Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
 


LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


POUR TRADUIRE MON TEXTE DN ALLEMAND OU EN ANGLAIS CLIQUEZ CI-DESSOUS

 

Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

<a href=

Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

<a href=

  

J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

Articles Récents

  • Bio125 Mouvement Planète. A.G à Orleans - Déc.1969
    Lettre de Louis Pauwels datée de décembre 1969 Il neige à flocons drus, c'est une vraie tempête et nous partons en train avec Jean-Pierre Michaux et Marcel Reynders. Dés notre arrivée dans une serre magnifique où les tables sont déjà dressées, nous sommes...
  • Bio125 Mouvement Planète. A.G à Orleans -...
    Bio125 Mouvement Planète. A.G à Orleans - Déc.1969 - le blog totems par : Christian VANCAU https://t.co/syTVczuVu0 Christian Vancau (@VancauChristian) September 20, 2017 Lettre de Louis Pauwels datée de décembre 1969 Il neige à flocons drus, c'est une...
  • Christian Vancau Votre PDF MA BIOGRAPHIE peut...
    Christian Vancau Votre PDF MA BIOGRAPHIE peut désormais être téléchargé depuis l'adresse... https://t.co/xloUA5csh3 Christian Vancau (@VancauChristian) September 20, 2017
  • https://t.co/pPLeKPWBkx
    https://t.co/pPLeKPWBkx Christian Vancau (@VancauChristian) September 19, 2017 Christian Vancau shared a memory.
  • https://t.co/yD4hlUcVqS
    https://t.co/yD4hlUcVqS Christian Vancau (@VancauChristian) September 18, 2017 Christian Vancau shared a memory.
  • https://t.co/eIXLLD1WNc
    https://t.co/eIXLLD1WNc Christian Vancau (@VancauChristian) September 17, 2017 Christian Vancau shared his post.
  • https://t.co/JhTclis3cE
    https://t.co/JhTclis3cE Christian Vancau (@VancauChristian) September 16, 2017 Christian Vancau shared a memory.
  • Votre PDF MA BIOGRAPHIE peut désormais être...
    Votre PDF MA BIOGRAPHIE peut désormais être téléchargé depuis l'adresse... https://t.co/CcqJLdfIwY Christian Vancau (@VancauChristian) September 16, 2017
  • Un article sur mon territoire vient de paraître...
    Un article sur mon territoire vient de paraître dans le n° 31 de septembre 2017, pages 22-23 et 24 de la revue... https://t.co/gJxCwRSwyw Christian Vancau (@VancauChristian) September 14, 2017 Un article sur mon territoire vient de paraître dans le n°...
  • https://t.co/pPlRtfzdsB
    https://t.co/pPlRtfzdsB Christian Vancau (@VancauChristian) September 14, 2017 Christian Vancau shared a memory.

Pages

Texte Libre


-->
<

Texte Libre

Texte Libre


Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

Texte Libre

COHEN Eveybody Knows
Tibetan Song

Je suis sur les blogs pro-tibétains:

www.candle4tibet.org
www.ning.com

VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 10:00

En dédicace ce 16 mars 2010

"Pour Christian,

 j'ai voulu ce livre, comme un conte

ces contes qui m'ont hantée"

 

ALMA ou LA CHUTE des FEUILLES (16e ouvrage de Françoise) - 2002 

 

 

Alma

Alma (verso)-copie-1 Fdanslherbe-copie-1

  Alma article-copie-1

 

Une grand-mère suédoise

La longue sieste de Madame Neige 

 

Est-ce de ma grand-mère suédoise, Hermine B., que je tiens le début de ce conte?

C'est l'après-midi d'une fin de printemps que Madame Neige décida d'en finir avec ce chagrin qui dévorait sa vie, rongeait son corps et son esprit. Un chagrin d'amour si noir et profond qu'il lui brisait les os, avalait ses forces vives. Elle pouvait à peine se tenir debout. La désolation était en train de la tuer

   

Une Sibérie de l'âme

Elle savait que cette désaffection naissante pour les arbres, pour les êtres, la parole échangée, cette insidieuse anesthésie de tout son être, était le signe d'un certain détachement. L'éloignement de la vie chaude, exaltée, émerveillée, celle où l'on rit de bonheur sous un cerisier en fleurs. Ou l'on titube de joie, simplement en regardant le ciel.

Elle sentait qu'elle abordait un long exil en elle-même, déportée vers un pays glacé, une sorte de Sibérie de l'âme

Tout son être commençait à geler...

