Partager l'article ! Bio 148 Lettre d'Henry Miller à Louis Pauwels: Louis Pauwels, sachant mon intérêt pour Henry MILLER m'a fait à l'époque lire une lettre de l ...
J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord de Sedan et 75 Kms au Nord
de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Sedan et
Charleville au Sud-Ouest
Mon adresse-mail est la suivante: christian.vancau@base.be
" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain
ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )
Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre
Je suis un homme de 71 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges, un endroit magnifique au bord de la
forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en
Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était
embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à
part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je
me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la
banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" ! En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5
anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis
donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé.
Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en
ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été
fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des
étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis
retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à
suivre).
J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art n'était pas plus
reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de
toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de
la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence,
agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche,
ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres
est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en
Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du
Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des
groupes, quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux
d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un
journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et
contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de
ce blog
Louis Pauwels, sachant mon intérêt pour Henry MILLER m'a fait à l'époque lire une lettre de lui,qu'il avait reçue en
1968. Elle est tellement d'actualité et proche de ce que je ressens aujourd'hui, que je
ne résiste pas au plaisir de la partager (Miller a 76 ans en 68 et j'en ai 71, à ce jour). Voici donc ce que Miller écrit à Pauwels, sur la Liberté, le 28 mars 1968
:
Cher Louis Pauwels
Quoique je sois d'accord avec vous sur l'effrayante condition du monde, je ne suis pas aussi
certain que vous semblez l'être sur la façon de redresser les choses.
Comme vous le savez je n'ai jamais appartenu à aucun groupe politique, religieux ou social: je me suis contenté d'écrire et de peindre. En
vieillissant, je m'interroge sur la force du mot écrit. Lorsque j'étais plus jeune, je lisais tous les révolutionnaires enflammés, les libertaires, les sages, les saints, et dans mon oeuvre je me
suis efforcé de faire jaillir chez le lecteur, l'étincelle qui l'encouragerait à changer sa façon de vivre. Mais quand je vois ce qui se passe ici, là, partout, je me demande si mes mots ont eu
le plus léger effet. Aucun doute le monde présent est bien pire que celui où je suis né (Que dirait-il aujourd'hui???)
Ce que j'essaie de dire, mon cher Pauwels, est que, si les mots des plus grands esprits tout au
long de la civilisation n'ont eu aucun effet sur la masse du public, ne serait-ce pas qu'il y a quelquechose de vicié dans cette méthode de régénération? Les grandes vérités sur la vie ont été
rabachées des milliers de fois, mais une poignée d'individus seulement ont su en profiter. De grands exemplaires ont apparu, mais leurs disciples n'en sont que les caricatures. Hors les chefs
spiriruels connus, il y a et il y a toujours eu de grands maîtres qui restent cachés du monde et qui ne font aucun effort pour atteindre les foules.
Quand je pense à ces grandes figures, connues ou inconnues, le mot liberté ne me semble pas convenir tout à fait. Je dirais plutôt
émancipation, réalisation de soi, accomplissement, service. ou pour être plus précis, liberté de servir l'humanité. Pour ce but, il faut se libérer non seulement des liens de la société, aussi de
sa propre ignorance
Une réalité d'un ordre différent
Une autre idée me vient à l'esprit. Quelle est la vraie nature des problèmes qui
nous assaillent? Peut-on les résoudre par une pensée juste, un comportement juste, un front uni, ou font-ils partie de l'esprit du temps, de
la destinée humaine? Les problèmes doivent-ils être résolus, ou ne sont-ils là que pour nous mettre à l'épreuve? Les sages, nous l'observons, ne
semblent pas du tout s'en préoccuper- pour eux, ils sont illusoires. L'être vraiment intégré les accepte comme faisant partie de l'ordre de la vie et ce faisant, s'immunise.
