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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

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Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
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Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Christian VANCAU

4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 05:56

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Le cinéaste Alain Resnais est mortAlainimages

LE MONDE | 02.03.2014 à 10h55 • Mis à jour le 02.03.2014 à 18h27 DisparitionimagesParJacques Mandelbaum

 

Alain Resnais au Festival de Cannes, en mai 1980.

 

Né à Vannes, dans le Morbihan, le 3 juin 1922, le cinéaste Alain Resnais est mort samedi 1er mars à Paris « entouré de sa famille », a annoncé son producteur Jean-Louis Livi. Il avait 91 ans.

 

Sa longévité, son élégance, sa discrétion, son impeccable tignasse blanche arborée depuis si longtemps qu'on avait fini par oublier qu'il fût jamais jeune, tout cela faisait d'Alain Resnais une sorte de statue du commandeur du cinéma d'auteur français, aussi folâtre et expérimentateur fût-il en réalité. Car jeune, il l'a été indubitablement un jour, et sans doute devait-il sa science de la conservation au fait de l'être resté plus longtemps que tout autre.

 

Là-dessus flotte toujours un mystère. Le sentiment d'une jeunesse volée parce que fils unique, et asthmatique, de pharmacien catholique dans une ville de province ? L'imprégnation durable de l'éblouissement surréaliste et de sa glorification de l'enfance ? L'amour invétéré de la bande dessinée, du serial, du roman populaire ? Le fait d'avoir eu vingt ans sous l'Occupation ? Jeune donc, forever, et rapidement scandaleux, surprenant, comme on dit : moderne. Plus prompt à le devenir en tous cas, même si c'était d'un cheveu, que les Jeunes Turcs de la Nouvelle Vague, qui le toisent admiratifs depuis l'autre rive de la Seine.

 

Alain Resnais et son ex-épouse, Florence Malraux, lors du mariage de Jeanne Moreau en 1977.

 

C'est bien la même génération : tous ont connu la seconde guerre mondiale, tous en sont sortis avec le désir de renouveler le cinéma, sinon le monde. Dans le match qui ne fut jamais réellement disputé entre rive gauche (Alain Resnais, Chris Marker, Agnès Varda...) et rive droite (la bande des Cahiers du cinéma : Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Eric Rohmer...) de la révolution cinématographique en marche, les premiers penchent de fait à gauche, et les seconds à droite, mais même cela ne tarde pas à bouger.

 RESNAIS ET LA SCIENCE DU MONTAGE

Ce qui est plus assuré, c'est que les premiers sont des champions, reconnus pour tels, du montage. Qui dit montage dit coupe, taille, façonnage de la réalité, cinéma d'intervention, d'idées de concept. Et c'est bien d'un art virtuose du montage, subtil et percutant, que procèdent les premiers coups d'éclat d'Alain Resnais à travers ses courts-métrages documentaires. Il y met à profit les cours de l'Idhec, école de cinéma créée par le gouvernement de Vichy où, à 21 ans, on le compte en 1943 parmi les élèves de la section montage. L'Histoire est friande de ces télescopages. Car la science du montage de Resnais, en même temps que dans la matière filmique, coupe et raccorde dans l'Histoire, autrement dit y prend un parti.

Et ce parti est pour le moins incisif. Guernica (1950), montage-choc autour du lamento antifasciste de Pablo Picasso. Les statues meurent aussi (1953), censuré jusqu'en 1964, charge insolente contre le colonialisme culturel avec les mots ciselés de Chris Marker, sous le regard anguleux, démultiplié et ténébreux de sculptures africaines. Le Chant du styrène (1958), ode ambiguë à la matière plastique de chez Pechiney, rythmée par des explosions de couleurs en scope, et enlevée sur des alexandrins pince-sans-rire signés Raymond Queneau (« O temps, suspend ton bol… »).

 « NUIT ET BROUILLARD »Nuit

Cette veine du montage souverain aura culminé dès 1956 avec Nuit et brouillard. A l'origine, il s'agit d'un film de commande du Comité d'histoire de la seconde guerre mondiale, qui propose un montage d'archives d'une trentaine de minutes destiné à célébrer le dixième anniversaire de la libération des camps nazis. A l'arrivée, Nuit et brouillard est un film terrassant qui s'inscrit en lettres de feu dans la double histoire du cinéma et de la mémoire de la barbarie nazie.Nuit et Brouillard

 

Le noir et blanc des atrocités d'hier ne cesse d'y inquiéterla couleur d'un paysage d'aujourd'hui, apaisé. Sur cet effet de montage saisissant, qui fait de la barbarie une présence désormais installée dans la chair du monde, le texte de Jean Cayrol revient en contrepoint : « Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeau, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village de vacances, avec une foire et un clocher peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration. »Nuit

 

On doit ce chef-d'œuvre à Resnais, qui le réalise, évidemment, mais encore à Anatole Dauman, qui le produit, à Cayrol, ancien déporté qui en écrit le commentaire, à Chris Marker, qui le retouche en sous-main, à Michel Bouquet, qui le fait entendre et ne veut pas que son nom apparaisse au générique en hommage à la mémoire des déportés, à Hanns Eisler, collaborateur de Brecht, qui en compose la musique.

 

Ce film qui prend rendez-vous avec la postérité est aussi de son époque. En l'état de la recherche historique et de la construction mémorielle au mitan des années 1950, la conscience de la spécificité du génocide juif ne s'y impose pas (il faudra attendre pour cela le Shoah de Claude Lanzmann en 1985).

 

 

LA SILHOUETTE DU GENDARME FRANÇAIS

 

La question revient donc par la bande, pour nourrir un scandale. Une des images du film montre en effet une photographie du camp d'internement de Pithiviers, où l'Etat français parque les Juifs dans l'attente de leur déportation par les nazis. Sur cette image, au premier plan, la silhouette d'un gendarme français dans un poste de guet. La commission de contrôle exige aussitôt la suppression du plan. Echaudé par l'expérience des Statues meurent aussi, Resnais, soutenu par son producteur, réclame d'abord une demande écrite, puis maintient la photographie en barrant d'un bandeau noir la silhouette de la honte, rendant ainsi visible l'occultation de la collaboration. Le film sera vu ainsi jusqu'en 1997.