 

Il neige des fleurs de cerisiers

Elle sentait qu'elle perdait ses forces vives, se mettait à trébucher, à trembler comme si un invisible prédateur buvait son sang

L'après-midi d'une fin de printemps, elle décida de mettre un terme à cette souffrance. Elle ferma les volets de sa chambre, tira les doubles rideaux, s'allongea sur son lit. Elle s'endormit pour ne se réveiller qu'au bout de vingt-cinq ans. On peut dire qu'il s'est agi d'une très longue sieste.

C'est alors que la neige se mit à tomber. Mais on pense que c'était plutôt une de ces neiges de pétales de fleurs blanches. Sans doute des fleurs de cerisiers. Une véritable bourrasque en souleva des nuées qui tourbillonnèrent comme des flocons et recouvrirent tout le paysage P1020999

P1030001

  Photos de Christian Vancau

 

Ce sont les mots qui ont manqué

Même le chant du coq les matins d'avril, le ciel bleu sur le toit de sa maison, le roucoulement des tourterelles, même le bruit du vent dans les blés, celui du passage au loin des trains, rien ne pouvait sortir Madame Neige de son sommeil. D'ailleurs personne ne s'apercevait qu'elle dormait. Elle avait trouvé un moyen très subtil d'être au monde. Elle souriait vaguement presqu'en toute circonstance, acquiesçait d'un léger mouvement de tête à ce qu'on disait, accomplissait du mieux qu'elle pouvait les tâches quotidiennes. Cela lui permettait de glisser de jour en jour. De porte en porte. De rue en rue, de gare en port, sans qu'on remarquât sa présence, non plus que son absence. Elle retournait dans les jours heureux de sa vie, dans les jours sombres aussi, cherchant à savoir ce qui lui avait tant manqué. Elle comprit que c'étaient les mots

Les mots d'amour. 

  

Alma. Le prénom restitué

 Dans ce sommeil où elle se trouvait, il n'y avait plus de frontières entre vivants et morts. Les disparus avaient une âme errante qui parfois s'attardait auprès de la sienne. On venait lui parler. L'exhorter..

D'entre ces chuchotements d'outre-tombe, elle discerna la voix d'un poète qui l'avait follement aimée et qui était mort depuis près de trente ans. Il prononça un nom qui n'était pas le sien et que pourtant elle reconnut: Alma !

Il flottait au-dessus d'elle et ne cessait de dire son nom, d'une voix lente et basse. Son nom à elle, volé, massacré, bafoué, couvert de crachats, il le lui rapportait comme un joyau sauvé des décombres. Il lui restituait ce nom qui fût le sien dans une autre vie.

Il l'appelait, l'exhortait, répétait son prénom avec force pour la réveiller, la sortir de cet engourdissement, ce froid de mort où chaque jour elle s'enfonçait davantage: Alma...Alma...Alma...Alma...

Dans son sommeil désolé, elle se souvint que ce prénom avait été le sien. Elle comprit qu'elle l'avait perdu pour l'avoir donné en gage. Un gage d'amour. C'était par la voix de cet homme qu'il lui était redonné.

Lentement, elle partirait à la reconquête de ce prénom dont on l'avait dépossédée : Alma

Cependant, je continuerai à l'appeler Madame Neige, tant qu'elle n'aura pas achevé sa métamorphose. Ensuite, j'écrirai son prénom qui est aussi le mien :  Alma. Il y a si longtemps qu'on ne m'a appelée ainsi AmmaMathys1Almamathys2 

Le voyage très risqué d'une âme

Comment expliquer ce rêve profondément érotique. Un ami mort  depuis plus de vingt-cinq ans, amoureux ardent, auquel je n'avais accordé qu'un baiser sur la joue, m'a rendu visite cette nuit. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite. J'ai d'abord été prise dans l'ouragan d'un plaisir violent sans savoir d'où il venait. Qui me le donnait. J'étais pénétrée, transpercée, sans qu'il y ait matérialisation de l'objet de mon plaisir. Ma jouissance était infinie.

J'ai reconnu la voix de cet homme ou plutôt ce souffle un peu rauque, murmurant, m'exhortant: Alma ! J'ai senti la volonté d'un amant impérieux, qui ne vous lâche pas dans le plaisir. J'en ai été troublée et bouleversée, car c'était le don d'un homme qui m'aimait infiniment. C'était comme une voix d'outre-tombe, une sorte de murmure venant d'un être ou d'une âme qui, après avoir accompli un voyage au-delà de ses forces pour vous rejoindre, ne veut pas desserrer son emprise. Un être qui aurait déchiré le temps pour venir me conforter, m'accompagner, m'entourer dans ma vie humaine.

