du temps à farfouiller chez les uns ou les autres, et j’ai commencé à faire du troc, j’achetais des livres chez un libraire que je revendais à un autre, ça a commencé comme ça.

Donc j’étais très entiché de Camus, j’avais adoré Le Mythe de Sisyphe et L’Etranger, et un beau jour, je lis le texte que Sartre a écrit sur l’Etranger. Pris d’une idée, je me précipite rue Sébastien Bottin, je monte voir Sartre, et je lui dis : « Vous venez de publier un texte fantastique sur Camus dans les Cahiers du Sud et il faudrait l’éditer ». Il y a une chose sensationnelle chez Sartre – avec beaucoup qui sont moins sensationnelles – c’est un désintéressement extraordinaire. Il me dit tout de suite : « Mais quelle bonne idée, faites donc ce que vous voulez. ». Ca a été mon début. Je me retrouve donc avec ce texte, je ne savais pas très bien comment on faisait un livre, et alors que je marchais dans les rues, je vois rue de Seine un enseigne : « Henri Dieval imprimeur ». J’entre et je dis que j’ai un texte pour faire un livre, ils m’ont demandé « ah bon, comment, quel genre de livre exactement ?». Evidemment, je ne savais rien, ça c’était en 45.

« Je crois que j’ai été le plus jeune éditeur de France, j’avais 19 ans. »

Il faut dire que c’est assez rare car les éditeurs en France, ou bien c’est de famille, ce sont des héritiers ou bien ce sont des gens qui viennent en général des métiers du livre et qui se lancent un beau jour.

Gonzai : Et quelqu’un comme Gaston Gallimard, dont vous parliez tout à l’heure, on a cette image de lui où il dit « Vendre des livres ou des bouteilles de vin, c’est pareil », on n’avait pas forcément l’impression qu’il avait des avis, plutôt qu’il agissait par recommandation.

Jean-Jacques Pauvert : Gaston Gallimard, ah je l’ai bien connu, et j’ai eu des hauts et des bas avec lui, je l’ai même fait saisir à un moment et lui m’a fait aussi des ennuis, mais enfin c’était un type tout à fait formidable, notamment parce que c’était un type qui aimait la vie. Moi je me suis fait souvent avoir par Gaston Gallimard , il était très charmeur, c’était un quelqu’un de délicieux. Ce qu’il faut voir, c’est que les Editions Gallimard c’était une famille, il y avait Gaston, mais il y avait aussi ses frères qui tenaient fermement les finances de la maison. En tous cas, Gaston Gallimard lisait et s’intéressait beaucoup à la littérature, il lisait des gens très bien, tous les gens qu’il publiait en somme.

Gonzai : En effet, il y a pire !

Jean-Jacques Pauvert : Je me souviens qu’un beau jour il me dit : « J’ai publié L’équipage, de Kessel et ça a été la fin ».

Gonzai : L’Equipage ce n’est pas déshonorant, tout de même.

Jean-Jacques Pauvert : Eh bien, pour Gaston, c’était l’étage en dessous, ce qui vous donne une idée. L’Equipage c’est pas mal, mais ça ne vaut pas Proust, c’était de la littérature courante. A partir de là ce jour là, c’était en 1924 et il était éditeur depuis 1908, il était complètement désenchanté, il me disait :« Là, c’est terminé ».

Gonzai : Et avec Jean Paulhan, ça se passait comment ? Dans vos mémoires on a l’impression de quelqu’un d’un peu retors à qui vous ne pouviez pas vraiment faire confiance.

Jean-Jacques Pauvert : Ah ça non, je ne lui faisais pas confiance ! Il était assez tordu…Mais c’était un type formidable, très intelligent, très cultivé, et il avait un goût très sûr. Et il avait le courage de ses opinions et là il était très direct. En tous cas, je m’entendais bien avec lui.

Gonzai : Avec Histoire d’O ça a été un peu compliqué tout de même, il vous parle du manuscrit, puis vous dit qu’il l’a donné à un autre éditeur…

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}http://gonzai.com/wp-content/uploads/pauvert_editeur.jpg{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}Jean-Jacques Pauvert : Ah mais oui, mais ça c’était Paulhan tout craché ! Il me parle du manuscrit pendant un an, et me dit « C’est pour vous » et c’est vrai que c’était un livre pour moi. Et puis un jour, je le rencontre, je me souviens, c’était rue Jacob, il avait le manuscrit sous le bras, et il me dit : « Justement, je l’ai. Vous verrez, ça va vous plaire». Je rentre, je le lis aussitôt. Le soir même je le passe à ma femme, on l’avait lu tous les deux, c’était ahurissant. Je l’appelle le lendemain en lui disant : « Vous avez raison ce livre est pour moi ». Il me dit : [Pauvert imite Paulhan] : « Oui alors, il y a un petit ennui, oh pas grand-chose, il y a un éditeur qui a le contrat ». Moi, je fonce voir l’éditeur en question, j’étais prêt à mettre le feu chez lui, et je tombe sur un type charmant, mais bon Histoire d’O pour lui, ce n’était rien du tout, parce qu’il ne savait pas, ce n’était pas un littéraire. Il me dit « Ah, ce petit porno vous intéresse, bon je vous le laisse.». J’ai versé cent mille francs que je n’avais pas, je lui fais immédiatement un chèque sans provision que j’ai bien mis quatre ou cinq jours à couvrir, c’était effrayant, et puis il m’a passé le manuscrit.

