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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

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Je suis sur les blogs pro-tibétains:

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VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 10:30

  Cet article est le septième que je publie sur l'oeuvre de mon amie Françoise Lefèvre.

SE PERDRE AVEC LES OMBRES (17e ouvrage de Françoise- 2004) PRIX Marcel AYMESe perdre parmi les ombres

Se perdre

Fr. Lefèvre.Se perdre avec les Ombres Prix Marcel AyméUn article du Journal " LE MONDE ", du 6 Juin 2008"

 

Ce roman, écrtit en 2003 est lié aux deux précédents, "L'Offrande" et "Alma ou la chute des feuilles" et forme avec eux une sorte de trilogie

Se perdre avec les Ombres-Le Monde-copie-1

 

 

Le Monde 27-8-2004 Fr. Lefèvre. Se perdre avec les Ombres

 

"Parfois vous avez découvert certains lieux qui soudain, paraissent très solitaires. Vous vous êtes assis à cette table d'auberge dans la campagne. Vous vous êtes arrêtés au creux d'un vallon quelconque. Inutile d'aller jusqu'au fond des bois. La maison, la simple maison, par moments se révèle déserte. Il suffit qu'une amitié soit devenue lointaine, qu'un silence ait pesé et que le soleil brille avec tant de beauté que les fenêtres semblent perdues au fond des âges. De cette solitude, le lieu et l'heure étaient des témoins si purs que nous ne pouvons les oublier"

 

André DHÔTEL

Ce n'était qu'une histoire

(France Observateur, 13 avril 1954)

"La Route inconnue"

Dhotel E041020

 

 

D'OMBRE ET D'OUBLI

 

ILSUFFIT QU'UNE AMITIE SOIT DEVENUE LOINTAINE

 

L'aube aimante 

 

A l'origine de ma vie, au commencement de mon amour, il y avait l'aube. Claire, bienfaisante, aimante comme la main d'une revenante qui vous  protège et vous suit.

 

Ce n'était pas l'aube que je connais aujourd'hui, dans le chagrin d'un amour perdu. Aube de toute les agonies. Aube des charniers et des oiseaux morts

 

Non ce n'est pas l'aube des bourreaux. Des exécutions. De la guillotine. De la torture. Des lapidations. Des mutilations

 

L'aube des cendres

 

Ce n'était pas l'aube des trahisons, des mensonges. Du reniement.

 

L'atroce reniement 

 

On ne devrait jamais pouvoir déchiffrer le mensonge dans un regard, à l'instant même ou ce regard adoré, si beau, si pur est en train de vous trahir. Avoir eu accès à cette connaissance est la pire des douleurs.

 

Je veux retrouver l'aube que j'ai connue, jadis.

Comme une patrie. Sans nom. Sans frontière.

Entre ciel et terre.

 

Aube de toutes les résurrections.

 

Si Dieu avait un visage, ce serait l'aube

 

J'ai encore la force de murmurer à je ne sais quel ange venu dans l'aube:

 

"Accompagne-moi

Ne me lâche pas

Aide-moi à tenir debout"

 

L'aube appartient aux amants.

A l'enfant consolé, soupirant de bien-être dans des bras retrouvés.

L'aube appartient à l'émerveillement de vivre.

Au tremblement du bonheur.

Au premier cri d'oiseau.

Aux chants de la terre.

A la joie retrouvée.

 

Aube que je préfère à l'aurore qui vient juste après.

 

Aube qu'on appelle aussi crépuscule du matin.

 

Oh, comme la fenêtre semble perdue au fond des âges...L'ouvrir.

 

Chaque matin, il faudrait renaître. Déchirer les ténèbres. Traverser les limbes. Trouver la force de se remettre soi-même au monde.

 

Je regarde monter cette clarté qui dissipe la nuit. Derniers cris des chouettes effraies. D'ici quelques secondes, l'aube aura envahi la moitié du monde. Je suis comblée par cette promesse de vie. Pourtant ma poitrine n'arrive plus à contenir ce que j'ai perdu et qui déborde en un chagrin irrépressible. A cette désolation, j'ai laissé prendre toute la place. C'est maintenant une béance, un abîme.Chouette Effraie

 

Je vais dans la vie avec cette tristesse qui me fait honte à cause des bonheurs que j'ai connus et que je suis incapable de revivre. Je n'arrive pas à mettre un nom sur les raisons de ce déchirement. Je ne peux pas ou je n'ose pas.

