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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

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Je suis sur les blogs pro-tibétains:

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VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 09:15

FL1 Françoise LEFEVRE à l'époque de JEANNE 

  

 

En 2001, c'est la publication de L'OFFRANDE (15e ouvrage)L'offrandeL'Offrande ('verso)

 

L'Offrande article
Ci-dessus, un remarquable texte d'Isabelle Nouvel, qui a tout compris...

 

D'emblée, dès la première page, une déclaration d'amour de Vivien. Il faut préciser que ce sont des lettres d'amour , relues par Jeanne, vingt ans plus tard... Le livre, en effet, se développe en deux parties principales.

 

Dans la première partie, nous sommes en 2000, Jeanne relit les lettres d'amour écrites par Vivien dès février 1979. On devine Jeanne, brisée par cet amour perdu.

 

La deuxième partie , "Le Calendrier des Trahisons" parle des années 1980-1981 et raconte la descente aux enfers  de cet amour et les circonstances qui l'ont provoquée, au travers des lettres écrites par son compagnon, dont elle est enceinte, lettres envoyées à une autre femme, sa maîtresse, qui, comme lui, est correspondante de guerre et qu'il vient de retrouver à l'étranger, sur un terrain d'opérations miltaires. Elle s'appelle Eva  et les lettres de passion que lui envoie Vivien s'entrecroisent avec celles qu'il écrit à Jeanne 

   

(2 février 1979) 

" Jeanne, n'avez-vous jamais été aimée pour ce que recèle votre voix, comme je vous aime? Sans doute oui. Votre voix est un appel et une consolation pour celui qui n'ose même plus espérer. Il y a deux ans, j'ai perdu mon enfant dans un accident de voiture. Une petite fille, à peine âgée de trois ans. Depuis, le chagrin s'est fiché dans ma poitrine comme une arme blanche. Je n'ai ni voix, ni repos. Je suis correspondant de guerre pour un grand quotidien. Pour oublier, je pars en mission de plus en plus souvent. Public Opera de SalsbourgRetJ 06

Mais hier au soir, j'étais à Salzbourg, venu de Paris pour vous écouter. Perdu au milieu de vos deux mille adorateurs, comme eux, j'ai retenu mon souffle, quand vous vous êtes mise à chanter " Kindertoten lieder" de Gustave Mahler. Le Chant des enfants morts. . Quelque chose en moi s'est rompu. J'ai senti mes larmes couler  Dans cette salle de concert, j'ai vu des paupières se fermer, les mêmes larmes couler. J'ai vu des mains se chercher et s'étreindre. Je n'en avais aucune à serrer dans la mienne. Mais votre voix me soutenait. Votre chant arrachait ce poignard que j'ai dans le coeur. Votre voix m'élevait, m'emportait loin de la douleur. Il me semblait que vous aviez pris ma petite fille par la main et qu'elle chantait avec vous ce "Chant des enfants morts". Soudain son âme et la mienne se rejoignaient, apaisées. Ô Jeanne, vous êtes si profonde. Vous chantez comme on voudrait aimer, comme on voudrait prier. Vous osez l'amour, le seul, celui qui ne serait rien sans compassion.

C'est la première fois que j'aime une femme que je n'ai fait qu'entrapercevoir. Jeanne refuserez-vous à un homme auquel vous venez de redonner l'espoir, de vous rencontrer? "

Vivien 

Mahler51Jqmha4QBL SS500
KINDERTOTENLIEDER (Gustav Mahler)
 
 
Juillet 2000: PERDRE L'AZUR:
" C'est peut-être l'été. Elle ne sait pas. Elle ne sait plus. Immobile, droite et muette, elle reste des heures debout sous le ciel bleu, au-delà de toute saison, de toute prison. Bien au-delà de sa raison. De temps à autre, elle se met à marcher sans trêve comme ces aliénées auxquelles on fait prendre l'air dans des cours grillagées, puis elle s'arrête brusquement. Dans sa poche elle cherche la lettre d'amour que lui a écrite l'homme qui l'aimait, il y a plus de vingt ans. La première d'une longue série. A la lire et à la relire, elle use ses yeux. L'encre y est toujours aussi vive, sauf aux pliures du papier et sur les auréoles laissées par la trace de ses larmes. Des mots commencent à se décolorer, comme s'effacent les visages sur les photos des tombes. Elle tient la lettre comme un talisman qui la relierait au ciel et lui donnerait la force d'endurer l'absence de l'être aimé. Elle voudrait que ces mots écrits rien que pour elle, ces mots de l'amour fou, la réchauffent encore, la consolent, l'accompagnent dans cette errance pleine de vide et d'effroi. Mais les lettres d'amour trop anciennes ont la couleur sépia des feuilles mortes 
 