Gonzai : En lisant vos mémoires on a aussi l’impression que c’est que c’était un type capable d’une certaine loyauté, d’un certain engagement. Pour vos procès il vous a toujours soutenu, il a témoigné…

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui face à l’autorité, il ne transigeait pas, il a été tout à fait épatant. Quand je voyais les gens de la mondaine, je disais « Jean Paulhan m’a dit des choses extraordinaires, on parle de Mme Edgar Faure, où va-t-on ? » Et Paulhan, de son côté, les embarquait : « Oh oui je connais une dame qui dit être l’auteur ». On s’est bien amusés. Sauf que évidemment, avec toutes les histoires des lois de censure, à partir de 46-47, ça a été extrêmement compliqué, même si le livre n’était pas formellement interdit. C’était assez hypocrite, car il y avait des livres qu’il ne fallait pas interdire complètement, des livres sortis avant la guerre par exemple. C’était la libération donc avec les Américains et les Russes, on peut dire que c’était le triomphe de la moralité armée. Et à la Libération les communistes étaient très moralisateurs et ah ! ils étaient d’une connerie…Non seulement, ils étaient cons, ça c’était une chose entendue, mais surtout d’une hypocrisie et en plus comme ils ne connaissaient rien à rien, ça donnait des choses absurdes. Ils disaient : « Attention les Français vont commencer à publier des traductions de l’américains », au moment où Boris Vian venait de publier J’irai cracher sur vos tombes, soit disant traduit de l’américain. Les pauvres américains étaient incapables de publier cela, évidemment, jusque dans les années 60 ça a été interdit chez eux.

Gonzai : Mais ces problèmes de censure ont duré encore longtemps, non, parce qu’avec Lourdes, Lentes de Hardellet vous avez encore eu des problèmes, et ça c’était dans les années 70, non ?

Jean-Jacques Pauvert : Oui et c’est assez bizarre. Moi quand j’avais un procès ça me rendait plutôt combatif. Il était très sensible Hardellet, ça l’avait beaucoup affecté, il faut dire qu’il avait pas l’habitude, il se retrouve en correctionnelle, avec la police, et il tombe sur un président, qui était on peut le dire vraiment le roi des cons, et qui le traite de haut. Ça m’aurait rendu plutôt méchant, mais lui ça l’a touché.

Toujours est-il que c’était un procès tellement absurde… Et il y avait des incohérences. Au bout d’un certain temps, j’obtiens que Lourdes, Lentes ne soit qu’interdit qu’aux mineurs, ce qui n’handicape pas tellement les ventes finalement. Mais il se trouve que je soutenais les débuts de Régine Deforges, qui à l’époque faisait des livres un peu club vaguement reliés, et je lui dit donc : « Tenez, j’ai un texte vraiment excellent, faites-en donc une édition ». Et elle, en publiant Lourdes, Lentes, se fait interdire aux trois interdictions. Uniquement parce que c’était une femme, ça c’était inacceptable qu’une femme puisse publier cela.

Gonzai : Et justement, comment aviez-vous découvert André Hardellet ?

Jean-Jacques Pauvert : Il se trouve que j’avais lu Le seuil du jardin, et la fameuse lettre de Breton, où il en dit beaucoup de bien – d’ailleurs il faudrait parler de Breton…Donc je trouve ça épatant, je rencontre Hardellet très facilement. Il était très désabusé, il a été désabusé pratiquement jusqu’à la fin.

« Les éditeurs n’ont absolument besoin d’être des gens très cultivés, ils ont surtout besoin d’être de bon commerçants et d’avoir du flair. »

Cela dit moi je suis de l’avis de Julien Gracq, les deux livres les plus étonnants d’Hardellet que j’ai publiés, c’était Les Chasseurs et Les Chasseurs II. Ce qui a frappé Gracq, c’est que ce sont des livres qu’on ne peut pas refaire, si vous voulez les publier en poche ou sous une autre présentation, ça n’est plus ça. Et il faut dire qu’on s’était donné un mal de chien pour trouver les illustrations notamment. Alors ça, ça fait partie des réussites dans l’édition, mais ce sont des réussites très fugitives. Mais – petite parenthèse – l’édition n’est pas le métier qu’on croit. On se raconte des trucs, le public raconte des trucs sur l’édition. Je pense notamment à un texte de Zola sur l’édition qui est parfaitement actuel et définitif. Il dit qu’en somme les éditeurs n’ont absolument besoin d’être des gens très cultivés, ils ont surtout besoin d’être de bon commerçants et d’avoir du flair.