 

Ce n'est pas le seul déshonneur infligé par l'Etat français à ce chef-d'œuvre. Comme le veut la tradition à l'époque, la commission de sélection des films français au Festival de Cannes soumet ses choix au secrétaire d'Etat à l'industrie et au commerce. Nuit et brouillard fait alors partie de la compétition. Mais le titulaire de la fonction, qui se nomme pour la petite histoire Maurice Lemaire, met son veto sur ce seul film. Les associations de déportés, qui le soutiennent en revanche, créent un tel scandale que le gouvernement accepte le compromis d'une présence du film à Cannes, mais hors compétition.

 

Qu'importe, Nuit et brouillard, montré à des générations de lycéens français, et bien au-delà de la France d'ailleurs, fera l'effet à beaucoup de ses spectateurs d'un choc fondateur. Ainsi du critique Serge Daney, qui l'écrit magnifiquement dans un texte devenu lui aussi célèbre (« Le travelling de Kapo » paru dans la revue Trafic en 1992) : « Resnais fut pour moi un passeur de plus. S'il révolutionnait comme on disait alors le “langage cinématographique”, c'est qu'il se contentait de prendre son sujet au sérieux et qu'il avait eu l'intuition, presque la chance, de reconnaître ce sujet au milieu de tous les autres : rien de moins que l'espèce humaine telle qu'elle était sortie des camps nazis et du trauma atomique : abîmée et défigurée. »

« HIROSHIMA MON AMOUR »Hiroshima mon amour

 

Quant au malheureux Alain Resnais, il n'en a pas fini avec la malédiction cannoise, qui le poursuivra peu ou prou toute sa vie. Son premier long-métrage, Hiroshima mon amour (1959), rien de moins, y est ainsi mis hors compétition par les arbitres des élégances de l'époque, à rebours du jeune François Truffaut qui y concourt avec Les Quatre Cents Coups, après avoir copieusement insulté l'institution l'année précédente. Allez comprendre. Il faut croire que les raisons en sont diplomatiques. Cannes est aussi à cette époque une machine destinée à maintenir la guerre froide. Il s'agit aujourd'hui de n'y pas choquer les Etats-Unis, comme hier l'Allemagne (Nuit et brouillard), comme demain l'Espagne (La guerre est finie).Hiroshimaimages

 

Le plus politique des cinéastes français avec Godard – du moins à cette époque – en fait logiquement les frais. Hiroshima mon amour, sur un scénario et des dialogues de Marguerite Duras, raconte l'histoire d'une actrice qui vient tourner dans la ville un film pour la paix, et y rencontre un architecte japonais avec lequel elle a une liaison. Il lui parle de la tragédie collective causée par la bombe d'Hiroshima, elle lui répond par l'infamie publique de Nevers, tondue parce qu'elle aima un soldat allemand. Emanuelle Riva et Eiji Okada interprètent ce film inoubliable, dont l'apport à l'art cinématographique est impressionnant : diffusion du passé dans le présent, discontinuité narrative, bande sonore obsédante, transvasement réciproque du réel et de l'imaginaire, flux de conscience.hiroshima

RESNAIS ET LA GUERRE D'ALGÉRIE

 

Deux ans plus tard, après avoir entre-temps signé le manifeste des 121 (qui réclamait le droit à l'insoumission pour la guerre d'Algérie), Resnais double la mise avec L'Année dernière à Marienbad (1961), film écrit avec le chantre du nouveau roman Alain Robbe-Grillet. Le fond politique est cette fois mis de côté, en faveur d'une étrange séance d'incubation filmée entre un studio parisien et un jardin bavarois. Un homme tente d'y convaincre une femme (la débutante Delphine Seyrig) qui ne le croit pas qu'ils se sont aimés sur ces lieux, l'année précédente. Motif obsessionnel, qui se joue dans un palace baroque devenu projection labyrinthique d'un univers mental situé comme hors du temps. Mais de même que le film, curieusement, n'est pas tourné à Marienbad, le nom allemand de cette ville d'eau tchèque est-il alors caduc. Plus propice à Resnais que Cannes, la Mostra de Venise décerne le Lion d'Or à cette œuvre mystérieuse et provocatrice.marienbad

 

Ceux qui reprochaient (déjà) à Resnais de s'être coupé de son époque en sont pour leurs frais : en 1963, Muriel et le temps d'un retour aborde, notamment, les zones brûlantes de la torture en Algérie. On y retrouve Delphine Seyrig en veuve recroquevillée sur elle-même, faisant profession d'antiquaire à domicile à Boulogne-sur-Mer. Un huis-clos trouble la met en présence de son beau-fils qui revient de la sale guerre d'Algérie durablement traumatisé, d'un vieil amour de jeunesse fuyant et affabulateur et d'une jeune actrice qu'il veut faire passer pour sa nièce.

 

Valse amère des souvenirs, mensonges, remords, malentendus, incompréhensions : de l'Occupation à la guerre coloniale, tout un passé qui ne passe pas taraude cette petite bourgeoisie tétanisée qui habite une ville elle-même en proie aux stigmates du passé. Un film immense, d'une cruauté inexorable. En 1966, Resnais poursuit sa traversée de l'histoire contemporaine avec La guerre est finie.La Guerre est finie2

 

Scénarisé par Jorge SemprunSemprun.jpg qui, deux ans auparavant, s'est fait exclure du Parti communiste espagnol clandestin et s'inspire de son expérience personnelle, le film est interprété par Yves Montand.La Guerre est finie Les deux hommes seront trois ans plus tard au service du célébrissime Z de Costa Gavras. Montand interprète un rôle ici plus complexe, non pas tant de pure victime que de militant communiste assailli par un ennemi plus grand encore que le fascisme : le doute. Le film saisit aussi bien, durant trois jours déterminants de son existence, la prise de conscience de Diego, agent clandestin pris entre deux pays, mais aussi bien deux femmes (la marmoréenne suédoise Ingrid Thulin, échappée des macérations bergmaniennes, et la piquante débutante canadienne Geneviève Bujold), deux identités, deux vies. De nouveau, c'est la panade cannoise, le film étant cette fois retiré de la compétition après intervention officielle de l'Espagne.

 

Le réalisateur français Alain Resnais lors de la cérémonie de clôture du 62e Festival de Cannes, le 24 mai 2009.

 

DÉSENGAGEMENT DES QUESTIONS POLITIQUES

 

Il est plus singulier de constater qu'à rebours des trois films précédents, la guerre est finie est finie semble être quasiment effacé de la mémoire collective. On y voit un sens. Ce film marque, en vérité, un imperceptible infléchissement dans le cinéma de Resnais, qui aboutira bientôt à une mutation visible : son désengagement des questions politiques au profit d'une exploration de l'intimité. Bien sûr, Resnais n'a jamais conçu son cinéma comme militant. La question politique, l'attention port aux violences de l'Histoire auront toujours été, dans son œuvre, indissociables d'une préoccupation plus générale sont constitutifs d'une insaisissable et fragile identité.

