Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS - Voir les 0 commentaires
Nous allons donc aborder l'année 1972 à Libramont. J'ai terminé ma
psychanalyse. Mon départ de Liège posait évidemment un problème mais mon psy m'a rassuré et m'a dit qu'après 5 ans et demi, j'avais fourbi mes armes et que j'étais désormais capable de me
battre seul. Car une psychanalyse n'est jamais complètement terminée. On descend dans ses propres caves et dans celles de ses ascendants et puis il faut remonter. Une psychanalyse n'efface pas le
passé, elle ne peut tout effacer. Mais elle donne des armes pour rendre ce passé constructif et nous rend aptes dès lors à affronter le présent et le futur. Néanmoins la lutte continue tous les
jours. Et puis, fait très important, la psychanalyse déculpabilise et donc nous libère peu à peu. Mais avant celà, on en prend plein la gueule, car il faut déconstruire avant de reconstruire et
ça c'est une autre histoire. Enfin la psychanalyse élargit notre univers et nous donne une toute autre compréhension des choses et des gens. Un psychanalysé est une sorte d'Initié et dès lors est
très souvent isolé des autres car son regard semble particulier, étonne, secoue, réveille, choque son entourage. Et bien sûr, parallèlement j'ai beaucoup
bouquiné, Freud, Adler, Ferenczi, Wilhelm Reich, l'Anti-Psychiatrie (Le Voyage à travers la folie de Mary Barnes) et surtout Jung dont j'achèterai et lirai quasi tout l'oeuvre. Tout ceci en
aprofondissant aussi les religions orientales à travers des textes sacrés indiens
et tibétains tels que le Bardo Thödol, les Védas et la lecture de Ramakrishna et de Krishnamurti. J'ai eu un moment la tentation de devenir psychanalyste, de m'inscrire dans une association, de
faire une psychanalyse didactique. Les portes étaient ouvertes via mon psychanalyste. Mais j'ai renoncé. Je n'aurais pas eu la patience d'écouter les problématiques des gens, à longueur de
journée
J'ai ausi commencé à m'initier à la Musique contemporaine et avant-gardiste, à savoir Boulez, Pierre Henry, Stockausen, Xenakis, Thomas Sherchen, Berio, Nono, Globokar et bien d'autres. Il m'a fallu pour celà comprendre la révolution opérée en début de siècle avec le Dodécaphonisme et et la musique sérielle qui en a découlé. Et pour comprendre celà, remonter à Debussy et Messiaen, mais aussi à l'Ecole de Vienne avec Berg, Schoenberg et Webern, sans oublier Bartok. Très long travail qui va me prendre des années.
Aux alentours de la guerre 14, il y a eu une déconstruction de la musique, le dodécaphonisme, comme il y a eu une déconstruction de la peinture avec le cubisme. Dans les deux cas, une mutation complète et sans précédent de notre système éthique et esthétique. Avec le carnage des tranchées, tout a été mis sens dessus dessous et on ne peut pas plus ignorer ce fait qu'ignorer les charniers des tranchées ou le Génocide des années 43-45. La culture comme la psychanalyse, ça doit se retravailler tout le temps, sinon ce n'est pas la peine. On ne se cuiltive pas sans se mettre en danger, to jeopardize comme disent les américains; le chemin vers la connaissance ne se fait pas sans prise de risques. La vraie culture n'a rien de confortable, ni de "joli". D'autres éléments sont intervenus dès le troisième quart du 19esiècle, telle que l'apparition de la photographie qui a changé la fonction de la peinture, l'amenant à s'occuper d'autre chose que de reproduire la réalité ce que la photo commençait peu à peu, à faire beaucoup mieux qu'elle.
Je suis aussi à la recherche de mon ami californien David Hoffman, qui a disparu dans l'Himalaya, très exactement dans le Mustang, où il est parti seul avec un Sherpa pour un 'trek" de quatre mois. J'écris à son père à Frisco. Il me dit qu'on a retrouvé David. Il est à New Delhy et va aller à Bombay, en voiture. Je peux lui écrire au Consulat américain à Bombay
C'est à ce moment que je vais me blesser à l'oeil avec une pointe de
roseau (un jonc épars). Cette lésionva provoquè un ulcère de Mouren me dit l'ophtalmologue Duby de Libramont. C'est grave mais cet ophtalmo me sauvera mon oeil en trois semaines de traitement. Je
l'ai échappé belle
Et enfin j'ai commencé un embryon de journal, disons des notes dans un cahier, dès mon arrivée à Libramont et elles vont me servire d'aide-mémoire. Ces notes vont s'amplifier dès 1975 et je réaliserai 4 cahiers entre 1975 et 1980. Mais ce n'est qu'en fin 1980 que commencera mon véritable journal, celui qui compte à ce jour, 45.000 pages , bourrées de documents
Voici donc un extrait de ce premier journal datant de 1972 et relatant mes premières impressions à Libramon et dans la Province :
"Mort vénusienne. Forêts mortes et noires. L'épicéa pue la mort. Tout est plat, froid. Je hais les plateaux quand ils ne sont pas entourés de montagnes.