" Aujourd'hui...ton âme est devenue trop sombre...Ta mélancolie enchaîne ton corps...Je suis venu te dire : sors de ton sommeil, Alma ! Vis ! Ecris ! Tu sais bien que les mots peuvent redonner vie...Tu sais la mort c'est bien vite arrivé. Souviens-toi de moi..

Souviens-toi que j'aimais les myosotis" 

 

Compagnie des vivants et des morts

Fraternité des ombres

 

ANDERSEN

 

"Je n'avais pas deux ans quand ma grand-mère suédoise mourut, me laissant un livre des Contes d'Andersen. Depuis je suis toujours dedans. Le livre, aujourd'hui égaré, était un fort volume à la couverture bleu sombre, doré sur tranche, extrêmement luxueux, magnifiquement relié et illustré 

 Contes d'Andersen-copie-3  naufrage

  chateau

Je suis entrée dans ces images, m'y attardant plus que de raison, comme dans une demeure enchantée, un parc ensorcelé dont on ne trouve plus la sortie. J'y erre toujours, captive de la plupart de ces contes. Depuis l'enfance l'intuition que je vivrai certains d'entre eux ne m'a jamais quittée..

...mais je sais que ma grand-mère a prononcé des paroles d'amour pour m'accompagner tout au long de mon existence. Des mots qui fortifient. Des mots dont j'ai grand besoin aujourd'hui. Les défunts auraient-ils une âme qu'ils prêteraient parfois aux vivants pour les soutenir dans leurs épreuves? Je crois que oui.

...Quelqu'un m'a confié que ma grand-mère aurait affirmé que je deviendrais écrivain, un jour. J'ai attendu l'âge de trente ans pour oser écrire mes premiers mots...

Est-ce à cause de mes origines suédoises et prussiennes qu'il y a tant de neige dans mes livres? De la neige des rennes, des traîneaux, des grelots; des trolls, l'envol d'oies sauvages sur les lacs gelés, des sapins givrés, des enfants qu'il faut sauver d'un carnage, l'amour fou dans des chaumières où brûle un feu qui ne s'éteindra jamais. Et par-dessus tout, brille L'Etoile Polaire, seule étoile fixe du firmament. Elle scintille moins que les autres mais elle indique toujours le nord P1020815 oies-sauvages-413400 Toute la nuit elle est réveillée par une voix intérieure, plutôt une pensée, le cheminement d'une pensée. Elle est égarée dans ce conte d'Andersen. Celui de La Reine des Neiges, qu'elle n'a jamais lu. Mais sa grand-mère suédoise le lui a probablement raconté. Elle en connaît juste ce passage où Kay et Gerda jouent ensemble. Et dans ce passage, c'est la poussière du miroir brisé qui l'obsède. Un petit éclat de ce miroir diabolique s'est fiché dans l'oeil de Kay. A partir de cet instant, il voit toute la vie déformée.

Aujourd'hui c'est elle qui a reçu un éclat de miroir dans l'oeil. Et il ne s'agit pas d'une poussière de ce miroir mais de la lumière impressionnée sur la pellicule photo, qu'elle a trouvée dans la maison des bois 

833974530 L-copie-1

 

"J'ai été transformée en écume de mer avec La Petite Sirène pour avoir très imprudemment donné ma langue à couper en gage d'amour. Ma langue, je le comprends seulement, c'est ma voix. Et ma voix c'est mon écriture. Il s'agit d'un gage d'amour.. J'abandonne ma voix pour tenir une promesse. Donner la priorité à l'amour. Aux enfants. Aux urgences de la vie qui laminent toujours . Oui chaque fois que j'ai aimé, j'ai abandonné ma voix. Tant d'autres choses vous occupent et vous exaltent dans l'amour, qu'écrire apparaît comme un acte contre nature

Une activité taciturne...   lapetitesirene

 