 

Il n'en reste pas moins qu'un changement de cap va marquer sa carrière, au point que, dans le public comme dans la critique, deux réactions antagonistes accueilleront cette inflexion. La déception, au titre d'une démission qui frapperait désormais de vanité son goût de l'expérimentation formelle. Ou la fidélité à l'ingénierie stylistique qu'il continuera de déployer, avec brio, de film en film. En tout état de cause, il faut se satisfaire de ce paradoxe : c'est à l'approche de mai 1968, alors que culmine l'engagement idéologique, qu'Alain Resnais abandonne ses prérogatives de cinéaste concerné par les grands enjeux de son époque. Un personnage qu'il nomme Claude Ridder lui sert d'instrument dans cette opération, en deux temps.

 

Le premier est la participation de Resnais, en 1967, à un film collectif et militant intitulé Loin du Vietnam. Bernard Fresson interprète, dans ce court-métrage tourné en un certain sens contre la dimension militante du film, un romancier, intellectuel de gauche, qui se met à douter sévèrement de ses convictions et de son engagement. Comme geste engagé, on a fait mieux.

 

Le second est le long-métrage Je t'aime je t'aime (1968) dans lequel Claude Rich endosse à son tour le patronyme liquidateur. Il y incarne le survivant d'une tentative de suicide qui se laisse persuader par des scientifiques de voyager dans son passé pour y découvrir les raisons de son mal-être. L'expérience tourne mal et Ridder, installé dans une sorte de vulve géante, s'anéantit dans les souvenirs détraqués d'une vie sans qualité, marquée par le fantôme d'une femme défunte. Hommage à La Jetée de son ami Chris Marker, écrit par Jacques Sternberg, cet étrange et séduisant récit de science-fiction – faut-il le préciser ? – ne passera jamais à Cannes où il est pourtant le premier film de Resnais accepté en compétition. Manque de chance, cette fois c'est le festival qui s'arrête pour cause de révolution en marche. Ironie du sort, Je t'aime, je t'aime inaugure pourtant ce moment important de l'œuvre de Resnais où le personnage passe du statut de sujet de l'Histoire à celui de sujet d'expérience.

 

OBSESSION DE LA MORT

 

Suite à l'échec public du film et à une série de déconvenues aux Etats-Unis, c'est la rencontre avec le célèbre agent Gérard Lebovici qui permet à Resnais de se relancer selon ce nouveau paradigme. Si le cinéaste ne s'est jamais vraiment expliqué là-dessus, il faut croire que quelque chose s'est produit en lui à cette époque qui l'incline à ce raisonnement : à quoi bon chercher la résolution collective des maux humains dès lors que l'individu ne s'appartient pas, étant pour lui-même un insondable et douloureux mystère ?

 

Ce n'est donc plus à l'Histoire comme mouvement collectif que se confronte désormais le romanesque chez Alain Resnais. C'est aux affabulations d'un escroc mondain (Stavisky, 1973), à l'inconscient déchaîné d'un vieil écrivain malade (Providence, 1977)Providence, aux théories neurophysiologiques du professeur Laborit sur le comportement humain (Mon oncle d'Amérique, 1980)iMo,n Oncle d'Amérique Nicole Garcia), à l'utopie enfantine incessamment trahie par les adultes (La vie est un roman, 1983), à l'amour tel qu'il ne peut que rejoindrela mort (L'Amour à mort, 1984). Deux mouvements caractérisent ces films. Une descente de plus en plus marquée dans les profondeurs (pulsion sexuelle, assouvissement du désir, instincts de domination, lutte pour la survie) qui ravalent l'homme à sa nature animale. Et la montée concomitante d'une obsession de la mort, de la maladie, du suicide.

 

Sombre période, pleine d'angoisse et de pessimisme, de laquelle Resnais finit par sortir en entrant en théâtre, en y trouvant plus exactement une inspiration qui se substitue à la longue fréquentation des écrivains qui aura marqué le début de sa carrière. Ce recours au théâtre semble  devoirporter un coup d'arrêt à l'inquiétude dévorante qui a fini par s'emparer du réalisateur devant le malheur persistant de l'homme et la faillite des systèmes censés le prévenir

 AZÉMA, ARDITI, DUSSOLIER : LA TROUPE FIDÈLEL'équipe

 

Le théâtre, du moins, apporte-t-il la sûreté d'une convention, la séduction d'un simulacre, l'intelligence d'un artifice. L'hypothèse, aussi, d'une joie enfantine, d'un plaisir partagé, d'un jeu possiblement infini. Alain Resnais va s'y claquemurer, y réunir une petite troupe fidèle (Sabine Azéma, Pierre Arditi, André Dussollier, Fanny Ardant, Lambert Wilson…) et tenter  de décor en décor, d'y réenchanter le monde. Son nouveau credo pourrait tenirdans cette formule : « Je hais le soleil, c'est un projecteur qu'on ne peut pas déplacer 

 

Ce cycle, qui domine toute la fin de la carrière du cinéaste, commence en 1986 avec Mélo,MELO une pièce adaptée d'Henri Bernstein, boulevardier poussiéreux et cible des ligues antisémites dans l'entre-deux-guerres. Cette impertinence contre-culturelle et anachronique permet à Resnais d'organiser autour du triangle classique (mari-femme-amant incarnés par le trio canonique Arditi-Azéma-Dussollier) une sorte de vaudeville, soit un mouvement qui verse insensiblement de la gaudriole à la tragédie.

 

Deux titres suivront, grâce auxquels l'image de Resnais est comme réimplantée dans le code génétique du public de cinéma français, celle d'un vieux monsieur pas si grave qu'il en a toujours eu l'air, grand fantaisiste caché sous un imperméable taupe. Il s'agit, bien sûr, de Smoking/No smoking (1993)Smoking no smoking et On connaît la chanson (1997). Le premier est un exercice virtuose, adapté de l'auteur dramatique anglais Alan Ayckbourn. Il met en scène Sabine Azéma et Pierre Arditi dans dix rôles différents et deux films divergents, dont les prémisses respectives tiennent à la décision d'un personnage d'arrêter ou de continuer de fumer « ON CONNAÎT LA CHANSON », PLUS GROS SUCCÈS DE RESNAIS

Anglophile, maniaque, facétieux, vertigineux, Smoking/No smoking est l'art de la combinaison poussé à sa meilleure extrémité. On connaît la chanson, scénarisé, dialogué et interprété par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, qui avaient déjà adapté le précédent, est une fantaisie sentimentale dépressive et néanmoins chantée qui met dans la bouche des acteurs des tirades de chansons populaires en version originale. C'est le plus gros succès d'Alain Resnais, avec 2 600 000 entrées.

 on-connait la chanson

Une part de malentendu l'entoure, l'allant des ritournelles grisant les spectateurs et les empêchant de voir le vide fantomatique qu'elles comblent chez les personnages. Car on ne se refait pas. Mise provisoirement entre parenthèses entre les planches du théâtre, la mort revient à grands pas y rejoindre le cinéaste.