La question que je me pose est: les choses peuvent-elles être réellement changées en un paradis sur terre, ou une utopie, en supposant
qu'un tel état soit définissable, ou ce que nous nommons nos problèmes disparaîtraient-ils automatiquement dans une vision exaltée de la vie? Bref avançons-nous aux pas lents et pénibles de ce
que nous appelons "progrès" ou par des bonds inattendus, produits par des évènements imprévisibles et quasi miraculeux? Nous savons que des découvertes et de grandes inventions ont introduit de
profondes innovations dans la société. Nous savons que l'apparition d'individus extraordinaires, bons et mauvais, ont amené de grands changements. Il nous reste à savoir quels changements
incalculables entraînerait l'exploration de l'espace. La possibilité d'entrer en contact avec des êtres supérieurs d'autres planètes porte en elle des révolutions imprévisibles dans la vie de
cette terre. Toute notre conception de paradis sur terre peut sembler naïve ou puérile si nous entrons un jour en contact avec de tels êtres
La symphonie de l'Homme
Je ne prétends pas que la voie du sage ou du Maître soit celle qui convienne à chacun de nous; son rôle comme le nôtre est
sans doure provisoire. Il n'est pas plus à même de choisir un autre genre de vie que nous, qui sommes assassins, menteurs, voleurs, tricheurs et le
reste. Tous ensemble, saints et pêcheurs, nous composons la symphonie (ou la cacophonie ?) de l'homme au stade présent de l'évolution. Le problème pourtant est qu'il y a symphonie et symphonie.
La nôtre n'est pas la première, ne sera pas la dernière. Mais, et voici le point crucial, selon moi - sommes-nous capables d'orchestrer les notes de la prochaine symphonie, ou nous contenterons
nous de jouer notre partie lorsqu'elle viendra ?
J'allais dire quand elle éclatera car les "éclatements" font partie de cette chose obscure, nommée création. Si nous ne pouvons régir la conduite de
notre propre vie, nous ne pouvons certainement pas diriger l'ensemble. Malgré nos plans et nos prévisions, des choses arrivent qui échappent totalement à notre contrôle. Nous n'avons aucune part
à notre naissance, nous n'en avons pas non plus, ou très peu, à notre mort. Nous pouvons au plus accepter ce qui nous arrive. la manière dont chaque individu agit ou réagit est inscrite dans son
destin intime. Le héros ne mérite pas plus de louanges que le lâche d'ignominies. Le grand péché est l'igorance. Mais comment rendre un fou, sage, en un tournemain
?
J'ai été évidemment influencé par les grands libertaires, les grands sages, les grands maîtres spirituels d'hier et d'aujourd'hui; mais peut-être
ai-je eu de la chance, d'avoir été ouvert à de telles influences. Je dois admettre que les idiots, les crétins, les crédules, les charlatans m'ont aussi influencé. Tous ont joué leur rôle. je ne
connais aucun précepte qui nous permette de bien choisir.
A chacun sa
voie
Je ne sais pas mon cher Pauwels si ceci répond à vos questions. Probablement pas ! Mais
parfois une question en fait surgir une autre. Je ne suis même pas sûr de partager votre intense souci pour l'état présent du monde. Il me semble qu'il y a deux manières de considérer les maux
qui nous affligent. La première est de se ruer pour faire quelquechose, intelligemment ou non. Mai j'ai toujours pensé qu'il fallait d'abord découvrir ce qui n'allait pas en nous et si c'est
possible ce qui allait. C'est une tâche qui peut prendre toute une vie. Avec la compréhension, viennent le pardon et l'acceptation, non seulement des autres mais de
nous-mêmes
Il y a des gens qui ont trouvé leur salut derrière des barreaux de prison. Il y a des hommes, de grands hommes qui ont choisi de mendier. II y a des
hommes qui ont choisi de mourir plutôt que de prendre les armes pour leur foi. Il y en a qui ont choisi de rejeter le Nirvana et de reprendre la ronde de la vie jusqu'à ce que le dernier homme
ait trouvé sa voie vers l'accomplissement. A chacun sa voie; à chacun son dû.
Je veux bien que les mots aient un pouvoir, mais leur puissance demeure pour moi, une grave question. Ecoutons-les tous, car parfois même le fou (
je dirais surtout le fou)dit des paroles de sagesse
Sincèrement vôtre
Heny Miller
Lettre d'Henry Miller à Christian Vancau. 1er Mai 1975
Derniers Commentaires