Donc à douze ans, je suis réservé et timide, on pourrait même dire "muet", ce qui paraît invraisemblable, quand on
me connait aujourd'hui. Je ressemble donc à mon père, pas du tout à ma mère qui, elle, parle sans arrêt et court chaque jour à travers la ville, pour bavarder avec ses amie cheftaines. Parfois
elle reste à la maison, c'est rare, mais alors elle téléphone pendant des heures; elle a dû engloutir une fortune en conversations téléphoniques (et en taxis) Et quand elle n'est pas au
téléphone, ele parle seule à mi-voix, pas seule mais avec des amies imaginaires ou non, mais absentes, qui sont censées lui donner la réplique, par la bouche de ma mère, bien sûr. Elle joue
alternativement son rôle, puis celui de son amie, vis à vis de laquelle, elle essaie de justifier les actes de sa vie réelle, qui, forcément sont loin d'être clairs. Alors elle explique, se
justifie, et en fin de compte, l'amie finit toujours par approuver sa conduite. Ca donne à peu près ceci: "Mais enfin Suzanne, c'est évident, tu as tout à fait raison " dit l'amie ! "Oui mais je
me demande tout de même, si je n'aurais pas mieux fait de..." rétorque ma mère ( très honnête avec elle-même ) Et l'amie de s'exclamer: "Mais pas du tout au contraire"
Ce jeu à deux voies, je m'en suis rappelé en voyant Psychose d'Hitchcock, où Perkins, prend la voix de sa mère
"morte". En attendant, l'oreille plaquée contre la porte, j'assiste au travail ténébreux de la culpabilisation, suivie d'une habile auto-absolution, au travers d'amies, qui n'étant pas
réellement face à elle, l'approuvent à tous les coups, à force. C'est du grand art. Et moi j'assiste à ces faux dialogues, derrière les portes ou du dessus de la cage d'escalier. Un vrai
spectacle psychotique (on pourrait dire Psy-Kotick, Kotick étant le totem de ma mère. Le Kotick est un curieux animal, mi-Loup, mi-Phoque ) En attendant ma mère
se justifie sans arrêt; elle se sent donc coupable au fond d'elle-même et elle évacue
cette culpabilité, non pas en changeant ses comportements, hélas, car elle n'a jamais écouté personne, mais en les accentuant, confortée en celà par ses interlocuteurs imaginaires. C'est très
fort!
Les années cinquante marquent aussi l'apprition des premiuers chats à la maison. Car, des animaux, j'en veux depuis toujours et n'en ai toujours pas. Combien de chiens abandonnés, ramenés à la
maison car ils me suivaient d'instinct, et impitoyablement laissés sur le seuil, interdits d'entrée par ma mère. Et voici que miracle, il y un chat tigré à la maison. L'expérience sera
courte car très rapidement ma mère les fera embarquer par la SPA, sous prétexte qu'ils font des crasses et que je ne m'en occupe pas, ce qui est évidemment faux; "je fais rien d'autre que de
m'en occuper", après douze ans de frustration. Elle enferme le chat, avec moi, dans la cave, puis elle quitte la maison. Pour moi on va simplement metrre le chat dans une famille; c'est déjà
terrifiant en ce qui me concerne. Et voici l'homme avec son sac. Inquiet je lui demande ce qu'on va faire du chat. Il me répond en ricanant 'Ah, une balle dans la tête, bien entendu" Et voilà,
il est beau le monde des adultes. les adultes qui font des enfants à tour de bras et prétendent les éduquer, alors qu'ils sont juste capables de les "cochonner". Mais donc voilà, c'est de ma
faute, me répétera ma mère; l'essentiel est là; Il faut que ce soitt de ma faute. le chat on s'en fout, il n'est qu'un instrument de castration; les démolisseurs sont à l'ouvrage. Je vais donc
être traumatisé à mort (ça et la taque d'égoût, c'est pas mal tout de même, en peu de temps; on a construit des assassins pour moins que celà). Il me faudra vingt ans pour être à même
d'accueillir un nouveau chat, ramené à l'essai par ma compagne, à Liège, en 1970. C'est une Siamoise. En rentrant du boulot, je m'exclame "Non pas de ça (de chat) ici!" "Ca," c'est une
siamoise. je m'assieds, elle saute sur mes genoux, sachant très bien que c'est moi qu'elle doit séduire, et elle ronronne. et moi je craque. Nous l'appelerons Mistinguett, à cause de ses "bas
noirs"de Siamoise. Le déblocage s'est opéré. D'un chat, nous passeron à deux, en quittant Liège pour Libramont, l'année suivante, nous aurons un bâtard de siamoise, une superbe panthère noire,
que nous appellerons Figaro et nous finirons par avoir jusquà sept chats simultanément. Ma première chienne n'apparaîtra qu'en 1985! J'en suis à ma troisième, en 2007. Toujours des
femelles! Et la réapparition du chat, en début de cette année, une petite tigresse, apparue à l'aube, au mois d'avril, d'où son nom "Potron-Monette", une chatte perdue, abandonnée, surgie de la
forêt toute proche et qui s'est installée d'emblée, sans me demander mon avis. Peut-être la chatte "assassinée" pat la SPA, réincarnée, allez savoir !
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