 

Le philosophe Gilles Deleuze l'avait fort bien vu : « Resnais n'a qu'un sujet : l'homme qui revient de la mort. » La plupart de ses films, en effet, envisagent la refondation d'un monde après le désastre. Ce que n'eut pas le temps, hélas, d'observer  Deleuze, c'est qu'à quatre-vingts ans, l'hypothèse d'en revenir devient très improbable. Resnais fait donc de cette perspective ce qu'il sait le mieux faire : en joue

 

Organiser, en un mot, sa sortie pour mieux la conjurer.Chorégraphier un ballet d'ectoplasmes belle époque (Pas sur la bouche, 2003), éteindre  les désirs sous un tapis de neige (Cœurs, 2006), s'envoler  au pays de l'enfance éternelle (Les Herbes folles, 2009)Les Herbes folles Amalrik Dussolier, convier  à sa propre veillée funèbre ses acteurs préférés sous l'invocation de Jean Anouilh (Vous n'avez encore rien vu, 2012), puis bisser le coup en revenant à ce cher Alan Ayckbourn (Aimer, boire et chanter, 2014).

 

 

Ainsi, jusqu'à son dernier souffle, ce cinéaste né dans un siècle de cendres aura cultivé, tel le Phénix, l'art d'en renaître

 

   LIBERATION   La mort d’Alain Resnais, samedi soir, a été un choc pour l’ensemble des cinéphiles. Depuis ce matin, de nombreuses personnalités ont tenu à adresser un message d'hommage au réalisateur, disparu à 91 ans.

Ce dimanche matin, un sentiment de profonde tristesse s’est emparé du monde du cinéma suite à la mort de l’un de ses plus grands représentants, Alain Resnais. La disparition du réalisateur a provoqué de nombreuses réactions à commencer par celle de Jean-Louis Livi, le producteur de ses derniers films et le premier à avoir annoncé la triste nouvelle: «Il nous a quittés de façon tout à fait sereine cette nuit mais jusqu’au bout, il était préoccupé notamment par la sortie de son nouveau film Aimer, boire et chanter dont nous préparions l’avant-première sur les Champs Elysées le 10 mars. C’était un homme heureux qui avait des projets en cours» a expliqué Livi au Parisien.

Acteur vedette d’Alain Resnais, Pierre Arditi s’est lui dit «assommé» par la nouvelle. «Un énorme morceau de ma vie s’en va aujourd’hui mais il n’en sortira jamais. Je retiens 33 ans de collaboration avec un homme exceptionnel. Il était le cinéaste qui m’intriguait le plus quand j’étais jeune, il était à part, inclassable. Il n’a pas toujours fait l’unanimité mais il y a deux catégories de gens, ceux qui critiquent et ceux qui font. Alain était de la deuxième catégorie» a confié le comédien au HuffPost. Autre grand nom du 7e art, Gilles Jacob a lui aussi rendu un hommage émouvant au cinéaste: «Alain n’est plus, nous sommes orphelins: le cinéma français, le cinéma tout court. Il a passé sa vie à chercher et à trouver. Il est vivant. Plus il avançait en âge, plus la légèreté, la grâce, le travail sur le dialogue et les acteurs l’enchantaient, lui qui était la précision même. Si l’État ne fait pas à cet artiste modeste et modèle des funérailles nationales, comme l’Italie à Fellini, ce serait un abandon de gloire» a posté sur Twitter l’actuel président du Festival de Cannes.

Les politiques n’ont d’ailleurs pas tardé à témoigner de leur admiration pour l’homme de 91 ans, à l’image de François Hollande. Dans un communiqué, le président de la République a salué «un des plus grands cinéastes français». «Il était entré dans l’histoire de son art dès ses premières réalisations, avec Nuit et brouillard et Hiroshima, mon amour. Mais il a sans cesse renouvelé les genres. Chacun de ses longs métrages était une innovation. Il a aussi permis à des générations d’acteurs de se révéler et aux techniciens avec lesquels il a travaillé de donner le meilleur de leur profession. Il aura reçu toutes les distinctions et tous les prix. Mais ce qui comptait pour lui, c’était toujours sa prochaine création. J’adresse à sa compagne, Sabine Azema, à sa famille, à ses proches, ma solidarité personnelle mais aussi la reconnaissance de notre pays à l’un de ses plus talentueux auteurs».

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a quant à lui « salué la mémoire d’Alain Resnais, un des géants du cinéma français». Présente aux César vendredi soir, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti a témoigné de son affection à l’homme qui a fait «rayonner le cinéma français dans le monde entier». Enfin, la candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet s’est elle-aussi fendue d’un hommage sur Twitter: «Je salue la mémoire d’Alain Resnais, un très grand monsieur qui a laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma français». De très belles déclarations qui viennent rappeler à quel point Alain Resnais va nous manquer…

Alain Resnais

Description de cette image, également commentée ci-après
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Alain Resnais en compagnie de Pierre Arditi, Sabine Azéma et Anne Consigny lors de la présentation de Vous n'avez encore rien vu au festival de Cannes 2012.

Naissance 3 juin 1922
Vannes (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Décès 1er mars 2014 (à 91 ans)
Paris (France)
Profession Réalisateur et scénariste
Films notables Nuit et brouillard
Hiroshima mon amour
L'Année dernière à Marienbad
Muriel
On connaît la chanson

Alain Resnais est un réalisateur français, également scénariste et monteur, né le 3 juin 1922 à Vannes (Morbihan) et mort le 1er mars 2014 à Paris  dans sa 92e année.Portrait 2

Initialement voué à une carrière de comédien, il intègre la première promotion de l'IDHEC en montage et commence, à la fin des années 1940, à réaliser des courts métrages et moyens métrages documentaires qui marquent le public et la critique : Van Gogh, Guernica et surtout Nuit et brouillard, premier film de référence sur les camps de concentration.