Un sentiment d'abandon

Un autre récit m'interpelle, celui de La Petite Marchande d'allumettes. J'ai vécu la violence de cet abandon. Quand la vie frappe trop fort. Quand la chance vous quitte. Quand ceux qu'on a aimés ne vous reconnaissent plus. Comme elle, je me suis retrouvée sur un trottoir de neige. Je n'ai pas eu sa malchance. Je ne suis pas morte de froid, mais éternellement je garderai en mémoire la morsure du gel, ce sentiment d'abandon. Mais je garderai aussi l'espoir fou de ne jamais voir s'éteindre l'étincelle de la dernière allumette. Est-ce pour cette raison que j'ai été attentive aux choses de l'amour, à entretenir ce feu de chaque jour qui ne souffre pas la médiocrité, les fautes d'attention? Aujourd'hui, il s'agit de reprendre ma vie, ramasser trois morceaux de bois et m'obliger à faire un feu pour moi seule. M'obliger à ne pas mourir de froid La petit Marchande d'allumettes Andersen lapetitemarchandedallumettes

 

Ecrire

Cependant à chaque fois que je commence un livre, je risque une autre mort. Plus exactement, je dois faire le deuil de certaines espérances. Je dois accepter de perdre ma joie de vivre

 

La maison des bois

Il ya cette maison des bois qui je le sens va surgir au fil des pages. Cette maison des bois, lieu d'amour, lieu d'un serment. Lieu secret qui n'appartient qu'à nous deux, disait-il. Maison des bois où les mots d'amour circulaient, où furent conçus nos enfants. Ils y firent leurs premiers pas, hardis et chancelants. Les rires éclataient ainsi que les pleurs, aussi brusques que des orages. Une mousseline enveloppait le berceau, protégeant des mouches et des guêpes, le nouveau-né adorable. Tout se taisait. Le bonheur est souvent silencieux. Juste le chuintement d'une bouilloire qui chantait à peine. Le fumet d'un plat dans une cuisinière à bois  Françoisesongeuseaubain

   

La joie simple

Cette joie simple, ma joie simple, parfois me fait peur. Par la fenêtre ouverte, je regarde l'homme qui m'a demandé avec tant de force de partager sa vie, de lui donner des enfants. Je l'aime, je le trouve beau. Son regard surtout. Si pénétrant. Un regard qui ne peut mentir, qui ne peut trahir. Une voix si douce qui réconforte. Des intonations qui ne trichent pas. J'ai toujours envie de courir vers lui, le prendre dans mes bras, lècher le sel dans son cou. Surtout quand nous sommes dans la maison des bois où tout, absolument tout respire notre bonheur et la lutte pour le garder

   

Sous les jupes, la laitière

laitiere-copie-1 

Avant la naissance des enfants, avant leur conception, plus d'une fois la vieille cuisine fut un champ de bataille heureux pour l'amour fou. Tout se passait comme si les personnages d'un tableau, figés dans l'éternité d'un musée, retrouvaient enfin le pouvoir de s'animer. La Laitière de Vermeer laisse tomber sa cruche, ouvre son corsage. Elle est nue sous sa jupe, ce ne sera rien de la retrousser. Elle en a relevé les pans qu'elle a passés sous les liens de son tablier. La cuisinière ronfle. Comme dans la chanson, la farine de froment vole dans la lumière où bourdonnent les guêpes attirées par les abricots trop mûrs. Sur la table, elle a renversé la farine pour faire une pâte brisée. Elle s'apprête à casser un oeuf dans le puits qu'elle a formé. Son amant vient derrière elle, presse sa verge dure comme le buis entre ses fesses nues. Il lui mord la nuque, lui murmure les mots crus de l'amour, la léche partout. Il lui dit ce qu'il veut lui faire. La baiser pendant qu'elle pétrit la pâte. Il lui demande de ne pas interrompre son ouvrage. Du bout des doigts, elle malaxe le beurre amolli dans le puits de farine. Elle y casse l'oeuf, verse un peu de lait. Elle fait semblant de continuer à pétrir. Mais sous les coups répétés de la verge qui glisse entre ses reins, elle a fléchi les jambes et s'est arc-boutée  contre la table. C'est ainsi qu'elle veut être prise. Elle se concentre sur ce qu'il lui fait, elle sait qu'elle traverse une des plus belles saisons de sa vie. Sous les assauts de son amant, la table tremble. Le lait tressaute et coule en ruisselets. Les abricots et les oeufs roulent et s'écrasent sur les dalles. Elle se laisse tomber à genoux. Elle va lécher la chair des abricots éclatés. Avec ce qui reste d'oeufs cassés, de beurre sur le sol, il la pétrit, la lubrifie et s'enfonce dans ses reins. C'est ce qu'elle voulait. Exactement. Le visage poissé par le jus des abricots, les joues et les genoux écorchés par les dalles rugueuses, elle se sent devenir si vaste, qu'elle ne sait plus par quel orifice, il la prend. A l'instant où elle demande grâce, elle supplie aussi qu'il continue. Qu'il n'arrête pas. Par- dessous ses cuisses elle a passé sa main enduite des mêmes substances et malaxe des bourses devenues dures comme le cuir. Il lui dit ce qu'il est en train de lui faire. Ce qu'elle lui fait à son tour. Il lui demande de répéter ces mots-là. Il lui demande de répéter ces mots de l'amour à genoux sur les dalles, sous le plafond bas, la suspension qui tangue, les oeufs qui  roulent et se cassent. Elle dit et redit ces mots crus de l'amour qu'il lui demande de répéter. Elle enduit ses mains des blancs d'oeufs répandus et continue à le pétrir. Elle ne pense qu'à la violence de leur plaisir. A jouir et le faire jouir  Alma besson