Deuxième lettre de Vivien;
 "En rentrant de Salzbourg, Jeanne, j'ai lu dans l'avion un entretien que vous avez accordé à un grand magazine. Vous y dites qu'après avoir eu une vie turbulente et plutôt malheureuse en amour, vous seriez prête, si vous rencontriez un homme qui vous aime et que vous aimiez, à renoncer aux concerts pour vivre avc lui dans une maison pleine d'enfants, à la campagne. Vous ajoutez en riant, précise le journaliste, qu'il serait temps, car vous avez déjà trente-quatre ans, beaucoup chanté, beaucoup voyagé. Ce que vous souhaitez maintenant, c'est l'amour d'un homme et des enfants.
Oui Jeanne, mais je vous en conjure, ne privez pas le monde de votre voix !
Lirez-vous cette lettre? Vous parviendra-t-elle seulement ? Je ne veux pas croire que votre vie  déroule son cours en une forêt lointaine et ne rejoindra jamais la mienne. Je crois que l'énergie qui déferle en moi me portera vers vous. Vous avez jeté le ferment d'une joie dont vous ne pouvez pas ne pas recevoir une part, ne serait-ce que cette lettre, si vous ne souhaitez pas davantage.
Jeanne, est-ce trop tôt pour vous rencontrer ? Ou est-ce trop tard ? Je n'imaginais pas que vous puissiez exister. Je n'imaginais pas que j'oserais vous écrire tout cela comme si je vous attendais depuis toujours. Comme si, depuis la nuit des temps, je vous avais perdue cent fois et que je vous retrouve enfin. Jeanne, me répondrez-vous ?
Je voudrais disparaître sous terre
 
Encore Vivien. "Je suis fou de joie. Vous m'écrivez que vous viendrez à Paris pour un enregistrement. Vous acceptez qu'on se rencontre..." 
  
" Dans la couleur grillagée, sous le ciel trop bleu, elle ferme les yeux et se concentre. Elle voudrait chanter. Elle essaie de sortir sa voix. Pas de sa gorge mais de son ventre. Non pas un cri. Juste sa voix de contralto. Elle était cantatrice. La plus éblouissante des cantatrices. Elle ne l'a jamais su vraiment. Ce qu'elle savait c'est chanter. Ce qu'elle a voulu c'est répondre à l'amour. A cet amour-là. Ce qu'elle a fait; ne plus chanter pour mieux aimer. Dans son regard, un gouffre bleu...Elle essaie de chanter le Kindertotenlieder. Mais la prodigieuse mécanique de sa voix de contralto s'est arrêtée net. Elle le sait maintenant. Avec l'amour perdu, l'amour qu'on lui a volé, elle vient aussi de perdre sa voix et c'est comme si on lui avait confisqué son âme, sa capacité d'aimer, sa vaillance, sa gaieté, les cascades de son rire, l'éclat de ses yeux. Même son amour maternel a vacillé. Il arrive que l'amour qu'on donne vous tue. L'amour l'a tuée. Et voici venu le temps où elle se trouve dépossédée de sa voix"
 
Elle revoit le regard de celui qu'elle a tant aimé. Le plus beau, le plus pénétrant des regards...
 
Il était sombre parfois. Surtout quand il revenait de ces pays où le guerre faisait rage. Elle savait qu'il fallait attendre que se dissipent les terribles images. Elle ne demandait rien, du moins pas au début. Elle lui saisissait les mains, afin qu'il les pose sur son ventre, qu'il sente les mouvements de leur bébé. Durant ces vingt années, elle n'a pas imaginé que celui qui avait poli le berceau de leur premier enfant, puis des suivants, qui  la regardait de façon si pénétrante, si aimante, puisse lui mentir, la trahir, l'entraînant sur les bords les plus arides de la vie, pour la laisser totalement asséchée dans un lieu aussi désolé que la mer d''Aral d'où l'eau et toute vie se sont retirées"
 