 

Réalisateur d'Hiroshima mon amour (1959) et de L'Année dernière à Marienbad (1961), deux dates dans l'histoire du cinéma, Alain Resnais est rapidement considéré comme l'un des grands représentants du Nouveau cinéma (équivalent du Nouveau roman en littérature) et comme un des pères de la modernité cinématographique européenne, à l'instar de Roberto Rossellini, Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni dans sa manière de remettre en cause la grammaire du cinéma classique et de déconstruire la narration linéaire

 

Cinéaste expérimental, capable de se remettre en question à chaque nouvelle réalisation, Alain Resnais est reconnu pour sa capacité à créer des formes inédites et à enrichir les codes de la représentation cinématographique par son frottement à d'autres arts : littérature, théâtre, musique, peinture ou bande dessinée. Ses réalisations, du côté de l'artifice et de l'imaginaire, peuvent paraître déroutantes pour le grand public même si beaucoup ont rencontré le succès.

 

On retrouve, le long de son œuvre, un grand nombre de thèmes tels l'histoire, la mémoire, l'engagement politique, l'intimité, la réalité de l'esprit, le rêve, le conditionnement socio-culturel, la mort, la mélancolie et bien sûr l'art.

 

Pour les dix-huit longs métrages qui portent sa signature, Resnais a fait appel à des auteurs-scénaristes aussi renommés et différents que Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Jean Cayrol, Jorge Semprún, Jacques Sternberg, David Mercer (en), Jean Gruault, Jules Feiffer, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui ou encore Jean-Michel Ribes .

 

Fidèle dans le travail et amateur de l'esprit de troupe, Resnais a notamment sollicité à plusieurs reprises les comédiens Sabine Azéma, Pierre Arditi, André Dussollier et Lambert Wilson, les techniciens Jacques Saulnier, Éric Gautier et Hervé de Luze ainsi que le compositeur Mark Snow.

 

Réalisateur célébré par la profession, il a été plusieurs fois récompensé aux Césars et dans les festivals internationaux.

Biographie

Apprentissage 

 

Alain Resnais naît en 1922 à Vannes. Issu d'une famille cultivée (son père, Pierre, pharmacien de profession, fut également maire de Treffléan de 1934 à 1962), il est sensibilisé très tôt à toutes les formes d'art. À l'âge de douze ans, il se voit offrir une caméra Kodak 8 mm avec laquelle il tourne ses premiers courts métrages, dont une adaptation de Fantômas. Outre le cinéma, il se passionne pour la photographie, la peinture, la bande dessinée et la littérature, affectionnant particulièrement les œuvres de Jean Ray, Marcel Proust ou encore André Breton.

 

Il désire d'abord être acteur et déménage à Paris en 1939. Il devient l'assistant de Georges Pitoëff au théâtre des Mathurins, fréquente le Cours Simon et obtient un petit rôle dans Les Visiteurs du soir. Puis il passe le concours de l'IDHEC où il est admis en 1943 dans la section montage. En 1946, en Allemagne, il participe au Théâtre aux Armées sous la direction d'André Voisin. La même année, il est assistant-réalisateur et monteur sur le long métrage documentaire Paris 1900.

 

Sa carrière de réalisateur commence avec Van Gogh, en 1948, un court métrage documentaire produit par Pierre Braunberger, récompensé à la Biennale de Venise et aux Oscars, puis il tourne des documentaires pendant une dizaine d'années. Les thèmes abordés sont très variés : la guerre d'Espagne vue par Picasso dans le court métrage Guernica en 1950, ou l'usine Pechiney.

 

Les courts métrages de Resnais impressionnent la critique. Par exemple, après la projection du Chant du styrène au Festival de Tours 1958, Jean-Luc Godard, alors critique de cinéma dans l'hebdomadaire Arts, est enthousiaste. Il y voit un film « olympien, d'une gravité sans égale. ».

 

Contemporain de la Nouvelle Vague, Alain Resnais est rapidement apparenté au groupe de la « Rive gauche », très engagé, dont font partie Chris Marker avec lequel il coréalise le film anticolonialiste Les Statues meurent aussi, Prix Jean-Vigo 1954, et Agnès Varda dont il monte La Pointe courte, son premier long métrage .

 

En 1956, il obtient à nouveau le Prix Jean-Vigo pour Nuit et brouillard, produit par Anatole Dauman et devenu depuis, grâce à Henri Michel, qui en avait pris l'initiative et en était le conseiller historique, un film de référence sur les camps de déportation.

Longs métrages

 

En 1959, Alain Resnais réalise son premier long métrage de fiction, financé par Dauman et écrit par Marguerite Duras : Hiroshima mon amour. Le film est présenté hors compétition au Festival de Cannes 1959 et divise d'emblée les spectateurs. Dès la fin de la projection, le président du jury, Marcel Achard, s'exclame tout haut : « C'est de la merde » tandis qu'un autre juré, Max Favalelli, lui rétorque : « Non, c'est l'œuvre d'un authentique génie. ». Le film a un retentissement mondial : il est apprécié à la fois par la critique et le public. Selon Louis Malle, « ce film fait faire un bond dans l'histoire du cinéma ». Godard déclarera, plus tard, être jaloux du film : « Je me souviens avoir été très jaloux de Hiroshima mon amour. Je me disais : « ça c'est bien et ça nous a échappé, on n'a pas de contrôle là dessus. » » .

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Pierre Arditi a tourné neuf films avec Alain Resnais depuis Mon oncle d'Amérique (1979) jusqu'à Vous n'avez encore rien vu (2012).
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Lambert Wilson est devenu un acteur régulier d'Alain Resnais (quatre films) depuis son rôle dans On connaît la chanson (1997).

L'œuvre déconstruit les concepts du récit cinématographique classique. Puis elle expose, de manière novatrice, la problématique de la mémoire et du temps perdu par l'évocation des traumatismes de la Seconde Guerre mondiale. Avec 2,2 millions d'entrées en France, elle est un immense succès. Hiroshima obtient d'ailleurs, en 1959, le Prix Méliès ex æquo avec un autre film qui, comme lui, connaît un succès fulgurant et devient immédiatement un classique du cinéma : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut.