Gonzai : Mais vous vous reconnaissez dans cette définition, vous ? Un bon commerçant avec du flair ?

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}http://gonzai.com/wp-content/uploads/EXP-JEAN-JACQUESPAUVERT.jpg{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}Jean-Jacques Pauvert : Je crois avoir été un bon commerçant, oui. Quelques fois avec un peu d’avance évidemment. Lorsque je publie Histoire d’O en 54, j’étais persuadé que ce serait un choc ahurissant, que j’allais en faire 100 000, 200 000, un million même, que sais-je. Là-dessus, je le tire à 5000 assez prudemment, et heureusement car les ennuis commencent dix-huit mois après avec le prix des Deux Magots parce que jusque là personne ne s’était aperçu qu’il était sorti un livre qui s’appelait Histoire d’O. Il fallait attendre. J’ai attendu 20 ans.

Pour le flair, ce que je sais c’est qu’au bout d’un certain nombre d’années, à force il y avait des articles : « Encore une découverte chez Jean-Jacques Pauvert ». Prenez Le voleur de Darien par exemple. Ce livre m’a lié définitivement avec Breton par exemple. Lorsque je l’ai publié, il a écrit un article magnifique dans Arts. Il avait écrit : « Comment se fait il que malgré la caution de Jarry, nous soyons passés à côté de ce chef d’œuvre. ».

Gonzai : La consécration quoi !

Jean-Jacques Pauvert : Oh la consécration, ça a fait 2000, 3000 exemplaires à tout casser…Mais Le Voleur, c’était un livre rare, que j’ai cherché pendant des années.

Gonzai : Et comment en êtes-vous venus à publier les Mémoires d’un fasciste de Rebatet dans les années 70, il était tout de même un peu en disgrâce, ça n’a pas été trop difficile ?

Jean-Jacques Pauvert : Oh il était plus qu’en disgrâce! Si on le sortait maintenant…

Gonzai : …on aurait un procès ! Gallimard ne réimprime Les deux étendards que sous la contrainte.

Jean-Jacques Pauvert : Rebatet, ce n’était vraiment pas quelqu’un de sympathique, il faut dire, il était vraiment aigri. Et je crois qu’il a toujours été ainsi, violent, très combatif, même du temps de Je suis Partout. Il faut se rappeler tout de même que sous l’Occupation, son succès était immense. Je me souviens d’une signature de Rebatet pendant la guerre, il y avait une queue incroyable sur tout le boulevard Saint Michel. Toujours est-il que j’ai toujours trouvé que Rebatet était un bon écrivain malgré tout. Et lorsque Madame Rebatet vient me voir dans les années 70 en me proposant l’édition en deux volumes, avec le premier inédit, je me dis : allons-y. Mais c’était risqué, je me disais : si j’en vends 500 ou 1000, c’est un échec. Mais si j’en vends 100 000 ou 200 000 , mon dieu, ce sera le signe de quoi ? Ce sera presque pire. Toujours est-il qu’on en a vendu 20 00 exemplaire, pile ce qu’il fallait.

Gonzai : 20 000 exemplaires, mais c’est énorme !

Jean-Jacques Pauvert : Non, pas pour moi. Avec en plus une bonne presse, il n’y a pas eu d’injures.

Gonzai : Aujourd’hui ce serait impossible de le rééditer, on déclencherait un scandale…

Jean-Jacques Pauvert : Ne me tentez pas !

« Un texte comme Les 120 journées de Sodome, très peu de personnes le lisent vraiment, encore aujourd’hui. Il faut dire que c’est un texte insoutenable, à faire dresser les cheveux sur la tête. »

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}jjpauvert{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}Gonzai : Bon ce ne sera pas dans l’ordre chronologique, vous l’aurez noté. Sur le Marquis de Sade, je voudrais juste vous poser une question sur les différents rebondissements. Quelque chose m’a étonné en lisant vos mémoires : à un moment ces textes étaient introuvables et pourtant jouissaient chez certains écrivains d’un crédit considérable, tout le monde les citait.

