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par Christian VANCAU
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Vendredi 30 novembre 2007
publié dans :
ECRITS et BIOGRAPHIE
Nous avons aussi émigré pour un certain temps, à
HEUSY ( VERVIERS), chez mes cousines Margot et Cécile HOUGET. Margot avait épousé un certain Freddy Modera dont elle avait un fils Adrien (je l'ai revu dans les années 80, chez lui à
Verviers). Le souvenir marquant est celui-ci. Alors que ma mère nous donne cours, à ma cousine Béatrice et à moi-même dans la villa ( au lieu-dit "La Bouquette " à Heusy), villa disparue depuis
lors et remplacée par un immeuble à appartements, ma tante Margot fait irruption dans le salon et nous dit "La Gestapo arrive" (mon cousin Adrien, résistant, est en train de
s'enfuir par le toit ). Donc consigne nous est donnée à nous les deux enfants, 6 ou7ans, de dire que nous n'avons jamais vu Adrien dans cette maison . Et je vois encore les deux gestapistes, en
imperméable dans l'allée du jardin, s'approcher de la porte d'entrée. Et nous sommes interrogés en effet ( Mais je n'ai pas parlé sous la torture. Ceci me rappelle l'humour de Freud, à qui la
Gestapo avait demandé à la fin de son interrogatoire, de signer un papier selon lequel il avait été bien traîté. Il l'a signé et a ajouté en-dessous "Je recommande la Gestapo à tous " Anecdote extraordinaire !
)
Autre souvenir dans ce même lieu. je suis dans le jardin et à travers les haies, je vois passer les "Jeunesses hitlériennes", en
uniforme Kaki. Ils marchent en cadence, chantent en cadence et leurs bras à croix gammées, se balancent en cadence. Je suis fasciné et je me fabrique des brassards en papier, comme les
leurs, avec une croix gammée noire, sur fond rouge, et je les porte. Et c'est dans cette tenue que, creusant un trou (je creuse déjà des trous) dans ce très beau jardin, je tombe sur le
revolver et les munitions, le tout dans une petite caisse en carton enveloppée dans un linge, que mon cousin Adrien a enterrés, avant d'échapper à la Gestapo et de s'enfuir pour l'Angleterre
(reloindre mon Père ??). Et tout fier je les brandis en appelant ma tante Margot qui surgit au balcon et me fait " chuuuu... tttt ", en mettant son doigt sur sa bouche avant de descendre
précipitamment, pour me faire reboucher le trou et tasser la terre, en m'expliquant que ces armes appartenaient à mon cousin. Moi qui croyais avoir découvert un trésor de guerre
!
Donc heureusement, pasloin de là, rue d'Angleterre, Ingelandgat, il y a mon cousin Didier Brunin, de quatre ans mon aîné, chez qui je
vais jouer tous les jours et qui adore les animaux. Son grenier est un gigantesque colombier, bourré de pigeons; il en est fou et va jusqu'à les opérer lui-même quand ils sont blessés. Pourquoi
n'est-il pas devenu vétérinaire? Pas assez chic, sans doute. Son père était juge d'Instruction, il a donc fait le droit comme papa (et comme moi plus tard) au lieu de faire ce qu'il aimait (mais
contrairement à moi il a tout de même aimé le droit et s'est spécialisé en droit maritime). Donc j'allais nourrir les pigeons dans son grenier, près du ciel, hors le monde, comme Terry Malloy,
dans "Sur les Quais". Jamais ma mère ne m'aurait permis de faire celà. la nature et les animaux étaient absents de son univers
!
