Partager l'article ! Bio 191 Mon entretien avec Xenakis à Paris en Sep.1977: ...
J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord de Sedan et 75 Kms au Nord
de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Sedan et
Charleville au Sud-Ouest
Mon adresse-mail est la suivante: christian.vancau@base.be
" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain
ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )
Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre
Je suis un homme de 71 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges, un endroit magnifique au bord de la
forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en
Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était
embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à
part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je
me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la
banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" ! En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5
anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis
donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé.
Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en
ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été
fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des
étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis
retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à
suivre).
J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art n'était pas plus
reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de
toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de
la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence,
agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche,
ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres
est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en
Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du
Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des
groupes, quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux
d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un
journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et
contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de
ce blog
Voici l'essentiel de ce que nous avons échangé chez lui, près de Pigalle au 17 de la rue Victor Massé :
Xenakis me montre son matériel pour le diatope de Beaubourg qui doit débuter en Novembre. Ce
spectacle a été commandé par le gouvernement français et non par l'Ircam avec lequel il n'a aucune relation (Bravo Boulez le dictateur). Il a toujours travaillé en marge. A propos du festival de
Donauschingen, il me dit que plus rien de nouveau ne se fait depuis 1970 environ.Je luis dis que c'est la même chose dans les Arts Plastiques et
que je m'en suis rendu compte à Kassel en Juillet
A propos de mes peintures (j'ai apporté mon catalogue personnel de photos) et de mon obsession des fenêtres, il me montre des photos d'une maison qu'il a conçue pour un ami sur une île de la mer
Egée. Lui aussi est passionné par les fenêtres et il me parle des bünkers de la dernière guerre. Ce qui l'intéresse c'est de morceler le paysage ou d'en accentuer certaine parties, en pratiquant
des ouvertures longues et étroites, à la place des fenêtres traditionnelles. La maison en question ressemble d'ailleurs à un "Fortin". Il ne faut pas montrer l'entièreté du paysage mais insister
sur certaines parties. Il trouve que mes "recherches" picturales peuvent intéresser les gens parce qyu'elles peuvent s'intégrer dans un cadre de vie quotidien, tout en le dépaysant.
Lui-même est peu sensibilisé par la peinture. Il préfère la Lumière-"ce qui précède la peinture"-. Mais quand il voit une lumière, il perçoit un
son, non pas au niveau de l'oreille mais au niveau de ce qui se trouve derrière l'oreille (et il montre avec son doigt).
D'où ses diatopes ou ses polytopes qui jouent beaucoup avec la lumière via les lasers et les
flashes.
Il me parle aussi d'un ordinateur qu'il a expérimenté à Bonn, pas encore au point, mais qui va permettre aux enfants et aussi aux adultes de
composer eux-mêmes leur propre musique en dessinant. par exemple, une maison produit tel son. Un côté éducatif qui devrait permettre au public de mieux communiquer avec le processus de
composition (Il semble soucieux du contact avec un public plus large qu'un public élitaire). Je lui dis que c'est assez paradoxal, étant donné qu'au niveau du public, il est un des musiciens
contemporains qui effraie le plus, à cause du côté technologique, informatique et mathématique, qui intervient constamment dans sa création.
Il me parle de ses voyages aux USA pendant cinq ans entre 1968 et 1973, où il enseigne comme professeur de musique dans une université de
l'Illinois. Il trouve que les USA aident à la recherche musicale, tout en investissant par contre aussi dans de grands orchestres philarmoniques traditionnels; Il me dit que si l'élite est
évidemment plus nombreuse, pas en pourcentage mais en nombre, la masse est beaucoup plus imperméable encore qu'en Europe, tant elle est conditionnée par un type de vie quotidien mécanique et
quantitatif
Ci-contre à gauche les lasers du Polytope du Musée de Cluny (spectacle présenté de 1972 à 1974)
Il me parle aussi du Mont Athos où il a séjourné, et du faux oecuménisme de ses moines
orthodoxes qui rejettent comme idolâtre et négligeable, tout ce.qui a précédé le 4e siècle après J-C
Comme je lui dis que je ne suis pas croyant, il me dit qu'il ne l'est pas non plus. Il me parle de la nécessité de garder une ouverture au monde, de ne pas se rétrécir, ni se figer. Il
trouve que beaucoup de peintres par exemple, à une époque de leur vie, se figent dans un système et se ferment. Je lui dis que je suis d'accord avec lui, mais que d'autre part, nous sommes
tellement sollicités, nous les peintres, actuellement par des tas de voies possibles, qu'il nous faut faire des choix, canaliser et finalement aussi nous protéger. Je le sens à ce moment très
proche de ce que je dis
Je lui dis aussi que la première fois que je me suis senti en affinité avec lui c'est lors de son passage tout un après-midi à l'ORTF aux environs de 1970 (L'Invité du Dimanche). Je lui fais part
aussi de la difficulté qu'ont les gens à faire l'effort de s'accrocher aux démarches contemporaines, qu'elles soient musicales, picturales ou littéraires. La plupart des gens demande à la culture
d'être délassante et puis c'est tout!