 

Parfois, cette souffrance me semble antérieure à ma vie

 

Il est probable qu'en amour la duplicité d'un être qu'on a aimé, ses serments, son habileté à vous ficeler dans ses  mensonges pour mieux disposer de votre confiance et de votre vie, les trahisons dont il fut capable et pour finir son reniement, affaiblissent considérablement celle ou celui qui reste à terre. La conscience de s'être leurré si  atrocement fait de vous un autre être, comme déportée dans des terres désolées. Chaque matin, on s'éveille dans une cité en ruine. On erre dans les décombres d'un cataclysme. On a la mémoire gelée. Pourtant, vous frôle par instants le souvenir d'un bonheur perdu, celui d'avoir habité un royaume, aujourd'hui rayé du monde, où l'on a connu  l'émerveillement de vivre

 

 

Est-il possible que la maison, la simple maison, elle aussi, se révèle déserte ?

 

Qui se tient derrière ces fenêtres perdues au fond des âges ? Courant de l'une à l'autre. Qui guette? Qui espère un retour qui n'aura pas lieu? C'est moi, j'en ai bien peur. C'est une part de mon être qui s'exerce à retourner en poussière. Vermeer Femme lisant une lettre devant une fenêtre ouverteFemme lisant à sa fenêtre. Vermeer

 

Dans cette vie, je me serai tenue derrière les fenêtres. J'aurai beaucoup attendu. Espéré. Supporté. Avec la patience de l'eau usant la pierre. Patience du granit poli par des siècles d'attente. J'ai toujours été dans l'érosion, façonnée par ce lent travail qui a fait de moi une montagne de résistance.

Déjà dans mon enfance, je pressentais qu'attendre ainsi derrière les fenêtres, attendre un improbable retour, me  conduirait à ma perte. Au bûcher.

C'est pourtant ainsi que j'ai vécu.

Me consumant.

 

"...le soleil brille soudain avec tant de beauté que les fenêtres semblent perdues au fond des âges".chateau-loire-prefere 351771

 

Comment la lecture d'une phrase si simple peut-elle me conforter et m'aider sur le très aride chemin, qu'est l'écriture d'un livre. Une source. Voilà ce que sont les mots de cet auteur. Au pied d'un arbre, une brusque sérénité. Un repos qu'on n'espérait plus. Loin, très loin de l'aspect "commercial"qu'il faudrait s'efforcer de donner à un livre. Pour ferrer quels lecteurs? Idée à laquelle on ne veut plus penser. Dépouille qu'on regarde se balancer au loin comme un gibet à sa potence. On reprend sa route.

Seule compte la phrase qui nous a donné cette joie et nous remet au monde. Sur notre front comme un baiser, elle pose un peu de la clarté du jour.

 

"...le soleil brille soudain avec tant de beauté que les fenêtres semblent perdues au fond des âges."

 

A lire ces mots je ressens une protection absolue. Un accompagnement sans failles. Un baiser de l'au-delà. Un bras invisible entoure mes épaules. On m'enveloppe dans une cape enchantée dont les pans permettent de cacher mes larmes, d'essuyer mes yeux. Car, à me dire et redire, le fin de cette phrase me fait pleurer : 

 

...les fenêtres semblent perdues au fond des âges...

 

Elle porte en elle, le germe d'un amour simple et déjà perdu. Elle porte en elle, l'horreur et la douleur du perdu, en même temps que le souffle d'une éternité incompréhensible. inabordable. Si peu immédiate. Et pourtant coutumière. Presque palpable. maintes fois frôlée. 

A celui qui l'a écrite, je demande secours. Je demande asile. Car depuis toujours, je me sens, moi aussi, perdue au  fond des âges. De mes poings, je tambourine aux portes du palais que je crois reconnaître. Personne ne répond. Je me trompe sans doute.

 

N'est-ce pas à cause de cet égarement, fait d'ombre et d'oubli, que j'écris? 

 

Pour retrouver mon chemin.

 

Simplement, un chemin...

 

 

"Le langage est la seule résurrection pour ce qui a disparu."

Pascal QUIGNARD

Sur le jadis-Le dernier Royaume II

(Grasset, 2002)

 

JOYEUX ANNIVERSAIRE 

 

Le 22 novembre 2002, j'ai eu soixante ans. Le besoin de disparaître a été plus fort que tout. Je voulais être seule, me soustraire aux êtres que j'aime. Non pour leur faire subir je ne sais quels reproches muets, mais la lassitude de vivre, la volonté de me détacher avait tout envahi.