Jean-Jacques Pauvert : Ah mais exactement, on arrivait chez Paulhan, à ses mercredi et la plupart du temps il était question de Sade, on en parlait neuf fois sur dix. C’était : « Sade, Sade, Sade, quel grand philosophe ». Puis un beau jour, je dis : « Mais qu’est ce qu’on attend pour l’éditer, dans ce cas ? ». Il se trouve que grâce à ma pratique de la librairie, j’avais réussi à me les procurer, et je les avais lus. Et là tout le monde me répond : « Mais vous êtes fou, vous n’y pensez pas ! ». Mais vous savez, un texte comme Les 120 journées de Sodome, très peu de personnes le lisent vraiment, encore aujourd’hui. Il faut dire que c’est un texte insoutenable, à faire dresser les cheveux sur la tête. Pour le rééditer, je me souviens que je le lisais à haute voix avec ma femme, il fallait reprendre l’édition de 1929, et en moderniser l’orthographe, eh bien par moments, c’était insupportable, il fallait qu’on arrête. Mais tout le monde préfère oublier cela et évacue le problème de ce texte, en disant : « Cela n’a pas d’importance ». Mais si ça en a ! Ca en a ! Je pense en tous cas, que c’est un texte qui n’aurait pu exister dans aucune autre langue que le français, parce qu’il n’y a pas de littérature érotique dans les autres langues, à part l’Italie. Parce que dans les autres langues, en anglais notamment, il n’y a pas de vocabulaire. Ils ont tout un vocabulaire obscène mais c’est argotique, ce n’est pas de la langue courante. Quand ils voulaient parler de choses érotiques, ils employaient le français.

Gonzai : On voulait vous parler de Georges Bataille aussi. Vous l’avez bien connu ? Comment l’avez-vous rencontré ? Aujourd’hui c’est un peu dur d’expliquer le choc que peuvent être Le bleu du ciel ou Histoire de l’œil, car la transgression est un concept qu’on a un peu de mal à faire passer…

Jean-Jacques Pauvert : Ces textes ont  longtemps été clandestins. D’ailleurs c’est ainsi que je les publiais au départ, j’avais ainsi fait une édition d’Histoire de l’œil, et je tenais une petite librairie rue des Ciseaux. Nous sommes en 1953, là je vois rentrer un Monsieur, que je reconnais immédiatement, c’était Georges Bataille très urbain, très poli. Il me dit : « Voilà je viens vous voir, parce que vous avez publié une édition d’Histoire de l’œil dont je suis l’auteur ». Je lui réponds : « Oui, bien sûr, je veux bien que vous me réclamiez des droits, mais il faudrait d’abord signer ce livre !». Nous avons discuté très aimablement et nous avons lié connaissance ainsi. A l’époque c’était un auteur refusé par absolument tout le monde, sauf Lindon, et encore il ne publiait pas tout. Le plus merveilleux c’était les dîners avec Bataille et Klossowski. Tout d’un coup ils s’échauffaient un peu et se mettaient à parler latin, on les écoutait, ça nous passait nettement au dessus de la tête. Quant à Klossowski c’était un type extraordinaire. Je suis vraiment très heureux d’avoir publié Le bain de Diane , son plus beau livre.

Gonzai : Sur la question de la ligne éditoriale, est-ce que pour vous cela veut dire quelque chose ?

Jean-Jacques Pauvert : Non je n’avais pas de ligne, mais un seul principe : ne pas sortir deux livres de suite sous la même couverture, ce qui était totalement nouveau à l’époque.

Gonzai : Ce qui vous a permis d’oser des choses.

Jean-Jacques Pauvert : Oui, Le bain de Diane, ou les Mémoires d’un fasciste de Rebatet, par exemple…

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}558481-1286-m13-pauvert-bertini-3{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}

Gonzai : Et avec les libraires, cela se passait comment ?

Jean-Jacques Pauvert : Oh, le niveau des libraires est bien meilleur aujourd’hui qu’autrefois ! Dans les années 50-60, c’était effrayant. Il y avait beaucoup de vieux libraires qui attendaient le client derrière leur comptoir prêts à le mettre à la porte. Ils ont disparu heureusement. Maintenant il y a plein de libraires tout à fait passionnants qui s’intéressent vraiment au livre, surtout des femmes d’ailleurs. J’en ai rencontré beaucoup parce que quand j’ai publié mes mémoires j’ai fait énormément de signatures, dans toute la France. Mais elles ont leur idée ! Elles ont leur niveau ! Je ne vais pas leur parler de Roussel par exemple !

Je fais une digression, mais Roussel par exemple, c’est une histoire ahurissante. Imaginez que dans le milieu des années 80, on retrouve tout le stock de Roussel, au garde-meuble ! Le dépôt était arrivé au bout des cinquante ans, plus personne ne payait, ils s’apprêtaient donc à le saisir, et là l’employé du garde-meuble découvre tout un tas de manuscrits extrêmement bien reliés : tout le fond Roussel que tout le monde croyait détruit ! Toujours est-il qu’ils m’ont contacté, et aussitôt j’en parle à Antoine Gallimard. Eh bien, ça a traîné, il a hésité, et finalement il ne faisait rien. Du coup je finis par me lasser et je parle de l’affaire à Fayard. Ils me demandent : « Combien ça rapporte ». je leur ai répondu : « Absolument rien, mais il faut le faire sur la gloire ». Eh bien cela s’est conclu en cinq minutes. Eh bien ça c’est un bon éditeur.

Gonzai : Est ce qu’il y a des livres que vous regrettez de ne pas avoir fait ?

Jean-Jacques Pauvert : Ah oui ! Il y en a un que j’ai commencé sur le tard, c’était des œuvres complètes de Saint-Simon. Assez dément hein ?