Une femme amoureuse

Ce que dit le tain sombre du miroir

"Parfois dans la maison des bois, cette maison d'un autre temps, elle l'entraînait dans la chambre, vieille chambre odorante, remplie de fleurs séchées, d'épis de lavande, de cailloux trouvés sur les chemins. Pour y accéder, il fallait sortir de la cuisine et monter par un escalier extérieur couvert de mousse. Là les attendaient un lit toujours défait, un grand miroir piqueté, une chaise bancale, un broc d'eau pour leurs ablutions. Un lit toujours défait, embrasé par la jouissance reçue et donnée, l'épuisement heureux des gestes après l'amour. Le prendre encore dans sa bouche. Comme il le veut. Comme il le lui demande. Boire jusqu'à la dernière goutte de sa semence. Par la fenêtre monte l'odeur des fleurs de sureau. Soudain, elle aperçoit leur reflet dans le tain sombre du miroir. Elle ne se reconnait pas...."

 

DES MOTS POUR NE PAS MOURIR

Une aide providentielle: Bachelard toujours

"Pour tenter de retrouver cette force qu'on m'a volée, sortir de ce chagrin, misérable chagrin d'amour, je cherche la protection des mots et des phrases qui ne trahissent pas. Non pas les mots de la mort, non pas les mots de la morale. Les mots de la peau. Les mots de l'amour, les mots de la joie. De la jouissance. Des mots qui parlent d'amour et de consolation. Ceux des poètes. J'ai besoin de me rappeler que j'ai aimé. Parfois j'entends des phrases chuchotées par une invisible présence. Phrases qui m'accompagnent quand je marche, quand je dors, quand je veille. L'une d'entre elles m'enchante mais me donne aussi l'envie de pleurer. Elle est de Gaston Bachelard :

 

".. la roulade du merle est un cristal qui tombe, une cascade qui meurt. Le merle ne chante pas pour le ciel. Il chante pour une eau prochaine..."

 

mais moi j'entendrai toujours : Il chante pour sa mort prochaine

 

L'espérance n'est pas forcément divine

L'incroyable chemin pour retrouver son propre coeur, avant d'atteindre celui des autres. Un coeur que s'est approprié le chagrin. Un autre mot me vient, qui ne m'a jamais quittée et semble en contradiction avec ce que je viens d'écrire, c'est le mot espérance. Ce mot, je le veux dépouillé de ses oripeaux religieux. Je veux une espérance crue et non chaste. Terrestre et non divine. Ce mot je le porte sans jamais l'égarer, les pieds fichés dans la boue. Que tout advienne ici et maintenant et non dans une éternité de mensonges 

 

Une étoile très brillante scintille à ma fenêtre

Ce que j'appelle la Providence, et qui m'a aidée à commencer ce livre, ce fut d'abord l'étoile, aperçue la nuit dernière par ma fenêtre. Une étoile qui s'est montrée soudainement. Enorme. Scintillant de manière surnaturelle. Obstinément.Comme dans un conte d'hiver. Une nuit de Noël. J'ai tout de suite pensé qu'elle était là pour moi. Pas un instant je n'en ai douté. Il m'a semble qu'on venait me secourir. Je suis brusquement retournée dans mon enfance. L'étoile venait me parler. Me prévenir de je ne sais quel danger. L'étoile était là pour me protéger. M'accompagner. J'ai cru que moi aussi je pouvais lui parler. Elle semblait me dire : tu dois entrer dans ton livre comme dans une forêt noire qu'il te faut traverser. Il faut que tu commences. Recommences. Il faut que tu attaques. Il faut que tu te serves de ton épée. Et enfourches un bon cheval... lumieres-d-etoiles-244728