Un ami grec lui téléphone et je l'entends répéter Kala, Kala (Bon ou Bien)
Il me parle des mathématiques dans l'enseignement rénové et du peu d'importance donnée à la Géométrie et à la Trigonométrie, dont la connaissance
est pourtant fondamentale pour comprendre la Physique. je lui dis que les cours de ma fille Valérie se rapprochent de la logique mathématique et qu'effectivement la Geo et la Trigono semblent
être abordées fort tard et brièvement (comme dans les années cinquante d'ailleurs)
Plusieurs fois il me parle de son âge (il a 55 ans et vivra jusqu'à 79 ou 80 ans, on ignore s'il est né en 1921 ou 1922, puisqu'il décèdera en
2001) et de sa perte d'énergie et de mémoire. Il est angoissé par le problème de l'usure. Encore un point commun entre nous!)
Nous parlons de l'Orient. Il est allé plusieurs fois au Japon. Aussi en Inde et au Liban. Pas au Nepal. Je lui parle de mon ami David et de son
disque sur les chants des Moines tibétains. Je lui dis que je le lui enverrai (et je le ferai)
Il me donne un de ses livres "Musique- Architecture"
Je lui demande s'il lit. Assez peu, mais pour l'instant il lit Glücksman et les Nouveaux Philosophes. Je lui dis que le dernier numero du Magazine
Littéraire en parle. il me dit que ce ne sont pas vraiment des philosophes et que le dernier philosophe est probablement Heidegger, Que malheureusement en Occident les philosophes se sont coupés
des sciences et des mathématiques et qu'il n'y a pas de philosphie sans ces éléments-là
Nous parlons un peu de mon métier de banquier et je lui explique ce que je fais Il me dit qu'il a travaillé d'abord comme ingénieur dans une boite avant de travailler avec Le Corbusier.
Maintenant, il vit de sa musiue
Je lui dit qu'on ne ressent pas du tout le côté "informatique" dans sa musique et il me dit "Heureusement sinon ce serait raté"
Voici un des dessins préparatoires de Xenakis pour le Polytope de Montreal. On dirait du Cy Twombly

Mais qui est donc ce Xenakis me demande t'on souvent??? Parce qu'on ne le connait pas et voilà.
Outre une oeuvre de précurseur très importante, et une condamnation à mort par contumace par le régime des colonels grecs, on peut relever quelques points au hasard:
1. C'est lui qui avec Le Corbusier crée le fameux Pavillon Philips en 1958 à l'Expo Universelle de Bruxelles. Le Corbusier lui refusant la
paternité du Pavillon, ils se quittent en 1959, après 13 ans de collaboration. Le Pavillon sera finalement installé à Einhoven et est en fait
entièrement l'oeuvre de Xenakis. Il provoquera la rupture entre les deux hommes
Voici Iannis devant un des immeubles qu'il a conçu avec Le Corbusier
2. En 1962 ses oeuvres sont accueillies chaleureusement au Festival de Varsovie
3. En 1965, année de sa naturalisation, un festival Xenakis est organisé à Paris
4. En 1967, il crée Medea au Théâtre de l'Odeon de Pais, avec Maria Casares et il crée le Polytope pour le pavillon français de l'Expo Universelle de Montreal. Il est aussi professeur invité par
l'Université de l'Indiana qu'il quittera en 1972 car elle n'a pas tenu sa promesse de créer un Centre de Musique et de Mathématiques
5. En 1972, il est invité à enseighner aux cours d'Eté de Darmstadt. il est nommé Professeur associé à l'UER des Arts plastiques et Sciences de l'Art à l'Université de Paris 1. Il crée son
spectacle de polytope au Musée de Cluny
6. En 1973, il donne une série de cours à l'Université de Montreal
7. En 1976, il soutient sa thèse de Doctorat devant Olivier Messiaen, Michel Ragon et Michel Serres
7. En1977, prix Beethoven de la ville de Bonn
8. En 1979, le Grand Prix national de la musique du Ministère de la musique lui est décerné7.
9. En 1984, il est reçu à l'Académie des Beaux-Arts (successeur de Georges Auric)
10 En 1989, il est docteur honoris causa de l'université d'Edimbourg
11 En 1991, il est nommé Officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'ordre des Arts et des lettres
12.En 1997, il reçoit le prix Kyoto au Japon
Et bien d'autres choses. Mais voilà, c'est qui ça Xenakis ?????. C'est tout simplement un des génies musicaux du XXe siècle
Derniers évènements de l'année 1977:
D'abord le 1er Novembre je fête mes quarante ans.
Au festival de Théâtre du Fourneau Saint-Michel, on a donné "Les Vieilles Femmes et la Mer" de Yannis RITSOS. J'y ai renconré Joseph Buron et sa
femme. Il travaille à la Radio Télévision belge et à une résidence toute proche, à Nassogne. Il s'intéresse au CDA. J'envoie à Michel de Paepe, un texte sur ce que devrait être l'éthique au CDA,
à sa demande. On verra bientôt que cette demande ne manque pas d'ironie.
Dès le mois de septembre, j'accepte de m'occuper d'un atelier de peinture, au Foyer Culturel de Libramont, sous l'égide de Roger Thumilaire. Les
trois autres professeurs sont Mariette Devresse, Bernard Noirot et Noël Rekinger, le fleuriste de LIbramont que mon père a opéré à de multiples reprises à Liège, après qu'il soit tombé d'un
toit(le fleuriste, pas mon père). A mon cours aucun adulte, rien que des enfants. En effet "je ne fais pas de la peinture sérieuse et je n'apprends pas à dessiner". Je ne présente donc aucun
intérêt
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