Gonzai : Vous avez tous vos livres dans cette maison ?

Jean-Jacques Pauvert : Non. J’en ai un certain nombre dans une bibliothèque que je vous montrerai, n’oubliez pas de me le rappeler. En ce moment je suis en train de chercher un ou deux Boris Vian. Vian va sortir dans La Pléiade, et j’ai accepté de faire la préface.Ca m’intéresse beaucoup de faire ça, d’abord parce que je l’ai édité, mais aussi à cause de la personne de Vian, que finalement j’ai peu connu, mais sa mort m’a beaucoup touché – ce sont des choses qui arrivent. C’était quelqu’un avec qui on ne serait pas entendu sur tout, mais c’était 

Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur

L’éditeur Jean-Jacques Pauvert est mort samedi à l’âge de 88 ans. Il fut le premier, en 1947, à oser publier intégralement Sade, mettant à l’époque son nom et son adresse sur les couvertures des livres. Il avait tout juste 21 ans, et débutait une carrière qui sera tumultueuse. Pauvert publiera aussi le roman érotique «Histoire d’O».

Le Tripode, la maison d’édition de «Sade vivant» de Pauvert, réédité l’an dernier, rend hommage ce dimanche à ce «grand éditeur». «Se moquant de la censure et des manuels de savoir-vivre, il a révolutionné le monde de l’édition par la force de ses choix, sa fidélité aux textes qu’il aimait et la beauté graphique de ses livres», écrit Le Tripode, qui  publie dans son communiqué un texte de Jean-Jacques Pauvert datant de 1947.

«A 20 ans, Jean-Jacques Pauvert écrivait un bref manifeste sur ce qu’il voulait vivre. Il y ajouta quelques mois après des commentaires ironiques sur la naïveté de la jeunesse et publia le tout sous forme de plaquette. Nous reproduisons l’essentiel de ces deux textes ci-dessous, en témoignant qu’il y aura été fidèle jusqu’au bout.»

«Ouvrir un lieu d’asile aux esprits singuliers»

Voilà ce qui s’est passé. On s’était battu pour la liberté d’expression, et puis quand on l’a eue, on n’en a pas profité. Ce n’est pas grave. C’est un oubli. Certains prétendaient qu’on avait seulement oublié de penser. C’est impossible. Des tonnes d’imprimés inondent chaque mois, chaque semaine, le monde des lettres. S’il n’y avait pas un gramme de pensée là-dedans, ça se saurait. Ce n’est pas le cas. Ces gens-là sont plein d’intelligence. Ils en débordent. Le monde des lettres étouffe sous l’intelligence. Il est aux mains des professeurs. L’époque est venue où, loin de contredire la sottise, il s’agit de contredire l’intelligence. C’est Jean Cocteau qui le dit. Et c’est exact. Les professeurs ont beaucoup d’idées. Mais la littérature se fait avec des mots. C’est pourquoi, malgré les apparences, il est si rarement question de littérature, maintenant, dans le monde des lettres françaises. Il y a là une lacune. Si je dis qu’il y a une lacune, évidemment je pense que nous allons la combler. Et réparer l’oubli dont je parlais. Car on s’occupe mal de l’art quand on n’a pas l’esprit libre.

Ne croyez pas que la liberté d’esprit suppose l’indifférence. Nous avons des convictions. Une en tout cas. Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire d’être «engagé» pour s’occuper d’art. Entendons-nous bien. Nous ne voulons pas dire que l’artiste ne doit pas être engagé. Nous disons que son engagement nous est bien égal et qu’il n’entrera pas en ligne de compte quand nous jugerons l’œuvre. Bien sûr, la politique est importante. Mais nous nous occupons d’art. Ça n’a aucun rapport, évidemment.

(...)

Nous n’avons pas envie de nous engager. Nous n’avons pas l’esprit de sacrifice. Nous n’avons pas le sentiment du devoir. Nous n’avons pas le respect des cadavres. Nous voulons vivre. Est-ce si difficile ? Le monde sera bientôt aux mains des polices secrètes et des directeurs de conscience. Tout sera engagé. Tout servira. Mais nous ? Nous ne voulons servir à rien. Nous ne voulons pas que l’on nous utilise. Une pluie de cendres enfouit lentement la terre sous l’ennui et la contrainte. Les hommes, un à un, rejoignent leur affectation dans les troupeaux .Nous, nous sommes les innocents du village. Nous jouons avec les filles, le soleil ou la littérature. Avec notre vie aussi, à l’occasion. Nous en ferons n’importe quoi plutôt que de la porter aux grandes machines à tout utiliser. Il est dangereux d’enlever leur part de soleil aux innocents.