"En ouvrant la fenêtre de la demeure qu'elle habitait, l'odeur des buis qui monte jusqu'à elle lui fait penser à l'amour, au sperme, au paroxysme de l'amour...Amoureuse et confiante, mais éperdue d'absence, elle sentait monter en elle la sève violente du désir. Elle aurait accepté n'importe quoi. Elle aurait enduré les pierres coupantes d'un mauvais chemin sous ses genoux ou sous ses reins, du moment qu'il l'étreigne, qu'il lui fasse l'amour. Là. Maintenant. A même la terre. Sur les dalles de la cuisine. Les marches qui descendent à la cave. Qu'il s'enfonce en elle. Qu'il soit rude. Comme avant. Aux premières nuits de leur rencontre. Qu'il l'exténue. Qu'elle flambe sous le corps de son amant. Qu'il la laisse pour morte. Morte de plaisir... camille claudel 1988 diaporama4
"Elle s'appelle Jeanne. Elle était une des plus grandes cantatrices de cette fin de siècle. Une des plus belles. La plus humaine aussi, surtout quand elle chantait l'amour désolé d'Orphée. De quel drame intime tirait-elle à la fois ses larmes et son sourire? Jamais elle ne cherchait à séduire. Sa voix semblait sourdre de la terre ou du ciel. Son timbre surnaturel, pour quelques instants, arrachait chacun à sa mort. Même une pierre en aurait pleuré.
 
Aujourd'hui, l'amour l'a tuée. Elle en a perdu sa voix. Elle est internée dans un de ces établissements où l'on accueille ceux qui n'ont pas résisté aux meurtres de la vie. Elle en sort parfois pour errer sur les lieux de son amour mort. Elle murmure plus qu'elle ne parle. Elle murmure son chagrin. Même quand elle se tait, on l'entend. On la comprend. Savait-elle, celle qui chanta un des plus beaux lieder sur l'amour blessé de Franz Schubert. " Du liebst mich nicht "(Tu ne m'aimes pas), savait-elle que ces paroles, un jour, lui seraient destinées?..."
 