Deux ans plus tard, Alain Resnais fait de nouveau sensation grâce à L'Année dernière à Marienbad, cinéroman créé en compagnie d'Alain Robbe-Grillet. Par le choix du noir et blanc et du décor intérieur d'un château hors du temps où déambulent des personnages fantomatiques, il commence à définir son style, teinté de surréalisme, d'onirisme et de distanciation brechtienne . Son désir d'élaborer une forme expérimentale y est aussi réaffirmé . Si une partie de la critique vante sa puissance créatrice, une autre lui reproche son abstraction, son hermétisme et son manque de profondeur politique dans une période qui ne l'est pas (les années 1960) . Néanmoins, on retrouve souvent, dans les films de Resnais, un engagement social et politique et un goût de l'histoire récente (le colonialisme, la guerre d'Algérie etc.). En 1960, il est par ailleurs l'un des signataires du Manifeste des 121 et Hiroshima prenait de plus la bombe atomique et la collaboration en toile de fondL'Année dernière à Marienbad, qui révèle l'actrice Delphine Seyrig, est un grand succès  : le public est encore au rendez-vous et le film réalise 880 000 entrées en France .

Le schéma de réception critique reste, à quelques exceptions près, le même pour chaque film : si l'œuvre du cinéaste fascine, elle en irrite certains . Michel Mourlet, par exemple, dénonce le fait que, « l'objet le plus anecdotique se trouve sur le même plan que le plus important ». Il y voit un « esthétisme académique et vide  ». À propos de L'Année dernière à Marienbad et d'Hiroshima mon amour, il écrit : « Aucune connaissance de l'acteur, aucun empire sur le décor, les éléments, aucun sens du récit, rien que de pauvres petits essais d'intellectuels qui jouent gravement à faire du cinéma . »

Muriel, ou le Temps d'un retour (1963), scénarisé par Jean Cayrol, traite de la torture pendant la guerre d'Algérie. Le film rassemble moins de spectateurs que les précédents (430 000 entrées) .

 

La Guerre est finie (1966), écrit par Jorge Semprún, raconte l'histoire d'un militant communiste interprété par Yves Montand, évoluant dans un réseau républicain, sur fond de Guerre d'Espagne et d'anti-franquisme.

 

En 1967, il participe au film collectif Loin du Vietnam coordonné par son ami Chris Marker en solidarité avec le peuple vietnamien. Plutôt que de filmer des images documentaires réalisées sur les lieux du conflit ou aux États-Unis, Alain Resnais préfère capter les réflexions d'un intellectuel parisien, interprété par Bernard Fresson, sur cette guerre et son caractère éminemment médiatique . Ce projet, profondément politique, n'attire pas un public nombreux (60 000 entrées en France) .

 

En 1968 avec Je t'aime, je t'aime, écrit par Jacques Sternberg, Alain Resnais réalise un film d'une grande modernité du point de vue de la construction d'une temporalité éclatée .

Stavisky, en 1974, revient sur l'un des plus gros scandales financiers de la Troisième République. Optant pour un cinéma plus commercial et choisissant une vedette populaire (Jean-Paul Belmondo), le réalisateur prolonge néanmoins ses réflexions plastiques sur l’histoire et la psyché]. Le film rassemble un million de spectateurs en salles .

Mêlant délire, fantasme et réalité prosaïque, Providence,Providence film hommage à H.P. Lovecraft est interprété, en anglais, par des comédiens anglosaxons (Dirk Bogarde, Ellen Burstyn et David Warner) et dresse le portrait d'un écrivain vieillissant tirant le fil de sa vie et de ses personnages comme des marionnettes. Il se conçoit comme une mise en abyme du récit et un questionnement dense sur la création artistique . Le film réalise 650 000 entrées en France .

 

Avec Mon oncle d'Amérique, mon-oncleécrit par Jean Gruault, Resnais met de manière didactique en application, à travers le parcours de trois personnages issus de milieux sociaux différents, les thèses anthropologiques du scientifique Henri Laborit. Celles-ci sont exposées, de manière ponctuelle, face caméra. Le film remporte un grand succès public avec 1,3 millions d'entrées en France .

À partir des années 1980, le cinéaste s'entoure pour La Vie est un roman, L'Amour à mort et Mélo, d'un nouveau trio d'acteurs qui ne le quittera plus : Sabine Azéma, Pierre Arditi et André Dussollier . Si la première de ces trois réalisations explore différentes temporalités par le prisme d'un lieu unique (un château devenu école), les deux autres marquent une rupture par le choix d'une structure linéaire, mais aussi par leur tonalité intimiste et leur atmosphère sépulcrale. Elles rencontrent un succès mitigé : La Vie est un roman attire 300 000 spectateurs en France , L'Amour à mort 350 000 L'amour est mortet Mélo 550 000 .MELO

Produit par Marin Karmitz, I Want to Go Home, qui rend hommage à l'univers de la bande dessinée et dont le scénario est signé de l'auteur américain Jules Feiffer, reste le plus gros échec commercial du réalisateur : le film totalise, en 1989, 40 878 entrées .

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Sabine Azéma est à la fois la compagne et l'actrice d'Alain Resnais depuis La vie est un roman.

Dans les années 1990, Alain Resnais s'ouvre à de nouvelles collaborations, avec le duo de scénaristes-acteurs Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui puis touche un plus large public, développant l'aspect ludique et fantaisiste de son cinéma.

En 1993, il revisite le théâtre avec une adaptation de huit pièces d'Alan Ayckbourn (Intimate Exchanges) : Smoking / No Smoking, diptyque sur les possibles de l'existence, où Sabine Azéma et Pierre Arditi jouent onze rôles. Les films réalisent respectivement 400 000 et 350 000 entrées en France 

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André Dussollier remporte, en 1998, le César du meilleur acteur pour son rôle dans On connaît la chanson. Au total, il a joué dans six films du réalisateur.

Il s'essaie également à la comédie musicale avec On connaît la chanson en 1997, qui fait intervenir, dans des dialogues issus de situations quotidiennes, le répertoire de la chanson populaire. À la différence des comédies musicales classiques, les acteurs ne chantent pas et ce sont les interprétations originales des chansons qui sont synchronisées sur leurs lèvres. Ce principe a déjà été expérimenté à la télévision anglaise par Dennis Potter (1935-1994) auquel Alain Resnais rend hommage dans le générique du film. À la différence de Potter, le cinéaste n'introduit que des extraits de chansons, sans jamais les diffuser dans leur intégralité et ne fait pas danser ses personnages lors des plages musicales . Le scénario du film, écrit par le tandem Jaoui / Bacri, s'apparente au théâtre de boulevard et l'humour repose essentiellement sur une série de quiproquos et de malentendus . Le film est un immense succès public, et encore à ce jour, le plus important de son réalisateur avec 2,6 millions d'entrées en France . Il est également exporté à l'étranger et totalise 3,3 millions d'entrées dans l'ensemble de l'Union européenne . C'est aussi un des plus grand succès critique d'Alain Resnais .