Vous avez cru que les hommes n’étaient plus bons qu’à choisir leur côté de la barricade et encore. Vous avez cru que tout était en place et qu’on pouvait commencer. Cherchez bien. Ne sentez-vous pas qu’il y a encore des êtres dont le bonheur n’est pas dans la servitude. Pour qui la poésie n’est pas encore une arme. Pour qui le merveilleux n’a pas quitté la terre. Les jours de notre vie, nous les sentons qui passent. Heure par heure. Pour toujours. Les jours de notre vie ne vous serviront pas. Avez-vous cru vraiment que tout était réglé ? Avez-vous cru vraiment pouvoir compte sur tout ?

Cette vie menacée, cette vie sans issue, nous sommes encore quelques-uns à en sentir le prix. La vie est trop précieuse pour être utilisée.

Je m’excuse. Je m’égarais. Mais il n’est jamais inutile de dire ce qu’on pense. Et ne croyez pas, à ce sujet, que je vienne de définir la tendance d’une équipe J’ai choqué profondément plusieurs de mes camarades. Ils vous le diront quelques pages plus loin. Si j’ai une conviction, ce n’est pas pour l’imposer. À l’heure où les deux camps battent le rassemblement derrière leurs murailles, j’ai voulu accueillir les esprits déserteurs. J’ai voulu accueillir les esprits libérés. Existe-t-il encore des journaux sans consignes ? Peut-on trouver encore des artistes sans haine, ou sans soumission ? Des créateurs solitaires, des poètes sans parti ? Il fallait bien leur donner refuge quelque part.

Ouvrir un lieu d’asile aux esprits singuliers.

(...)

Moi, dans vingt ans, j’en aurai quarante. J’aime bien aller jusqu’au bout de ce que je pense. ça m’a amené à avoir des principes. Bien sûr, Dieu n’existe pas. Évidemment, rien n’a de raison d’être. Alors il faut bien que je prenne tout ça en main. Je choisis de vivre. Je m’appelle Jean-Jacques Pauvert. Je vais construire ma vie sur mes idées. Sur le goût de l’élégance, de la civilité, de l’art. Sur le respect de la parole donnée. Sur le mépris de choses trop nombreuses pour que je les dise. Et je fais imprimer ceci pour que, quand j’aurai quarante ans, si je n’ai pas tenu, il y ait autour de moi pour se marrer beaucoup de petits camarades qui ne me vaudront pas.

Achevé d’imprimer en février 1947 sur les presses de l’imprimerie Van Daele à Paris.

LIBERATION Maison d'édition
 
Jean-Jacques Pauvert, mort d'un franc tireur de l'édition
 
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur

Jean-Jacques Pauvert, qui fut le premier à oser publier intégralement Sade et Histoire d'O, est décédé à l'âge de 88 ans.

 

 

afp.com/Loic Venance

 

Il fut le premier à oser publier intégralement le marquis de Sade, fut l'éditeur d'Histoire d'O:

Jean-Jacques Pauvert est mort samedi, à 88 ans. 

Jean-Jacques Pauvert avait été victime d'un AVC, le troisième, en août dernier. 

Il s'est éteint dans un hôpital de Toulon. C'est Camille Deforges qui a annoncé la nouvelle. Sa mère, l'écrivaine et éditrice, elle aussi sulfureuse, Régine Deforges, est décédée en avril dernier

"Mon père était un très grand éditeur, un défenseur des libertés contre toute forme de censure. Comme ma mère, ils étaient des êtres libres", s'est-elle émue. 

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a elle aussi rendu hommage à un "audacieux défenseur de la liberté, se défiant de toute censure". 

A 21 ans, pour la première fois dans l'histoire de l'édition, Jean-Jacques Pauvert avait publié intégralement le marquis de Sade, mettant son nom et son adresse sur les couvertures des livres, ce qui l'entraînera dans un procès de sept ans. Le début d'une carrière tumultueuse. 

Il est également connu pour avoir édité en 1954 l'iconique Histoire d'O, de Pauline Réage, la mystérieuse. On sait aujourd'hui que ce roman est l'oeuvre de Dominique Aury, qui fut secrétaire générale de la Nouvelle Revue française (NRF). 

Jean-Jacques Pauvert avait raconté ses nombreux faits d'armes éditoriaux dans ses Mémoires, dont le premier tome La traversée du livre, fut publié il y a 10 ans. Le second tome, en projet, est encore inédit. 

Son histoire est d'abord celle d'une précocité. Né en 1926, ce cancre entre en 1942 chez Gallimard, comme apprenti-vendeur.  

Engagé dans la Résistance, il fait, à 16 ans, de la prison en Allemagne. A 19 ans, il édite son premier livre, un texte de Jean-Paul Sartre. "Je crois que j'ai été le plus jeune éditeur de France", se félicitera-t-il. Puis, c'est l'aventure de Sade, sur lequel il écrira, longtemps après, plusieurs ouvrages. 

A la fin des années 60, il est patron d'une importante maison, puis d'une deuxième, puis d'une librairie qui vend par correspondance dans le monde entier. 