Mais dans cette immense maison du18e siècle, on pourrait dire un hôtel particulier, dans laquelle je me perdais régulièrement, en
essayant d'atteindre la salle à manger au petit matin, il n'y avait pas que des animaux. Il y avait aussi un petit juif, caché dans une chambre secrète, sous une trappe. Mes souvenirs sont très
confus à ce sujet, car je ne l'ai jamais vu, mais même invisible, le petit juif était bel et bien présent. Je tire mon chapeau à mon oncle Lucien et à ma tante Ginette (soeur de mon père), ce
fut leur résistance à eux et ils ont pris de fameux risques. Le juif s'appelait et s'appelle toujours, car il vit en Israël et a épousé la fille d'Isaac Shamir, Nathanaël, dit Nathy. Je les ai
rencontrés à plusieurs reprises à Anseremme, maison de campagne des Brunin!. Donc il faut imaginer le contraste: D'une part, l'hôtel particulier, la Flandre bourgeoise et francophone, avec de
l'Orient et de la Chine à gogo, on se serait cru dans "Le Lotus bleu", car mon oncle avait eu la cha
A Gand, il y avait aussi des domestiques, dans les deux maisons. Ils viennent servir à table en livrée. ils vivent à la cuisine. On leur parle par le "Monte-plat ", en criant. On les appelle aussi, au moyen de gros cordons rouges tressés qui pendent à la tête des lits; il y a une sorte de cornet en bout de tresse, sorte de combiné téléphonique, relié aux cuisines par un câble. C'est très pratique et ça donne ceci: " Ernestine, vous me montez mon petit-déjeûner, mais pas de caviar ce matin, je v ous prie" "Mais tout de suite, Monsieur Christian"....Après la guerre je me souviens très bien de ce couple de domestiques espagnols, réfiugiés de la guerre d'Espagne, Machin et Rosita, qui venaient "servir" à Anseremme, où mon oncle et ma tante avaient leur résidence d'été, en bord de Meuse, Villa "Le Pâchis", merveilleuse maison impressionniste, faite de murs roses et de balcons verts. un mélange de Manet, deMonet et de Caillebotte et dans un décor de paysages peints jadis par Félicien Rops! J'en reparlerai . Ci-dessus les photos de ma tante Ginette Van Cauwenberghe, soeur de mon père et de son mari Lucien Brunin, tous deux décédés !
Après Gand, retour à Liège et autre anecdote. Comme je l'ai déjà dit, ma cousine et moi n'allons pas à l'Ecole. Nous avons une institutrice frebelienne qui vient de temps en temps contrôler le travail d'enseignante de mamère non enseignante. Je m'en souviens car un jour où elle était à la maison, quai Mativa, nous étions debout, autour d'une table, elle, ma cousine et moi, et j'avais sorti mon zizi (ça commencait à me travailler) de ma culotte courte, pour le montrer à ma cousine Béatrice, qui, horrifiée, avait tiré l'Institutrice par la manche, pour lui désigner du doigt, cette chose monstrueuse, pourtant encore toute mignonne à l'époque (j'insiste sur " à l'époque"). Pour ma cousine Béatrice c'est le début de "L'Enfer de Dante". En écrivant ceci, je réalise que ma cousine qui a 70 ans comme moi, ne s'est jamais mariée et je me sens soudain très responsable. A mon avis, elle ne s'est jamais remise de ce choc. On m'a enfermé dans une chambre. Un petit scandale dans toute lla famille ! J'avais pourtant trois cousins qui avaient quatre et six ans de plus que moi. Le terrain aurait dû être déblayé par eux ! Mais non point ! Fi de tout celà, comme on disait à la Cour de Louis XIV !




us
Livre profondément émouvant et passionnant que tout le monde devrait lire. Dans ce
livre, il parle de mon Grand- Oncle Emile, le Bénédictin, alias Dom Hilaire Duesberg. Je lui ai répondu en lui envoyant des photos de ses lieux d'enfance, à Liège, en Outremeuse.
Jamais la
communauté française ne m'a fait un tel cadeau. Il a fallu la France. Nul n'est prophète en son pay
Photos de moi et de ma soeur Danièle, prises en 1942, à Liège, dans notre maison du Quai Mativa.
Trois ans plus tard, j'irai la conduire à l'Asile pour enfants de Ciney !

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