Il faisait nuit. Il pleuvait. Je décidai de quitter la maison et de m'arrêter dans le premier hôtel venu. C'était triste. Désolant. Aussi désolant que lorsque je m'enlise dans les marécages de mes cauchemars. No man's lands glacés, où l'on erre comme une âme inconsolée.

 

Une âme qui n'arrive pas à s'arracher.

 

Au volant de ma voiture, en m'éloignant de la maison, j'aurais voulu tout effacer de ma mémoire. Surtout l'amour et le sentiment maternel. Tout ce qui a gouverné ma vie. Autrement dit ce qui a raflé mon temps. Merveilleux amour dévorant. Oublier ausssi les livres que j'ai écrits. Oublier les jours, les semaines, les années, à aimer, à écrire, à veiller comme la sentinelle que je n'ai cessé d'être. Je n'arrivais plus à dissocier le chagrin de la joie. Soudainement il m'apparut que mes joies avaient été fondées sur des leurres, des mensonges, des chimères. J'ai peut-être été seule à croire aux forces de l'amour. ces forces qui me quittent aujourd'hui, je dois apprendre à m'en servir autrement. Je dois apprendre à aimer autrement. Parfois, les minutes heureuses m'auront demandé beaucoup de peine.

 

C'est curieux d'écrire que la joie peut coûter des efforts inouïs. Comme s'il fallait aussi du courage pour être heureux, plus exactement pour paraître heureux, à certains moments de sa vie.

 

Je ne comprenais rien à cette vie finissante. Pauvre. Si pâle finalement. Pathétique, bien souvent. En y songeant, je me sentais comme une algue au fil de l'eau. Emportée par un courant que je savais ne plus avoir la force de remonter

 

Je hais les célébrations. Elles finissent toujours par ressembler à des cérémonies mortuaires. Ni cadeaux, ni compliments. Ni couplets. Rien. C'est dans la vie de chaque jour qu'il faut se montrer inventif, spirituel. C'est dans la vie de chaque jour qu'il faut réfléchir à la mort qui peut surprendre chacun d'entre nous. C'est aujourd'hui et maintenant qu'il faut la combattre et lui barrer les passage. Réinventer la joie. Rire et aimer. Malgré tout.

 

Pour l'heure qu'on me laisse partir, respirer en dehors de cette vie, dite de famille, si lourde parfois. Dévorante. Tuante. Si injuste pour celle qui lui aura consacré sa vie. Tant de fois, j'ai dit: Adieu voyages et volupté. Insouciance et  liberté. Adieu.

 

La veille de cet anniversaire, on m'a arraché quatre dents. Ne dit-on pas : Un enfant, une dent en moins"? J'ai quatre enfants 

 

Le jour de mes soixante ans, j'ai coupé mes cheveux. Pour les dents personne n'a rien vu. Personne ne peut rien voir. Ce sont des dents du fond. Et je ne ris plus beaucoup. Comment dit-on, déjà? A gorge déployée. Je ne ris plus à gorge déployée. Pour les cheveux, certains m'ont dit que c'était beaucoup mieux ainsi, que cela me rajeunissait, que c'était conseillé de se couper les cheveux à partir d'un certain âge. Etc...etc.

 

Au fond les gens adorent la castration .


 

Je m'arrête devant un petit hôtel dont l'enseigne au néon bleu scintille dans la nuit de mon anniversaire. J'y lis le nom d'un écrivain romantique, tracé en lettres couchées, avec des pleins et des déliés comme sur ces cahiers d'écoliers autrefois. On dirait une signature. La sienne peut-être? Je me dis que je serai sous de bons auspicesJouffroy Chopn4Hélas, malgré son nom de  poète et une façade pleine de charme, l'établissement se révèle peu avenant. La patronne au faciès de bouledogue aboie, plutôt qu'elle ne parle. Elle me dit que l'hôtel est en réparation. Elle consent à me louer une chambre, m'avertissant que malgré le froid de cette fin de novembre, il n'y a pas de chauffage et pas d'eau chaude. Elle ajoute que c'est à prendre ou à laisser. Il est tard je n'ai pas le courage de chercher

 