Jean-Jacques Pauvert a accumulé les procès

"JJP", moustache et lunettes, a notamment relancé la carrière d'un auteur qu'on ne lisait guère, Boris Vian, a ressuscité Raymond Roussel, édité Malraux, Aymé, Gide, Queneau, puis André Hardellet ou Albertine Sarrazin. Il a été le dernier éditeur d'André Breton et a sorti Georges Bataille de la clandestinité. 

Parallèlement, il a lancé de surprenantes maquettes de livres et une nouvelle édition du Littré. 

Privé de ses droits civiques, il a accumulé les procès contre "les lois absurdes qui, depuis 1945, font l'armature de la censure française". Un tiers du chapitre consacré à la censure dans l'ouvrage de référence, L'édition française depuis 1945, se rapporte à Jean-Jacques Pauvert. 

"Moi quand j'avais un procès ça me rendait plutôt combatif", s'amusait-il. 

Il a raconté dans ses mémoires le "silence assourdissant" qui a accueilli à sa sortie Histoire d'O. La première année est, pour la carrière du livre, une "catastrophe". Seuls les juges s'y intéressent. Albert Camus lui répète que "jamais une femme ne pourrait imaginer des choses pareilles!".  

Il avait récupéré le manuscrit auprès d'un autre éditeur contre un chèque sans provisions de 100 000 francs. 

"Je crois avoir été un bon commerçant, oui. Quelques fois avec un peu d'avance évidemment", se jugeait-il. 

Avec

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-jacques-pauvert-mort-d-un-editeur-sulfureux_1579887.html#xIvBi7WH0g7S8m6J.99

La-Traversee-du-livre.jpg

 

PAUVERT (Jean-Jacques), La Traversée du livre, [s.l.], Viviane Hamy, 2004, 478 p. + XXXII p. de pl.

 

Où l’on poursuit les lectures « éditoriales », avec ce qui constituera sans doute ma dernière fiche de lecture, après La Sagesse de l’éditeur de Hubert Nyssen et Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel (je vais être trop court pour le Gaston Gallimard. Un demi-siècle d’édition française de Pierre Assouline, ce qui ne m’empêchera pas d’en faire une lecture prioritaire). Cette fois, je m’attaque donc à La Traversée du livre de Jean-Jacques Pauvert, premier tome des mémoires de l’éditeur franc-tireur, couvrant une période allant en gros de son enfance à mai 68 (sa bibliographie en tête de volume indique bien un Mémoires II : 1968-2004, mais je n’en ai pas trouvé de trace ailleurs ; ou, plus exactement, d'après Wikipedouille, en juillet 2009, il était toujours en cours de rédaction, alors, bon…?).

 

Pourquoi Pauvert, me direz-vous ? Essentiellement parce que Sade. Voilà. Je ne connaissais l’éditeur que de réputation, mais je savais qu’il s’était fait un nom et une réputation en publiant l’impubliable, et notamment les œuvres complètes du Divin Marquis. Or le Donatien Alphonse François fait partie des écrivains qui ont compté pour moi, et la problématique de la censure, et plus largement des frictions entre la morale et le droit, m’a toujours très fortement intéressé. C’est très largement pour cette raison que je me suis intéressé à La Traversée du livre : je voulais en savoir plus sur le sulfureux éditeur, et sur ses autres sulfureuses éditions.

 

Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu du voyage. Et que j’ai découvert dans ces passionnantes mémoires un portrait fascinant, souvent drôle, parfois attachant, parfois un brin agaçant aussi, assez souvent féroce également, d’un éditeur « malgré lui », mais d’un éditeur modèle. Du moins sur un versant utopique, dirons-nous ; puisqu’il s’agit clairement là d’un éditeur qui n’a jamais fait de concessions, et qui n’a publié que ce qu’il aimait, mais tout ce qu’il aimait, contre vents et marées.

 

« Ainsi, Monsieur, vous voulez donc travailler dans le livre… » Le Monsieur en question, c’est Jean-Jacques Pauvert, élève médiocre, à peine âgé de quinze ans. L’interlocuteur s’appelle Gaston Gallimard. Nous sommes en 1941, et le petit Jean-Jacques va trouver du travail à la librairie Gallimard. Premier contact avec le monde du livre, et bientôt avec les auteurs de la NRF. C’est l’Occupation. Le jeune homme, presque naïvement, fait de temps à autre le commis pour la Résistance. En essayant de passer en zone « libre », il est arrêté par les Allemands et fait un peu de prison. Il participe à peine à la Libération – à Toulouse, tiens.

 

Puis il reprend ses activités de libraire, mais plus ou moins à son compte. Il est assez connaisseur en matière de livres rares. Puis il est pris de l’envie de fonder une revue – Le Palimugre – et d’éditer quelques petits ouvrages, comme par exemple une Explication de L’Étranger de Camus par Sartre. Il édite aussi des lettres inédites de Flaubert… qui font jaser. C’est que le Gustave y parle crûment, pas comme dans la correspondance « amendée » (!) que l’on publiait jusqu’alors !