Durant plus de vingt ans , elle aura aimé, enfanté, chanté, dansé, souri, consolé, accompagné, servi. Malgré les larmes versées à cause du doute, elle aura porté cet amour fait de non-dits et d'absence. Elle l'aura porté comme une cathédrale sur ses épaules
Vivien à Jeanne (16 février 1979)-"Il va être minuit. Je t'imagine chez toi: tu es en longue robe blanche, debout dans l'embrasure de la porte de ta chambre. Je tremble à l'idée qu'un homme soit à tes côtés. Mais non. Tu t'asseois. Tu m'écris. Mon amour.
Pas question de me libérer de ce que tu m'as donné. Il me faudra encore beaucoup de jours pour te confier les parfums inconnus, les surprises de mes papilles, te décrire l'affolement de ma langue, les délices de mon ventre. La vie apporte des cadeaux fulgurants:. Ainsi en est-il de toi. 
Il y a un arbre dans une forêt qui n'est pas la tienne. Un arbre qui sait maintenant que tu existes. Sa clairière est vide. Il t'attend. Ne lui fais pas le reproche d'avoir été si malhabile pour confier au vent que toutes ses fibres t'ont reconnue
Comment l'aurais-tu appris autrement?
Jeanne, j'ai soif de toi " 
"Adieu, bleus de Prusse, jaunes d'or, terres de Sienne, rouges carmin, garances. Adieu pourpres alcôves, murmures heureux, soleil au travers des persiennes, ruissellements de l'amour, tables opulentes, autels de la volupté, dressés pour ceux qu'on aime, qu'on invite, qu'on espère, qu'on attend. Adieu minutes heureuses qui se brisent comme un déluge de cristal. Adieu, petits et grands soucis d'une famille qu'on croyait unie. Adieu fatigue, devoirs, nuits de veille. Adieu, berceaux, pieds adorables des bébés, fouillis des chambres odorantes, lampes pigeons, balcon dans les arbres, cerises pendant aux oreilles, nattes des petites filles, rires sonores des enfants, angélus du soir, chemins dans les blés "
De Vivien:
"Mon amour pourquoi t'ai-je demandé de venir vivre avec moi? Parce que je suis fou de toi. Tu es la femme que j'attendais...Mon amour, donne-moi cet enfant. Qu'importent les pleurs la nuit, les voyages annulés, les exigences de ce petit être...Mon amour, donne-moi un enfant "
De Jeanne à Vivien (19 février 1979)
" Quand je relis tes lettres, pourquoi ai-je parfois cette impression que ce n'est pas vraiment à moi que tu t'adresses mais à une femme que tu inventes. Une femme presqu'immatérielle. Je ne saurais pas l'expliquer, mais je n'aime pas ce sentiment. Il me fait peur. Sans doute ai-je peur de ce trop-plein, de cette vague déferlante. Comment peut-on aimer une inconnue de façon aussi fulgurante? Peut-être m'en diras-tu quelque chose un jour?
...Tout à l'heure avant de t'écrire, j'ai marché dans la campagne J'imaginais que tu venais à ma rencontre. Dans cette nature qui crie sa renaissance, je me suis sentie soulevée par une joie sourde, grondante comme un orage. J'avais tant envie de me coucher sur la terre et de sentir le poids de ton corps. Tu me manques."
24 février:...Oui, écris, écris-moi encore. Déverse en moi un peu de ta force. J'ai envie de soleil, de brûlures, de baisers. La pierre du désert que tu m'as donnée sentait le feu. Comme je voudrais parfois n'être qu'une poignée de terre ou de sable! J'ai envie de cacher mon visage dans ton cou. De ne plus bouger.
Ce matin, ma fatigue est transcendée. Je me sens jaillir de la terre comme une tige sous le soleil blanc et glacé. J'ai le visage que tu m'as fait. Je n'y touche pas. J'ai ton odeur sur moi, dans mon cou, dans mes cheveux. Je la garde. Je me souviens, j'avais si froid au moment de te quitter. Il gelait fort. Il fallait nous séparer... DSC8574 ka thumb[7]
De Jeanne à Vivien, le 4 avril 1979:
Besoin de toi absolu. Je râle de soif dans le désert. Je suis desséchée. J'ai soif véritablement. C'est trop long de t'attendre. J'ai un besoin fou de ta langue contre la mienne. Je veux te respirer. Sentir le miracle, l'ardent miracle de ta verge qui grossit dans mes mains. Tiens-moi fort. Eveille-moi la nuit. Chaque fois que la peine et la raison s'en iront au loin, je ne te laisserai aucun répit. Dis-moi les tendres obscénités de l'amour. Je n'ai pas assez de creux pour te répondre.
Pluie d'été abondante. Tout la nuit il a plu fort sur le jardin de l'asile. Ô le rythme de la pluie, son tapotis régulier sur les larges feuilles tropicales encadrant la fenêtre ouverte. Comme elle voudrait faire  l'amour. Etre pénétrée par une verge plus dure que le buis, à la même cadence que cette pluie d'été violente, fouettante, bienfaisante