Dans l'hôtel si charmant de l'extérieur, des  cloisons défoncées, du placo-plâtre entassé. Des fils électriques, traînant à terre, serpentent jusque dans l'escalier. Dans la chambre glaciale et humide, subsiste une odeur de mégot. A la fenêtre, les doubles rideaux à grosses fleurs orange et marron, dans une matière qui ressemble à celle des alèses, sont décrochés et ne ferment pas. Impossible de se soustraire à la lumière des réverbères et aux passants. Le couvre-lit maculé de taches sent le tabac froid. Les draps qui n'ont pas été changés puent la sueur. Il n'y a pas de lampe de chevet. Juste une ampoule nue au bout d'un fil sortant du plafond. C'est le seul éclairage permettant de voir un peu ce qu'il y a dans le cagibi qui tient lieu de salle de bains...

 

Je pose la bougie sur la tablette de la salle de bains. Dans le miroir sombre au-dessus du lavabo, quelqu'un me fixe que je ne reconnais pas. C'est moi.

 

C'est face à ce miroir que j'ai décidé de sacrifier ma chevelure, qui gît maintenant au fond du lavabo.

 

Dans cette chambre où je me suis retirée, je suis prête à replier mes ailes. Comme si c'était l'heure. L'heure de quoi? J'accomplis un travail de deuil que je ne comprends pas.

 

Mais avant qu'on me laisse vivre dans des souvenirs flottants et lumineux. J'entre dans le clair-obscur d'une vanité cent fois contemplée. Je m'y consume avec la flamme d'une chandelle. J'entre, je retourne, je demeure dans cette peinture adorée, La Laitière.

laitiere-copie-1C'est un peu comme si je retrouvais ma place dans le clair-obscur de cette cuisine où fermente la vraie vie. J'ai les pensées de la Laitière, tandis qu'elle se concentre en versant son breuvage. Il y a dans ce geste une abondance, si nue, si simple qu'il me fait battre le coeur plus fort. Trêve absolue de la barbarie  Françoise à 30 ans 

Françoise Lefèvre à 30 ans

 

Chaque fois que j'ai préparé un repas, la Laitière le faisait à ma place

 

J'aime ses manches retroussées, la force de ses avant-bras. Elle pourrait arracher du sol n'importe quelle bûche, n'importe quelle bassinne pleine a ras bord. N'importe quel mioche hurlant et se débattant, n'importe quel vieillard agonisant. Elle ne recule devant aucune tâche, aucun fardeau. J'aime l'odeur de pain et d'osier flottant autour de cette femme. J'aime entendre le tintement du pichet de terre heurtant la jatte quand elle verse la crème de lait, et, montant de la rue, le martèlement des sabots des chevaux, le crissement des roues de charrette. Dehors est-ce l'hiver? Y a t'il de la neige?

 

Je me baigne dans une source verte et ombragée avec la Gardeuse d'Oies, peinte  par Rembrandt. Je dors dans le lit de Van Goghvincent-van-gogh-12.jpg

Dans sa chambre pauvre et lumineuse, où regarder ses godillots ou un simple tournesol, peut rendre fou. Je venge les malheureuses héroïnes des contes d'Andersen.  Surtout la petite marchande d'allumettes. juste avant qu'elle ne meure de froid, j'arrive à vendre, je devrais dire à fourguer toutes mes allumettes aux passants indifférents sur un trottoir de neige, la nuit de Noël. Mais je suis arrivée trop tard. Sa mort hantera toute ma vie.

lapetitemarchandedallumettes

Comme la Petite Sirène, lors d'un naufrage, j'ai sauvé, moi ausssi, un homme de la noyade. Et même un peu plus. Il s'agissait de cette mort de l'âme, cette désespérance qui tue lentement. Il a dit m'aimer plus que tout au monde et qu'il mourrait, si un jour je devais m'éloigner. J'ai mis au monde les enfants qu'il souhaitait si ardemment. Moi aussi, je l'ai terriblement aimé.lapetitesirene

Le jour où j'ai découvert qu'il me trahissait, il m'a désavouée. Et c'est comme s'il ne m'avait jamais aimée. Jamais connue. C'est une terrible douleur.

Mais je ne suis plus dans la peau de la Petite Marchande d'allumettes, ni sous les écailles de la Peite Sirène, que son prince imbécile n'a su reconnaître ...

J'ai toujours su renaître de mes cendres;

 

 

VERMEIL, VOUS AVEZ DIT VERMEIL ?