Le pays est plat, les gens aussi. Le bois c'est ce qui sert à être scié. Des forêts entières d'épicéas, c'est plus rapidement rentable. Que celà pompe le sol et le rende acide et dépourvu de toute vie, c'est sans importance
La poésie du paysan est un mythe inventé par les citadins. La verdure est clôturée, les animaux sont parqués avant d'être massacrés. Des chasseurs en Mercédès et en Lodens verts viennent abattre et récolter leur trophée, leur "massacre" (appellation de la ramure du Cerf après sa mort???). Tireurs d'élite qui abattent d'une seule balle et à un mètre de distance, un sanglier nourri qui vient à leur rencontre. Ensuite libations dans le sang et conversations sexuelles des plus vulgaires. une sacrée image de la femme, de la Biche étendue sur la table et que l'on découpe
Médiocrité des gens. Vie insipide. Matérialisme sordide des professions libérales. Manque total d'imagination. Du fric à ne savoir qu'en faire. Réceptions, toilettes à gogo, Service-Clubs, Ladies Nights, Remises de Chartes
L'Avenir du Luxembourg, le journal du Passé. Bals, Ateliers protégés (les bonnes oeuvres), Chasses, Défilés militaires. Remises de décorations-Jubilaires peu jubilants. Les vieilles pierres, surtout les romaines, la Famille Royale
La Culture: Les peintres paysagistes, un peu de Bach, de Chopin et de Mozart, Le Juillet Musical, Le concours Reine
Elisabeth, Le Théâtre National, les Chorales et j'oubliais la Messe. Dans ce pays, même la culture est morte. La moindre peinture non-figurative suscite l'inévitable "Et qu'est-ce que ça
représente" ou encore "un enfant pourrait le faire..."ici seul le savoir-faire compte, nullement l'imagination, mise définitivement dans les tiroirs
Traditionnalisme étouffant. Empreinte catholicolletmontée. Messe du Dimanche, Bénédiction de la maison par le Curé (nous
avons refusé), réincarnation du Sorcier du village
Province complètement déconnectée par rapport à l'époque que nous vivons. Bocal de verdure morte "débranchée". On vit en
dehors et en arrière; Je suis pour "L'homme des Bois"mais à condition qu'il ait choisi de l'être et qu'il respecte nature et animaux
Esprit de clocher accusé. enracinement vigoureux empêchant toute mobilité d'esprit, la vision du monde s'arrêtant à la limite de la Commune ou de la Province"
Relativement classique et naturel pour une région rurale et forestière. On trouve le même phénomène en France et partout. Notons néanmoins que Libramont au début des années septante est en pleine évolution et accueille une population étrangère(Bruxelloise, Liégeoise, Namuroise) de plus en plus importante, des professeurs (deux écoles totalisant plus de 2000 élèves) et des médecins (Il y a une Clinique). Nous ne sommes donc plus dans un village mais je préciserai que les produits d'importation ne sont pas plus évolués que les autochtones
Libramont c'est une contrée africaine avec beaucoup de colons. Il ne doit pas rester un tiers d'originaires de la région, à l'heure actuelle. Libramont est devenu un immense parc commercial, rural et forestier avec notamment sa Foire Agricole qui attire de 2 à 300.000 personnes à la fin Juillet. Et sa situation géographique au Centre de la Province fait de Libramont, un immense carrefour et une cité prospère
A signaler encore en décembre 1971, ma fille Valérie remporte encore un
concours de dessin à Virton-Saint-Mard, petite ville de la Gaume, située à 50 Kms au Sud de
Libramont et nous allons chercher son prix avec elle et faisons connaissance avec le Comité des Jeunes de Saint-Mard, très sympa et passons la soirée avec eux. Nous réalisons que nous
aurions nettement préféré habiter de ce côté ou les gens sont bien plus chaleureux et drôles. On est à deux pas de la France et on retrouve en Gaume, le même style direct et fêtard que celui vécu
à Liège. A Libramont personne ne nous a encore adressé la parole tandis qu'ici, on est tout de suite adoptés. Voici le dessin de Valérie, exposé à Virton, très marqué par l'aventure New-Yorkaise.
Derrière les gratte-ciels, on aperçoit l'East River et les arbres de Central Park











A ce
tableau je dois ajouter ma petite chatte tigrée venue s'installer d'autorité en avril 2007, à l'âge de quatre mois, chat abandonné. Son arrivée un jour à l'aube m'a amené à l'appeler
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