Aujourd'hui, il lui reste les lettres. Le carnet. Une chambre. Les lettres, le carnet qu'elle lit et relit. Il lui reste des éclairs de mémoire. La fenêtre ouverte sur les arbres de l'asile. Elle n'arrive pas à guérir de cet amour fabuleux.
camille claudel 1988 diaporama2Phase anesthésiante de la douleur où brûlent encore ses omoplates et chaque vertèbre du dos. Il pleut sur le lierre. Toccata en mi mineur. Deux notes en alternance martèlent la table en fer du jardin. Clavier bien tempéré. Bach. La pluie qui tombe endort sa douleur, son désir assassiné. La pluie qui martèle l'invite à ne plus ressentir cette souffrance. Elle lit. Elle relit les lettres de Vivien
" On doit se quitter. Je t'embrasserai toujours dans les ascenseurs. Comme la première fois dans notre premier hôtel. La rue. Il fait froid. Recherche d'un restaurant russe. Gnossiennes de Satie. Deuxième mouvement du Sextuor en si mineur de Brahms. Nous aurons des joies intenses. Sublimes. Nous vivrons. Il n'est rien jusqu'alors que nous soyons incapables de partager. La gare "Tu sais partir", me dis-tu. Et qui te dira ce qui se déchire en moi?" 
Et toi Vivien pour m'avoir tant déchirée, sais-tu ce que tu as fait mourir en moi? Et dans le dernier ascenseur, celui qui descend toujours trop bas, y seras-tu seulement?
Le manque. Le manque est là, le manque de ne plus faire l'amour avec toi, fenêtre ouverte sur ce bruit de pluie qui tambourine. Bouffées d'amour qui reviennent du passé comme ses parfums de fleurs blanches, après une solide ondée. Les seringas que tu aimais tant. Je me souviens de nos chambres d'hôtel à Paris, quand la pluie frappait le zinc des toits mansardés abritant notre lit. Tes mots de feu. Tant d'amour et de reconnaissance après la traversée du désert. camille claudel 1988 diaporama6
Ô Vivien, pourquoi si peu de temps?
Qui m'a volée?
"Ô pluie, anesthésie cette insupportable douleur. Infuse dans mes veines un venin de paradis. Rien qu'en te regardant tomber sur le vert du jardin, le large vert des feuilles, rien qu'en t'écoutant, je suis rendue à moi-même, dans la chambre des tourments, la chambre des amoureuses mais sans amant. Et c'est un véritable poison. Ô pluie désespérante aux larges gouttes assoiffantes.
Je ne savais pas, non je ne savais pas que ce chagrin recommencerait. Comme à quinze ans. Comme à trente. Il n'y a pas d'âge pour un chagrin d'amour. Il n'y a pas d'âge pour ressentir cette douleur. Ce manque. J'avais pensé que pouvait survenir une séparation comme la mort. Je tremblais à l'idée qu'elle nous fauche, mais je n'avais pas osé croire à ce chagrin à mon âge, bien plus de cinquante ans. Un chagrin aussi vif que ceux de la jeunesse "
Ô le calme étrange ressenti en regardant tomber la pluie, en l'écoutant frapper dans mes veines, en la sentant circuler jusque dans mon coeur à la façon de ces poisons qu'on vous injecte avant une anesthésie. Je sens des larmes venir mais elles me sont étrangères. Dieu que c'est terrible, cet apaisement, ce presque détachement! On est vidé même de son chagrin. Au nom de quoi, vingt ans d'attente et de renoncement..
Dehors, nuit d'été. Nul cri d'oiseau. Etat d'apesanteur. Légère et poreuse, elle flotte, ivre du vide qui se crée en elle. Elle monte, elle vole, retrouvant l'état des amoureuses, mais sans amour.
Ô le calme, le détestable calme de ce fade aujourd'hui...Il ne lui reste que ses yeux pour lire et relire jusqu'à la nausée les lettres de Vivien. Jusqu'à espérer de ne plus aimer"
Vivien à Jeanne, le 22 mars 1980:
"Je suis à l'aéroport de New-York, en partance pour Melbourne. Lundi soir  je suis resté à New-York car je me sentais épuisé par ce voyage et d'interminables formalités de douane "
Encore Vivien, le 24 juin 1981: " Je hais les séparations de toi. Plus encore celle que je ne connaissais pas. Etre arraché de toi, encore vive de la détresse, sans avoir pu retrouver la joie dans ton regard.
Je sais qu'il n'est pas de parole écrite pour remplacer celles que je n'ai pas dites quand tu les attendais. Je ne veux pas me défendre. Je t'aime et la seule chose qui compte est de te voir sourire, rire, de te regarder t'arrondir jusqu'à l'ivresse.
Tu sais, je sens intacte toute la force qui m'a poussé vers toi aux derniers jours d'un mois de janvier, voilà plus de deux années
Ta peau est la plus douce, tes lèvres seules peuvent étancher ma soif et ton corps lourd de mon petit est le seul jardin qui m'émerveille. 