 

Le 22 novembre 2002, lors de ma modeste cavale, mon premier geste fut de me rendre à la gare avec une photo d'identité. je souhaitais me faire établir une "carte vermeil". C'est le mot vermeil qui m'a inspirée. Vermeil comme la robe d'un vin précieux. Vermeil comme les lèvres après un baiser. Ce mot résonnait tels les voeux d'un conte de fées. Vermeil comme le sang de la Reine brodeuse qui vient de se piquer avec son aiguille. Assise au bord de la fenêtre enchantée, elle s'émerveille de la couleur du sang qui perle au bout de son doigt. Quand elle ouvre la fenêtre et se penche, une goutte tombe sur la neige. Elle souhaite que l'enfant qu'elle attend ait les lèvres ausi vermeilles que cette goutte de sang sur la neige

 

Pour moi à qui il suffit d'ourir une fenêtre pour croire que je voyage, la carte VermeiI , c'était la promesse d'évasions inespérées. Même si je ne devais pas quitter la chambre où j'écris. J'ai toujours su voyager dans ma tête.

 

Des réductions à moitié prix. mais prendre le train pour aller où? Aileurs en tout cas.

 

Vers l'océan toujours. Soif d'embruns et de l'odeur d'un petit port. Envie d'un repas d'huîtres et d'un vin blanc très sec au comptoir d'un bar. Envie d'avaler des tonnes d'oursins. De sucer des algues. D'avoir la peau et les cheveux poissés de sel. Envie de marcher sur le jetée dans l'odeur des cordages mouillés, d'entendre le moteur sourd et rythmé des caboteurs rentrant de la pêcheLa Jetée de Romy149012 167147159992016 112397672133632 355Envie de mordre dans le ventre des poissons crus qui glissent et scintillent sur le pont des bateaux de pêche. Envie sauvage de tout ce que je n'ai plus. Farouche envie d'être aimée dans une chambre modeste dont le lit tanguerait comme un bateau. A défaut d'amour, ivre d'oubli et de désir. Du dehors, on entendrait monter des voix fortes, disputes, chansons à boire, flonflons, cris de mouettes.

Et comme toujours dans ces moments, on serait seul au monde.Bretagnemore than a vision-copie-1

 

En écrivant ces pages, je me souviens de ma petite Hermine, mon dernier enfant. Quand elle avait 5 ans et que nous nous trouvions dans un cimetière, elle allait toujours vers la tombe la plus abandonnée. Elle se penchait, essayant de regarder sous la pierre défoncée.

Elle disait: "Je veux voir si les morts rigolent "

 

MISERE DES AMOUREUSES

 

"Se taire, aimer, écrire, c'est un perpétuel triomphe en toute chose de l'adieu"

Pascal QUIGNARD

Vie secrète

(Gallimard 1998)

 

"Je reconnais que j'ai trop aimé. Donc, j'ai mal aimé. J'ai été une sentinelle de l'amour. Quelqu'un qui essaie de ne pas faillir, de ne pas trahir, de tenir parole. De tenir debout. Quelqu'un sur qui l'on peut compter à toute heure du jour et de la nuit.

Une sentinelle dont on oublie la rélève.

 

Tandis que j'écris cette dernière phrase, une présence légère vole autour de moi. Insidieusement, elle murmure que je n'irai plus aux bois, que les lauriers sont coupés...La belle que voilà les a tous ramassés...La belle que voilà, c'était moi, sans doute, et qui ne le savais pas. C'en furent d'autres, qui n'eurent pas ma chance, ma santé. Mon increvable résistance. Ele sont peut-être mortes aujourd'hui. Oui, pour certaines, elles le sont. Adieu, front lisse, yeux éblouis, bouche cerise, fesses rondes, seins hauts. Les lauriers sont coupés. Il me reste à ramasser le petit bois mort de la vie et à en faire un livre. J'ai toujours su allumer et entretenir un feu. Et je me sens encore la force d'écrire un livre.

 

Pourtant aujourd'hui, je ne suis plus dans le présent. je me sens comme rossée, tabassée par une armée qui aurait tout dévasté sur son passage. Tout un village où l'on aurait mis le feu aux berceaux, aus maisons, aux jardins. Les berceaux qui brûlent. Je n'entends plus le babillement des bébés. je n'entends plus couler le ruisseau. Je n'entends plus chanter les oiseaux.oradrueprincip3

 

Rescapée de ce carnage, je me terre dans les ruines de ma mémoire

 

Est-ce ainsi que toute vie s'achève?