Aimantée par son scintillement surnaturel, je me suis levée pour aller à la fenêtre. Elle avait disparu. J'ai ouvert la fenêtre. Penchée dans le vide, j'ai tourné la tête en tous sens pour scruter le firmament à la recherche de mon étoile. Par cette nuit d'hiver, d'un froid pur et glacé, tout était gelé et le ciel constellé d'astres et d'étoiles brasillant à l'infini. Mais la mienne, mon étoile, qui brillait plus que toute autre, avait disparu...Je me demandais si elle n'était pas cachée par une branche d'arbre ou par cet énorme sapin, plus haut que la maison. Venait-elle d'être avalée par un trou noir ??? ..

 

NOIRCEUR DU CONTE.

 

"On ment pour protéger son plaisir ou son honneur si la divulgation du plaisr est contraire à l'honneur. On ment toute sa vie, même surtout, peut-être seulement, à ceux qui nous aiment. Ceux-là seuls en effet nous font craindre pour notre plaisir et désirer leur estime"

MARCEL PROUST

A la recherche du temps perdu

 

Recommandations d'un homme aimant

 

"Ma chérie , toi qui as empêché que je sombre, toi qui m'as fait retrouver la joie de vivre  en me donnant ton amour sans réserve et des enfants que je chéris, il ne faut pas, non, il ne faut pas que durant mon absence, tu retournes à la maison des bois. Elle est trop isolée. Ce serait dangereux pour toi. Promets-moi de ne pas y aller. Et puis cette maison qui est notre secret à tous deux ne vit que lorsque nous y sommes ensemble. C'est ta présence qui l'illumine. Nous y retournerons à mon retour pour y célébrer nos vingt ans de mariage. Je veux encore t'y aimer. Laisse-moi le temps de bien la préparer pour t'y accueillir"

Tant de recommandations, tant de sollicitude, au lieu de la conforter, l'alerte brusquement, lui rappelant un certain passage du conte de Barbe-bleue. Serait-ce pour elle le dernier conte à traverser?

Partout elle cherche le trousseau de clés de la maison des bois. Elle finit par le découvrir dans un panier, caché sous de vieux journaux, tout au fond d'un cagibi...

Le jour fatal où elle retourne à la maison des bois , elle est seule. Il y a bien longtemps qu'ils n'y sont pas revenus. Dans le jardin les ronces ont poussé. Le coeur battant, elle introduit l'énorme clé dans la serrure. Tout de suite, elle reconnaît l'odeur de la maison. Il y fait sombre. Ses yeux mettent un certain temps à deviner le contour des meubles. Prudemment, elle marche les bras tendus jusqu'à la fenêtre. Elle pousse les volets. Un peu de lumière rentre.faletang

D'un doigt, elle caresse la cuisinière à bois qui lui rappelle tant de souvenirs. Le tiroir déborde de cendres. Il lui semblait pourtant l'avoir vidé. Sous le tableau qu'elle a peint se trouve la baignoire en zinc où barbotaient ses enfants. Elle se rappelle qu'elle l'avait rangée dans la remise. Sur la table, elle remarque quelques miettes de pain et pense qu'en leur absence, les loirs ont pris leurs aises. Dans le coffre à bois au milieu de vieux journaux, elle découvre une boite en carton ayant contenu une tarte, provenant d'un célèbre traiteur parisien. Elle voit aussi l'emballage d'une bouteille de champagne à l'appellation prestigieuse. Son coeur se met à cogner follement?. Elle sent que ses jambes se dérobent. Elle ne sait à quoi se retenir. La maison entière lui paraît maudite. Comment a- t-elle pu s'y sentir heureuse?Comment a- t-elle pu croire à ce bonheur? Elle regarde encore une fois le tableau qu'elle a peint. Cette mère à l'enfant. Cette icône qui devait protéger leur maison. Elle se revoit faisant l'amour sur les dalles, les oeufs qui roulent de la table et se cassent, elle revoit ses mains pétrissant la pâte. Elle se rappelle l'audace de ses caresses, l'exigence de son plaisir. Elle revoit leur premier enfant se réveillant, chaud comme un pain rond. Elle le sort de son lit, l'apporte à son père pour qu'il le prenne contre lui et l'embrasse aussi. Elle se souvient des gestes de tendresse et d'amour qui ne cessaient d'enchanter leur vie. La confiance élève l'amour au sublime. Elle touche son corps. Elle a l'impression de ne plus l'habiter. Elle se demande si elle va oser monter dans la chambre. Ce qu'elle va y trouver. Quand elle ouvre, c'est le lit qu'elle voit d'abord. Mais tout est sombre. Elle pousse les volets. Les draps, ceux dans lesquels ils ont dormi la dernière fois ensemble, sont défaits, maculés de sperme et de sang. Au pied du lit, une chemise de nuit de femme, à l'ancienne, en coton blanc, tachée d'auréoles de foutre. La nausée. Il arrive que la douleur vous enfonce un tel poignard dans le coeur qu'on ne le sent plus. On suffoque. On perd le souffle. On sait qu'une part de soi vient d'être assassinée. La vie s'arrête là.