Et ce même 24 Juin 1981, dans le TGV.... .
Lettre de Vivien à Evaa:
"Ô Eva, nous n'aurions jamais dû. Je n'aurais jamais dû t'appeler. Nous n'aurions jamais dû recommencer
Auprès d'elle, j'avais cru pouvoir t'oublier. J'avais trouvé une sorte de paix dans cet amour. Désormais, j e le sais. Ce que je te donne, ce que je t'ai donné, elle ne l'aura jamais plus, elle qui pourtant attend notre enfant
Depuis plus d'un an que nous nous revoyons, que nous baisons comme des fous, je sais que c'est toi que j'aime, Eva. C'est toi que j'ai dans la peau. Elle sent que j'ai changé. Elle me le dit avec une sorte de pudeur. Je me suis trompé. Aujourd'hui je l'aime encore, je l'aime bien, c'est tout. Je lui mens. Je lui mens de tout mon être. Je pars en reportage de plus en plus souvent; Ce sont des prétextes pour te rejoindre, chaque fois que, toi aussi, tu te déplaces en Europe de l'Est ou au Moyen-Orient. A chacun de mes retours, elle dit ressentir une distance..
... Comment lui expliquer que j'étais sincère dans mes lettres et au début de notre amour. Je tiens à elle, mais il n'aurait pas fallu que je te revoie, Eva, car c'est toi que je désire, c'est toi que je baise, c'est à toi que j'appartiens. Même si la mort doit nous séparer, nous garderons l'un pour l'autre notre secret. Vivante, tu gardes tout. Morte tu emporteras tout. Tu es le diable et je t'ai dans la peau. Ah! Comme j'aime te regarder jouir, Eva. Avant chacune de nos rencontres, je la sèvre comme tu m'as demandé de le faire. Je me garde pour toi
Depuis plus d'un an que nous nous revoyons et surtout depuis la dernière fois, j'ai su que j'avais tout repris à Jeanne. Pour t'oublier, Eva, c'est vrai, j'ai voulu une femme, un enfant, une maison, un atelier pour travailler le bois, polir des berceaux, des arbres, un potager, des animaux, des tourterelles sur le toit. D'autres enfants à venir peut-être, puisqu'elle le veut. Moi aussi, je le voulais. Aujourd'hui, je suis désemparé, je ne sais plus. Je ne sais comment je vais continuer à vivre dans ce mensonge. Je ne peux rien lui dire. Elle en mourrait. Et puis je ne veux pas la perdre. Je lui ai tant promis. Elle m'a tant donné. Alors pour fuir mes contradictions, pour fuir les questions qu'elle commence à me poser dès que je rentre de voyage, des heures durant, je m'enferme dans mon atelier et je travaille le bois. Je suis en train de fabriquer un berceau pour notre enfant; Parfois elle entre dans l'odeur des copeaux. Silencieuse, elle me regarde faire. Je sais qu'elle est rassurée de me voir là. Elle caresse les flancs du berceau. Elle murmure : "C'est beau un père qui fait lui-même le berceau de son enfant. J'aime te regarder travailler dans ton atelier" ...Elle pense que cela m'aide à oublier les guerres et les atrocités dans les pays à feu et à sang où on m'envoie...C'est dans un de ces pays où tu étais photographe, envoyée spéciale de ton journal, que je t'ai rencontrée il y a dix ans, bien avant de connaître Jeanne. Tout de suite, nous nous sommes reconnus. Brûlure des regards, impatience de la peau. Et dans un pays du Moyen-Orient, devenu une véritable poudrière, nous avons fait l'amour la nuit même dans ce qui restait d'un hôtel, régulièrement frappé par les obus. Nous sommes tombés fous amoureux l'un de l'autre...Et puis tu t'es mariée. Tu étais même amoureuse...Avant de rencontrer Jeanne, je me suis marié aussi avec une femme assez insignifiante...Nous avons eu une petite fille, pour laquelle j'avais proposé le prénom d'Eva. C'était comme un prolongement de toi. Lui avoir donné ton prénom me consolait de notre séparation. Toutes deux ont été tuées dans un accident de voiture. Ma petite Eva avait trois ans. Je crois que j'ai rendu sa mère très malheureuse? Je n'aimais pas son corps. J'avais du mal à lui faire l'amour. Je l'ai beaucoup trompée. Avec d'anciennes maîtresses, triomphantes de reprendre leur place. Un jour elle l'a su. Elle a tout compris. Après une violente dispute, elle a jeté les effets dans une valise, elle a emmené notre enfant. Elle a roulé toute la nuit. C'est à l'aube qu'on m'a appris l'accident. Du côté de Montpellier. La voiture est passée sous un poids lourd. Elle a tout de suite brûlé. On a retrouvé les deux corps carbonisés. Durant deux ans, je suis resté prostré, ressassant ma faute, le prix de mes inconséquences. Ravagé par le chagrin et le remords. Pas une nuit sans cauchemar. Toujours le même. Ma petite fille est encerclée par les flammes. Elle veut s'échapper. Elle crie en me tendant les bras; "Papa ! papa ! pourquoi, tu n'es pas venu ?" Camus-Accident-copie-1