 

En attendant, Pauvert continue de se lier avec des auteurs – Jean Genet, notamment –, et germe en lui un projet ambitieux : éditer les œuvres complètes du marquis de Sade. Officiellement, et pas sous le manteau. Au début, on lui recommande d’y aller doucement : l’Idée sur les romans, préface aux Crimes de l’amour, par exemple, ça va, ça. Mais lui entend aller plus loin. Et c’est ce qu’il fait, en commençant par l’Histoire de Juliette. Ce qui ne tarde pas à lui valoir des ennuis avec la Mondaine, et une réputation de pornographe. Les livres se vendent mal, d’ailleurs, et à des clients pas toujours très au fait de ce que sont au juste les œuvres de Sade… Mais Pauvert persévère. Suivront La Nouvelle Justine, La Philosophie dans le boudoir et, bien sûr, Les 120 Journées de Sodome : bref, tous les écrits « ésotériques » de Sade, ses textes « pornographiques » à proprement parler. Ce qui débouchera sur « l’Affaire Sade », un procès retentissant, qui devient celui de la censure contre la liberté d’expression et d’impression, procès que perd Pauvert en première instance, mais qui devient une semi-victoire en appel (Pauvert bénéficiant du sursis, il poursuit l’impression… sans plus craindre ni amende ni destruction !).

 

Il faut dire que la réputation de Pauvert ne s’était pas arrangée, entre-temps, du fait d’une autre publication, contemporaine cette fois – et je passe outre certains textes de Bataille, de Genet ou d’Aragon assez salés… –, passée d’abord assez inaperçue, mais qui a fini par rencontrer un grand écho et par faire sacrément jaser, une fois de plus : Histoire d’O de Pauline Réage (de son vrai nom Dominique Aury, une amie de Pauvert) ; là aussi, on n’est pas passé loin du procès (la Commission du livre voulait poursuivre), même si on s’est finalement contenté des trois interdictions (vente aux mineurs, affichage, publicité). Un livre qui traîne depuis bien trop longtemps dans mon étagère de chevet, d’ailleurs ; je l’avance illico.

 

Mais Pauvert, ce n’est pas que « cette littérature-là », même si l’érotisme a toujours eu une certaine importance dans son catalogue. C’est aussi, par exemple, Le Voleur de Georges Darien, dont on m’a dit le plus grand bien (faudrait que j’arrive à mettre la main dessus…) ; la réédition du Littré ; les Œuvres poétiques complètes de Victor Hugo en un volume (!) ; de belles éditions des Liaisons dangereuses ou de L’Ève future, des manifestes surréalistes et dada, des romans de Boris Vian, d’Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll, et de La Chasse au Snark du même, de Melmoth de Mathurin ; L’Histoire de l’art d’Élie Faure ; et aussi bien des traités d’alchimie que des pamphlets libéraux ou libertaires (sous des couvertures révolutionnaires), ou encore les dessins de Siné, de Wolinski, de Gébé, de Chaval, etc. (L’Enragé de mai 68 inclus).

 

Et Jean-Jacques Pauvert de raconter toute cette aventure éditoriale de sa plume incisive et mordante, avec un franc-parler qui n’épargne rien ni personne, pas même lui, d’ailleurs ; il ne gomme rien de son passé, quand bien même on peut sentir à l’occasion une certaine gêne, malgré tout (ainsi quand il évoque sa liaison, de toute façon connue, avec Régine Deforges).

 

Le résultat est un ouvrage passionnant de bout en bout, riche en passages savoureux et portraits croustillants, en anecdotes étonnantes et en réflexions pertinentes. On a pu dire de Jean-Jacques Pauvert qu’il avait « inventé les années 1960 ». C’est sans doute aller un peu loin… Mais on peut sans l’ombre d’un doute lui reconnaître un talent de visionnaire, un certain génie, même, qui en fait un des très grands éditeurs français du siècle. Certes, on est bien loin, avec lui, des tirages énormes des plus grandes maisons d’édition, ou des avalanches de prix littéraires des éditeurs les plus prestigieux ; mais rarement aura-t-on vu un éditeur aussi ancré dans son temps, et aussi lucide sur son époque et sur son milieu. D’où une infinité de polémiques, mais dont il est toujours sorti la tête haute…

 

 Aussi cet hypothétique deuxième tome de ses mémoires m’intrigue-t-il ; j’ai l’impression qu’il n’est toujours qu’à l’état de projet, et peut-être ne verra-t-il jamais le jour ; mais j’espère me tromper. Et, dans ce cas, j’ai hâte de le lire. Parce que je suis sûr d’une chose : c’est que cet homme-là a encore beaucoup de choses à dire.

Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur

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Published by Christian VANCAU - dans ECRIVAINS
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commentaires

Warot Laurence 02/10/2014 09:39

Merci Christian pour ce bel article, très documenté!