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par Christian VANCAU
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Mardi 4 décembre 2007
publié dans :
Ma BIOGRAPHIE
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Nous voici donc dans la période bruxelloise qui va durer deux ans. C'est la période la plus noire de mon enfance. Nous emménageons au 36 de la rue Montoyer,
parallèle à la rue Belliard. C'est affreux comme rue. Nous habitons une grande maison, jouxtant celle du Docteur Delchef, le patron de mon père. Pas de jardin, mais une immense cour. Et une
école pour ma quatrième année primaire, appelée, le "petit Saint-Louis", Place Saint-Josse. Je me souviens des trajets: rue Joseph II, rue Guimard, rue Belliard et quelques squares. Je suis un
mauvais élève. heureusement, à l'école je me fais un ami, Charles Van Hove, fils d'un antiquaire habitant la même rue que la mienne. Le père antiquaire a épousé une gantoise, Edith de
Busschere. Ils ont cinq ou six enfants. Je vais passer le plus clair de mon temps dans cette famille nombreuse. Maison gigantesque bourrée de salons et d'antiquités en tous genres, ambiance
feutrée de tapis d'Orient, enfants joyeux et sains. Je m'entends très bien avec Charles. Ils ont une maison de vacances sur la Lys et nous y chassons le papillon comme Ernst
Jünger.
Et puis voici que mon grand-père paternel, Jules Duesberg, se tue dans un accident de voiture, sur la route de Louvain, une voiture de l'Université de
Liège, pilotée par Nicolas, le chauffeur du Rectorat de l'Université, Nicolas qui a une tête de Popeye. Jules a 65 ans. Et du coup ma mère disparaît pour faire de fréquents séjours à Liège,
chez sa mère, Quai Mativa, y emmenant mon frère Etienne, qui a un an. et je me retrouve seul, après l'école, seul dans cette gigantesque maison obscure, attendant mon père qui rentre tard de
sa clinique de campagne et à qui je dois préparer à souper ( à savoir le plus souvent des frites et des oeufs sur le plat essentiellement, ma science culinaire, n'allant pas au-delà. Ah si je
fais bien les mayonnaises aussi; il faut dire que j'ai vécu 5 ans dans une cuisine avec ma grand-mère à Liège). Mes devoirs je les fais dans la famille Van Hove. Et puis comme ma mère ne
revient pas et que mon père n'est jamais là, je passe entre les mains de différentes assistantes familiales. Je me souviens d'une petite blonde qui ressemblait à Eva-Marie Saint,
la fiancée de Brando dans le " Sur les Quais" de Kazan. On allait se promener dans le parc de la Woluwe, près des étangs, on s'asseyait sur un banc et elle pleurait tout le temps, parce que
son fiancé l'avait quittée, et je pleurais avec elle. Larmes mêlées de deux
abandonnés.
De toutes façons, mon père restait pour moi, un étranger total. rentrant de la Clinique vers les dix-neuf heures, il voulait vérifier mes devoirs et mes leçons et je
l'envoyais sur les roses. Pauvre homme , rentrant de la guerre, avec une épouse absente, une fille internée, un fils qui le repousse et un deuxième fils qui est à Liège. Ma mère réapparaît de
temps en temps à Bruxelles avec mon frère Etienne, qui dort dans la même chambre que moi, dans un lit-cage. Chaque soir, ma mère lui attache les chevilles au pied du lit avec une bande velpo. En
plus son torse est enserré dans une sorte de corset, à bandes croisées, rivé autour du matelas. Ce double harnachement est destiné à l'empêcher de tomber de son lit, à un âge où il commence à se
dresser sur ses petites jambes. Je me suis souvent de mandé si cet équipement d'incarcération, était utilisé fréquemment à l'époque, dans le secret des familles et si 10 ans auparavant, à Gand,
on m'avait soumis au même genre de supplice ? ça m'étonnerait que je me sois laissé faire . Quoiqu'il en soit, je dis qu'il faut être tordu, pour ligoter son gosse au crépuscule, alors qu'il est
à l'aube de sa vie!





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