Vivien à Eva . Juillet 2000
Tu es morte Eva. Tu es morte il ya quatorze ans. Je n'ai pourtant personne d'autre à qui écrire
Jeanne et moi avons eu quatre enfants...elle avait quarante-trois ans au moment de la dernière naissance...Si je continue de t'écrire, Eva, c'est que d'une certaine façon, je suis mort en même temps que toi..
...Je t'ai trouvée monstrueuse Eva. Mais tu m'as excité encore plus. Je t'ai baisée comme un fou. Tu as joui comme jamais. Je t'ai trouvée encore plus monstrueuse quand tu as exigé que nous fassions l'amour en mettant un de ses disques. Tu as exigé le lied de ma rencontre avec Jeanne; Kindertotenlieder. Tu voulais, disais-tu, comprendre ce qui m'avait tant attiré dans sa voix. J'y ai consenti. Je savais que je commettais le pire des sacrilèges. J'y ai pourtant consenti. Mais dès que tu as entendu les premières mesures, tu as arrêté le disque. Tu n'as pas supporté ce chant qui est un appel, cette voix qui semble sourdre de la terre après avoir traversé l'enfer. Tu n'as pas supporté le timbre unique de cette voix. Sa profondeur. Sa spiritualité. Sa voix n'est pas seulement un appel, sa voix est une prière. C'est la première fois que je t'ai vue capituler. Le dépit te faisait un visage que je ne connaissais pas. Tu n'étais pas belle à voir. Tu ne comprenais pas. Il y avait là un mystère auquel tu n'avais pas accès. Pour la première fois nous n'avons pas pu faire l'amour. J'ai alors pensé que sa voix protégeait Jeanne, la protègerait jusqu'à le fin de ses jours, quoi qu'il arrive. Sa voix était son arme et son âme. Sa voix la mènerait à nouveau par le monde. La redonnerait au monde. Oui, un jour prochain, peut-être dans cet autre hier qu'elle craignait tant, parce que nous y serions séparés, sa voix d'amante inconsolée, qui ose chanter l'amour assassiné, sa voix d'outre-tombe, sauverait Jeanne, la délivrant de mon mauvais amour.."
Et puis, c'est à cause du téléphone portable que j'ai été démasqué. je suis enfin tombé en juillet 2000. A cause de mon portable et de cette vieille maîtresse, l'hôtesse de l'air clouée au sol par l'âge... 
camille claudel 1988 diaporama3
 Comme une automate, elle se met à marcher. Poignardée. Ses jambes tremblent. Elle cherche un arbre auquel se retenir, une rambarde, un banc. Elle a encore la main crispée sur son portable. Elle revoit sa vie en accéléré. Elle revoit les regards, les très beaux regards de et homme. Elle le revoit polir les berceaux. Elle le revoit penché sur leurs enfants, comme si, avant chaque départ, il voulait garder en lui cette image d'amour: un nouveau-né qui dort dans le berceau poli par son père. Avant de partir, à elle aussi il disait des mots d'amour. A cause de ces mots qu'il lui a tant de fois murmurés, elle endurera l'absence, quantité d'absences. Mais au retour, elle endurera aussi ses mauvais silences. 
Elle le rappelle sur son portable. Ses mains tremblent. Son corps entier est saisi de tremblements. Elle ne sait plus. Le ciel est affreux. Abominable. Tout ce bleu qui fait mal. Elle ne peut plus retenir ses larmes. Alors, après avoir fait son numéro, elle tourne sur une petite place pour que personne ne l'entende, pour soustraire son visage aux regards des badauds, des mères de famille assises là, surveillant leurs enfants qui jouent dans le bac à sable. Dans ce petit square paisible, elle tourne en rond comme ces Folles de la place de mai. Elle se sent devenir folle
Commence alors un long jour de lumière atroce, d'atmosphère de foire estivale dans la petite ville en liesse. Comme une somnambule, elle traverse des ruelles pleines de victuailles fumantes ou crêmeuses. elle enjambe d'énormes pains ronds, qui auraient fait sa joie il n'y a pas si longtemps. Au-dessus d'elle, implacable, le ciel atrocement bleu. Elle n'est qu'un long hurlement silencieux. Il lui semble qu'elle a le ventre ouvert. une plaie avec laquelle il lui faudra marcher. Elle a mal comme au temps de la césarienne qu'on pratiqua pour extraire son dernier enfant. Elle continue d'aller dans les odeurs de pizzas, de spécialités landaises, de jambons entiers, de bières mousseuses, de vin rougissant les canaux. elle marche sous des banderoles où il est écrit qu'aujourd'hui c'est la fête. Elle passe au travers des flonflons d'accordéons. Elle veut rejoindre le pont déserté. Elle ne sait plus quel gave impétueux coule dessous. Elle veut basculer par-dessus la rambarde, se fracasser sur les rochers que découvre le noir bouillonnement. 