Elle a fait développer le rouleau de photos. Elle y voit une femme blonde et nue prenant un bain dans le tub en zinc qui servait à ses enfants. Elle tient une flûte de champagne qu' elle lève comme pour trinquer avec celui qui la photographie. La baignoire est placée juste sous le tableau qu'elle a peint

Sur une autre photo, on la voit nue, le tablier d'Alma ceint autour de reins. Elle est debout devant la table où Alma pétrissait la pâte. Et sur cette même table, il y a de la farine, des oeufs, des pommes. La femme brandit un rouleau à pâtisserie, qu'elle lèche ostensiblement comme s'il s'agissait du sexe de celui qui la prend en photo.

 

"Ô ma chérie miraculeuse

Mes cinq sens te photographient en couleurs

Et tu es là tout entière "

APOLLINAIRE, Ombre de mon amour

 

Une jacinthe pour compagnieJacinthe5002 Kopia-DSCN5091 

Cet hiver, la jacinthe que j'ai achetée n'a pas fleuri. Ni aucune autre après. Chaque matin la table était jonchée de fleurs rabougries, tristement rouillées. Les jacinthes s'étiolaient. Dépérissaient. Toutes finissaient par mourir. J'étais certaine que ces bulbes si vivaces se trouvaient monstrueusement à l'étroit dans leur pot en plastique. J'ai pensé au supplice infligé aux femmes de l'ancienne Chine. Afin d'empêcher leur croissance, de les réduire à des proportions minuscules,, on comprimait leurs pieds dans des bandelettes qu'on serrait de plus en plus. Atrocement déformées, atrophiées, leurs extrémités n'étaient plus que des moignons. A force d'être contraintes, à force de sevrage, les jacinthes de cette année subissaient le même sort. Moi aussi 

jacinthes-des-bois-1Dans la cuisine, la jacinthe bleue violine attend le jour. Ce qui m'émerveille, c'est le contraste entre la vitre givrée où elle est restée appuyée durant la nuit et la présence de son parfum. Cette senteur à la fois naïve et capiteuse qu'elle exhale me bouleverse, me rappelle à la vie. De toutes mes forces, je veux croire qu'il y aura un autre printemps. Son parfum éveille en moi l'espérance d'un amour à venir. Le dernier. Mais encore un amour. Cette folie. Oui. Encore. Comme un Chant du Cygne 

 

Si je n'étais pas retournée à la maison des bois chercher la vérité, si je n'avais pas accepté que mes yeux soient blessés à jamais par ce que j'y ai découvert, j'aurais continué à  perdre mes forces vives comme on perd son sang, sans que je comprenne d'où viennent ma détresse et cet affaiblissement.

 

 Partir vraiment

 

Pour la première fois Noël sans eux.

Elle organise tout. Le sapin et les lumières qui scintilleront en son absence. Le dîner du réveillon. Les cadeaux sous le sapin. Le déjeûner de Noël. Tout est dans le réfrigérateur. Le couvert est mis. Les bougies prêtes à brûler. Partout, il y a du houx. Il y a du gui. Le feu dans la cheminée se consume doucement. On pourrait croire qu'il y a quelqu'un dans la maison. Quelqu'un d'aimant, qui attend. Mais elle n'est plus aimante. Plus de la manière dont elle a été. Et elle n'attendra plus.

Elle a préparé sa valise. Elle sait qu'elle ne reviendra pas de si longtemps. Elle a laissé un mot sur la table, écrit au feutre doré

 

"Joyeux Noël, mes chéris

Je pars. Juste pour respirer."

 

Dans son sac, chargeur et portable, un peu d'argent.