 

En 2003, Resnais s'attaque à l'opérette avec Pas sur la bouche. Le ton enjoué et grivois s'y veut proche des films burlesques et du vaudeville. Avec 640 000 entrées, le film est un succès public .

 

En 2006, Cœurs dépeint la solitude d'urbains égarés dans un univers enneigé et tragi-comique. Le film est un succès avec 540 000 entrées enregistrées en France .

 

Les Herbes folles (2009), tiré d'un roman de Christian Gailly, est une histoire d'amour démentielle qui se situe ouvertement du côté de la fantaisie dramatico-bouffonne, hors de toute vraisemblance. Bien que déroutant et touffu, le film, qui divise la critique , trouve son public et totalise 460 000 entrées .

 

En 2012, Resnais sort Vous n'avez encore rien vu qui narre la convocation postmortem, par un auteur dramatique, de sa troupe d'acteurs fétiches dans une villégiature du Sud de la France où elle sera amenée à juger la nouvelle version de sa pièce de théâtre Euridyce. Le titre du film est un hommage à l'acteur Al Jolson qui avait créé, en 1919, une chanson intitulée « Vous n'avez encore rien entendu », et qui réutilise l'expression You ain't heard nothin' yet dans le film Le Chanteur de jazz (1927), premier film parlant de l'histoire du cinéma. L'idée du scénario vient du producteur Jean-Louis Livi qui a suggéré à Resnais de faire un film à partir d'Eurydice. Le film s'inspire également d'une autre pièce de Jean Anouilh intitulée Cher Antoine ou l'Amour raté. À côté des acteurs habituels de Resnais, on trouve aussi les acteurs habitués des films de Bruno Podalydès (Bruno et Denis Podalydès, Jean-Noël Brouté, Michel Vuillermoz) et des acteurs issus de l'univers d'Arnaud Desplechin (Mathieu Amalric, Anne Consigny) . Le succès en salles est moins important que pour ses films précédents (155 000 entrées en France) . Le film provoque d'ailleurs des réactions contrastées au sein de la critique .

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L'équipe du film Vous n'avez encore rien vu au festival de Cannes 2012.

Vie privée 

 

Alain Resnais n'accordait pas souvent d'interview aux journaux.

Il épouse en 1969 son assistante de l'époque, Florence Malraux, fille d'André et Clara Malraux, qui travaillait avec lui depuis La Guerre est finie et qui l'accompagne jusqu'à Mélo, en 1986. Depuis la fin des années 1980, il partage la vie de Sabine Azéma, son actrice fétiche, qu'il épouse en 1998Resnais-Azema

Un cinéaste célébré

 

Trois fois lauréat du Prix Louis-Delluc (en 1966 pour La guerre est finie, en 1993 pour Smoking / No Smoking et en 1997 pour On connaît la chanson), Alain Resnais est le metteur en scène le plus souvent nommé au César du meilleur réalisateur : huit fois au total. Il a d'ailleurs obtenu la récompense à deux reprises : en 1978 pour Providence et en 1994 pour Smoking / No Smoking. Il est également l'unique cinéaste à avoir vu trois de ses œuvres couronnées par le César du meilleur film : Providence en 1978, Smoking / No Smoking en 1994 et On connaît la chanson en 1998.

 

Considéré comme un excellent directeur d'acteurs, il a permis à plusieurs de ses comédiens d'être récompensés aux Césars : Sabine Azéma (Meilleure actrice pour Mélo), Pierre Arditi (Meilleur acteur pour Smoking / No Smoking et Meilleur second rôle pour Mélo), André Dussollier (Meilleur acteur pour On connaît la chanson), Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui (Meilleurs seconds rôles féminin et masculin pour On connait la chanson puis Meilleur scénario pour Smoking / No Smoking et On connaît la chanson) et Darry Cowl (Meilleur second rôle pour Pas sur la bouche). Grâce à lui, Delphine Seyrig a également gagné la Coupe Volpi de la meilleure interprète à la Mostra de Venise 1963 pour Muriel, ou le Temps d'un retour.

 

À noter que ses techniciens ont souvent été mis à l'honneur : son chef décorateur fétiche Jacques Saulnier lui doit deux de ses trois Césars (Providence et Smoking / No Smoking), puis ses monteurs Albert Jurgenson et Hervé de Luze leur toute première statuette pour le meilleur montage (Providence pour le premier et On connaît la chanson pour le second).

 

Resnais est de plus un metteur en scène célébré à l'international, cumulant un Oscar à Hollywood (Van Gogh, Meilleur court métrage en deux bobines en 1950), un BAFTA au Royaume-Uni (Hiroshima mon amour), un Lion d'or et un Lion d'argent à Venise (respectivement pour L'Année dernière à Marienbad et Cœurs), deux Ours d'argent à Berlin (Smoking / No Smoking et On connaît la chanson) puis un Grand Prix du Jury à Cannes (Mon oncle d'Amérique). En 2009, il reçoit des mains d'Isabelle Huppert, présidente du jury, le Prix Exceptionnel du 62e Festival de Cannes pour Les Herbes follesLes Herbes folles Amalrik Dussolier et l'ensemble de son œuvre .

Analyse de l'œuvre

Un cinéaste en perpétuel renouvellement et hanté par la mort 

L'œuvre de Resnais dénote une profonde unité car elle reste fidèle à une certaine thématique : celle des possibilités existentielles, des flux de conscience, du libre arbitre, du déterminisme ou du conditionnement socio-culturel . Elle est également traversée par des motifs formels répétés : travellings vertigineux, surimpressions, expérimentations sonores et montage segmentant le temps et la narration . La manière de fixer des lieux, des figures et des objets curieux, le mouvement de la caméra et l'alternance entre ornements décoratifs et observation psychologique accompagnent un goût prononcé de l'exercice de style et une série de jeux sur la forme qui entremêlent allègrement imagination et réalité . À travers une démarche expérimentale, on note une réflexion approfondie sur les méandres de la psyché . Le metteur en scène n'applique toutefois jamais la même recette à deux films ce qui contribue à la grande richesse de son style . Selon Pierre Arditi, « rien ne ressemble moins à un film d'Alain Resnais qu'un autre film d'Alain Resnais. » . On retrouve dans son cinéma une tonalité élégiaque ou profondément mélancolique. Plusieurs de ses films sont marqués par une forte présence de la mort et de fantômes, qu'ils soient personnages (L'Année dernière à Marienbad, Je t'aime, je t'aime) ou prennent origine, de manière allégorique, dans l'Histoire (la bombe lancée sur Hiroshima et Nagasaki et les femmes tondues lors de la Libération dans Hiroshima mon amour)hiroshima, le temps et l'art (Providence) et l'intimité (échecs conjuguaux dans Mélo etc.)  . L'Amour à mort va jusqu'à lier la notion d'amour absolu à la disparition de l'être aimé. Resnais explique que, selon lui, « le cinéma est un cimetière vivant. » .