800px-Millais - Ophelia Probablement, il aurait fallu s'en tenir à cela: la rue. marcher. Marcher jusqu'au bout du désir. La rue. Un homme. un inconnu. Avec lui, tuer l'amour. Devenir, enfin, une épouse adultère. Tuer les insupportables visions des accouplements de son mari. Devenir elle aussi une hyène sexuelle, comme celles qu'il baise. Devenir une putain. Flamboyante ordure. Tuer la bergère qu'il voudrait qu'il soit et qu'elle demeure. Justement, tuer la demeurée en amour. Celle qui reste accrochée aux serments. L'égorger une fois pour toutes. Et si ce n'est pas suffisant, s'acharner sur ce misérable corps de mère et de bergère en lui plantant un poignard dan le coeur et dans les entrailles. Transpercer ce ventre qui a enfanté. Le lacérer, comme il  l' a fait en lui mentant. Tuer celle qui parlait aux enfants, aux bêtes, aux arbres, à la nuit, au vent, aux oiseaux, aux fenêtres, en l'attendant..
Désormais c'est comme si la nuit, je retrouvais la nuit des temps. Comme si la nuit c'est ton corps d'avant les ténèbres que je retrouvais aujourd'hui. Depuis j'ai dû abolir ma terrible cécité. Vingt ans de mensonges, de larmes, de renoncements. Je vais vers l'improbable lumière d'une vie finissante. Terribles efforts pour obliger ma mémoire à ne plus se souvenir, à limer les arêtes de la souffrance. Profiter de la nuit qui m'enveloppe d'oubli pour répéter dans un demi sommeil les gestes de l'amour. Comme si ces vingt ans n'avaient pas existé. Te rejoindre là où tu m'as rencontrée, il y a vingt ans. Te rejoindre sur l'autre rive. Celle du rire et du bonheur. Mais je ne peux pas..
Elle remonte dans la nuit le long d'un corridor. Corridor de feu. Elle court comme si elle était la proie des flammes. Elle l'est. Elle fuit ivre de ce qu'elle vient de faire. Ivre de cet instant d'égarement. Ivre de ce qu'elle a osé croire. Ivre de ce qu'elle vient d'entendre. Elle est perdue. Totalement perdue. Elle revient de l'enfer. C'est en enfer qu'elle est allée chercher son amant qui ne l'a pas reconnue. Elle tourne autour de ce qui reste de cet amour. De la mort de cet amour. Elle tourne autour de ce tombeau, le lit conjugal. Ce n'est pas là qu'elle veut être, mais auprès de son amant. Elle à qui il n' a jamais rien dit, elle sait maintenant. Par le long corridor, elle retourne dans sa chambre. Elle s'habille. Elle sort. Dehors, la nuit. Le vent. Les étoiles. Dehors c'est vaste. Elle aurait voulu une ville la nuit et un pont. Pour s'appuyer à la rambarde et regarder l'eau noire remplie d'étoiles et des lumières des réverbères. Elle aurait voulu une ville et un pont la nuit. Mais elle est sur une route de campagne. Elle marche sans peur dans la nuit sous les étoiles indifférentes. Elle ne sait faire que marcher. Marcher droit devant elle. Dans la brûlure de son être revenu de l'enfer. Dans la crémation de ses os. Ses omoplates brûlent et lui font mal comme si, à cet endroit, on lui avait arraché une paire d'ailes. Les ailes de l'amour qui la faisaient voler ver son amant. Cet amant qu'elle recherche de façon insensée. Cet amour foudroyé en plein vol...
Elle espère que l'hiver sera froid, très froid. Elle espère que l'hiver sera glacé. Elle voudrait se transformer en statue de glace qui fondrait doucement aux premiers jours du printemps, aux premiers rameaux, aux premières tourterelles. Elle voudrait s'endormir dans le noir. Le sombre. La terre de velours qui n'est pas encore froide et qui absorbe sa chaleur d'amante désertée. Elle voudrait que son âme la quitte pour ne plus ressentir cette souffrance. Que son âme se sépare de son corps et s'en aille, lourde de chagrin. Qu'elle s'en aille dans les limbes rejoindre le cohorte des amoureuses inconsolées qui errent et se lamentent avec le bruit du vent. Qu'elle aille rejoindre la cohorte des amoureuses inconsolables.. 
camille claudel 1988 diaporama7

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Published by Christian VANCAU - dans Françoise LEFEVRE
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commentaires

Laurence 22/11/2010 21:22



Bien jolie photo de la dame que je n'ai toujours pas eu le temps de lire...Mes livres s'empilent, s'empilent et le temps n'est toujours pas élastique ! Bises



Christian VANCAU 30/11/2010 22:48



Tu devrais vraiment lire l'Offrande, Laurence, c'est exceptionnel. Bises