Une carte de crédit. Elle ne sait pas où elle va

 

Vers l'océan Bretagne004 7-copie-1

 

Quel vin ? En compagnie de quel homme?

" Avant de m'endormir, je pensais que je préfèrerais boire un vin modeste, voire passable, avec un homme dont je serais amoureuse, avec lequel je ferais l'amour et ce sera une fête, que de goûter un vin somptueux avec un de ces esthètes qui tout au long du dîner commentera l'étiquette de la dite bouteille et dont je sais d'avance quel ennui ce sera au lit" 

 

LE BEL AUJOURDHUI FINISSANT

9782700018608-246x300 

Vingt-cinq ans plus tard, quand elle se réveilla, Madame Neige se demanda quelle heure il pouvait être. Sur sa table de chevet, le réveil était arrêté. Il lui sembla qu'elle avait fait une longue, très longue sieste. Elle alla à la fenêtre, poussa les volets mais ils résistaient. Les ronces les avaient scellés, s'infiltrant partout, rampant jusque dans sa chambre. Au travers d'une fente, elle regarda au dehors. La maison était cernée par une nature sauvage. Le ciel était bleu. On aurait dit l'été. Elle murmura en elle-même :

Ô le bel aujourd'hui

 

 

RETOUR A L'EMERVEILLEMENT 

Baise m'encor, rebaise-moi et baise (Louise Labé, Sonnets, XVIII ) 

  

Elle voulait l'océan. Elle y est. Elle a rendez-vous tout au bout de la jetée de ce port de Bretagne.La Jetée 2 5346 112397672133632 355612 6182347 n Ciré noir, souliers rouges, elle marche sous la pluie. Elle court vers son amant. Et c'est le corps entier d'un jeune-homme qui l'étreint, un corps dur, ardent, impatient qui cherche le sien. Elle l'embrasse à pleine bouche. Elle avait oublié ce goût de sel et d'embruns. Elle passe ses mains sous son chandail, ouvre son corsage, elle veut sa peau contre la sienne. En l'étreignant comme si elle pouvait s'enfuir, il lui dit:

 

Alma, j'avais si peur que tu ne viennes pas...  Bretagnemore than a vision-copie-1 

Dédicace:

"Pour Christian, j'ai voulu ce livre ALMA, comme un conte, les contes qui m'ont hantée. Seuls textes approchés. Je  vous embrasse.

Françoise

16 Mars 2010

Françoise  "

Partager cet article

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Françoise LEFEVRE
commenter cet article

commentaires

Laurence Warot 08/06/2015 13:25

Bonjour Christian!
Maintenant que moi aussi j'ai lu tous les livres de Françoise j'ai eu l'envie de redécouvrir tes articles sur elle.
Quel travail magnifique tu as fait!
Merci !

Marie-Andrée Rioux 15/12/2010 16:37



Bonjour Christian,


Je suis touchée par ta demande, tu me dis que je suis importante pour toi et que mes commentaires te manquent, il est vrai que je ne viens pas souvent sur ton blog et je suis désolée je n'ai pas
vraiment d'excuses à part le fait de mes occupations mais tu fais bien de me rappeler gentiment à l'ordre et j'aime ça.


Je viens de lire le court descriptif du livre dont tu m'as envoyée le lien et dès les premières lignes je me sens happée par cette histoire merveilleusement écrite, bouleversante d'une vie en
manque de mots d'amour, dis-moi est-ce possible de se procurer ce livre au Québec et par quel éditeur?


Je te fais part en même temps de mes voeux les plus chaleureux pour Noel et le Nouvel An et je t'envoie toute ma tendresse et mon affection.


Marie-Andrée X♥X



Christian VANCAU 15/12/2010 22:42



Merci Marie-Andrée et merci pour Françoise



Anniki van Damme 15/12/2010 09:10



L'approche suprême de l'instant même de la fragilité,de la Beauté.Merci Mon Totem!Splendides Articles!Une Lionne



Christian VANCAU 15/12/2010 22:43



Merci Anniki, très touché. Tu as disparu de FB???? Je t'embrasse



Julie Blanchard 13/12/2010 01:19



Merci chriatian de me faire connaître une telle écrivaine...



Christian VANCAU 15/12/2010 22:44



De rien Julie. Bises



Julie Blanchard 13/12/2010 01:16



Merci Christian de me faire connaître une telle écrivaine...



Christian VANCAU 15/12/2010 22:45



De rien Julie. Bises