Une œuvre novatrice

 

Ses réalisations remettent globalement en cause les codes du récit cinématographique traditionnel, « trop soumis aux péripéties », selon le cinéaste André Delvaux. Le metteur en scène plonge le cinéma dans la modernité en abolissant, dans ses premières fictions, le récit à intrigue et en redéfinissant un espace et un temps situés du côté de la conscience intérieure et de l'imaginaire . En compagnie de ses scénaristes dont certains sont issus du Nouveau roman (donc sensibilisés aux courants de consciences) : Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet ou encore Jean Cayrol, Jacques Sternberg, David Mercer (en), Resnais explore toutes les dimensions d'une réalité aléatoire, construite sur des hasards, des obsessions, des moments incompréhensibles et des scènes non linéaires (Hiroshima mon amour, L'Année dernière à Marienbad, Je t'aime, je t'aime, Providence). Il fait aussi s'entrecroiser différents personnages ou différentes époques dans un même lieu (La Vie est un roman) ou dans un univers volontairement artificiel : les éclairages sont stylisés à outrance, les décors se donnent à voir comme tels et le découpage des séquences est très proche de celui d'une pièce . On retrouve d'autres procédés théâtraux comme l'aparté, l'absence de contingences matérielles, l'empilement d'objets hétéroclites et la manière de disloquer personnage et corps de l'acteur : par exemple, un homme peut incarner une femme (Darry Cowl dans Pas sur la bouche) ou un comédien peut interpréter plusieurs rôles (Smoking / No Smoking) et, à l'inverse, un rôle peut être endossé par plusieurs acteurs (Vous n'avez encore rien vu). Dans Providence, Resnais confond, sur un nombre réduit d'interprètes, personnages imaginés par un écrivain, parents de ce dernier et spectres. Soucieux de penser différemment chacune de ses figures dramatiques, le réalisateur franchit une nouvelle étape dans Vous n'avez encore rien vu en demandant à ses comédiens de jouer, à l'exception de Denis Podalydès, leurs propres rôles (Sabine Azéma joue Sabine Azéma, Pierre Arditi joue Pierre Arditi…) et en chacun s'incarnera un personnage de la pièce Eurydice . Ses mises en scène recèlent par ailleurs de nombreux éléments fantasmagoriques comme les disparitions et apparition d'acteurs à l'écran (Pas sur la bouche, Vous n'avez encore rien vu) et une succession de lieux et d'espaces interchangeables . Dans ses derniers films, le réalisateur n'hésite pas à mélanger nouvelles technologies (utilisation de la HD, décors numériques, incrustations…) et procédés plus anciens (cartons de cinéma muet, fermeture d'iris, écran divisé) .

Théâtre, musique et cinéma

 

En retrait de la Nouvelle Vague dont il ne partage pas l'esprit (décors naturels, abolition des contraintes techniques, abandon de textes adaptés du répertoire, vie devant naturellement entrer dans le cadre), Resnais se veut du côté de l'illusion, de la mise en scène conceptuelle et de la théâtralité cinématographique à l'instar de Sacha Guitry qu'il admire . La fusion du théâtre et du cinéma permet de revendiquer l'artificialité du septième art et sa faculté de condensation pour produire des « expériences », au sens scientifique du terme (procédé défini explicitement par le biais du témoignage du professeur Laborit dans le film comportementaliste Mon oncle d'Amérique )iMo,n Oncle d'Amérique Nicole Garcia. Elles révèlent alors une vérité indicible sur les êtres humains, observés comme des animaux en cage : leurs désirs, leurs intérêts et leurs préoccupations sont de vaines tentatives pour échapper à la tristesse et la conscience de leur finitude . Ceux-ci font de leur mieux pour « se débattre dans cette toile d'araignée qu'est l'existence » selon l'expression du comédien André Dussollier. À cette recherche, s'ajoute l'esthétique déstructurante du montage qui sonde les méandres de la mémoire collective et individuelle. Elle permet au réalisateur d'illustrer, dans une mosaïque d'images vertigineuse, le chaos de l'existence et le flot de visions contradictoires, de souvenirs, de scènes imaginaires et de fantasmes, plus proche de la réalité de l'esprit, consciente ou non, que l'ordre et la régularité voulus par la fiction classique. Cette construction explore le temps sensible et s'apparente à une composition musicale, voire symphonique (très évidente dans des films tels qu'Hiroshima mon amour, Je t'aime, je t'aime et Providence). La polyphonie est un ressort essentiel du cinéma de Resnais et prend plusieurs tonalités : grotesque, comique ou dramatique. Le cinéaste reconnaît lui-même l'importance de la musicalité, de l'esprit choral et de l'opéra dans son travail . Il déclare : « Ce que je recherche toujours dans mes films, c'est une langue de théâtre, un dialogue musical qui invite les acteurs à s'éloigner d'un réalisme du quotidien pour se rapprocher d'un jeu décalé. » .

De multiples inspirations

 

Jugé cérébral et austère, le réalisateur est volontiers reconnu comme un créateur de formes originales et comme l'un des grands noms de la modernité cinématographique, puisant son inspiration autant dans les sciences humaines que dans la musique, le théâtre, la peinture, la littérature (notamment les surréalistes) et la photographie. Mais il n'est pas considéré comme un auteur grand public . Resnais refuse d'ailleurs d'être qualifié d'auteur . Il affirme être un grand amateur d'arts populaires, comme la bande dessinée, les comic books et la série télévisée et n'est pas en marge de l'industrie du cinéma .
 

 

En 1962, aux côtés de Francis Lacassin, Évelyne Sullerot, Pierre Couperie, Guy Bonnemaison et Jean-Claude Forest, Alain Resnais est membre fondateur du Club des Bandes dessinées

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Published by Christian VANCAU - dans CINEMA
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