Cette impression de n'avoir pas eu le temps.

Plaquée à un mur d'exécution

 

Tout à coup je me demande si ce métier ne m'aurait pas convenu: Marchande de sable. Il suffit de ramasser du sable et d'en remplir de grands sacs. C'est après que c'est difficile. Lourd à transporter. Alors pour s'alléger, il faut en  répandre une poignée sur les yeux de chaque lecteur afin qu'il s'endorme sur une phrase. Qu'il n'aille pas trop vite. Que j'aie le temps de continuer. Le temps d'écrire d'autres pages

 

Mais le livre le plus lumineux, ne serait-ce pas celui dont on laisse les mots défiler sous nos paupières et qu'on n'écrira jamais?

 

Quelqu'un de malheureux m'écrit cette phrase de Nietzsche "Tout ce qui ne nous tue pas nous fait avancer

 

Je continue d'avancer dans ce troisième âge, comme dans une cour de récréation où se trouverait un mur d'éxécution. La mort peut vous surprendre n'importe où. N'importe quand. On est dos au mur.

 J e ne sais pas ce que j'attends.

Par pudeur, par lâcheté, je dirais que je n'attends RIEN.

 

 

LES MOTS

COMME UN PEU D'OR

AU FOND D'UNE CHAMBRE

 

"Seul le mélancolique porte avec lui la joie arbitraire et foudroyante"

Pascal QUIGNARD

Sur le Jadis

Le dernier Royaume II

(Grasset 2002)

215632 156434461086551 100001599936038 335761 5475338 nPhoto de Christian Vancau

 

Le premier mot que j'ai entendu le jour de mon anniversaire, c'est aub e. En ouvrant le dictionnaire, j'ai su que l'aube précède de peu l'aurore. De l'aube, on dit aussi, crépuscule du matin. Et le mot crépuscule associé au mot matin m'a comblée de joie. Un court instant, j'ai été plongée dans le ravissement d'une aube pareille à celle de mon enfance, que je connaissais parfois

On se réveille et c'est tous les chants de la terre qu'on entend et qui vous appellent. On croit qu'on est aimé du ciel. De la nature, du vent. Des arbres. Des bêtes. Des herbes. On est baigné d'ocre et de rose. Rien de malheureux ne peur arriver. Cela suffit à faire durer l'enchantement.

 

Dans cette chambre, je me suis souvenue de mes accouchements. J'y allais toujours le coeur vaillant. Pleine de courage. La première fois je chantais. La première fois j'avais vingt ans. J'avais entendu dire que la mère d'Henri IV avait chanté avant de mettre son fils au monde.

 

A l'époque de cette première naissance, j'avais choisi de partager la vie d'un artiste peintre totalement démuni que je prenais pour Van Gogh. Nous n'avions rien que notre peau et notre santé. J'étais ce qu'on appelle aujourd'hui S.D.F. Longtemps, je n'ai pas eu de sécurité soiale. Je n'avais consulté qu'une seule fois durant cette grossesse. A l'époque , et c'est comme si je parlais du Moyen-Age, il y avait l'opprobre sur celles qu'on appelait les filles-mères. Il m'était arrivé de me faire jeter dehors par des médecins moralistes, plus tard ce sera par des directrices d'école primaire. En ce temps-là, il n'y avait aucune aide. Rien. Si j'avais eu la tentation de frapper à certaines portes, je savais que, dans ma situation, on me retirerait l'enfant. Contre l'ennemi, j'avais développé une incroyable résistance et la société entière était mon ennemie. J'étais inusable. Jamais faim, Jamais froid. Jamais mal. Jamais une plainte

Sur les routes, il y avait des racines bonnes à manger, des épis de maïs durcis par le gel. il y avait surtout cet enfant à protéger. Et je crois que les joies de la amternité, ce qu'on appelle ainsi, je les ai connues dans un tel dénuement que la moindre babiole qu'on pouvait m'offrir, la moindre orange, c'était comme les offrandes d'un roi mage. Elles me plongeaient la tête dans le ciel.

Dans cette chambre, j'ai beaucoup pensé à la trahison. Je l'ai toujours trouvée sur ma route. J'ai toujours eu affaire à des êtres qui finissent par trahir. Le pis, c'est leur regard dans ces moments-là. On sait qu'ils vont vous mentir. Vous trahir. On en a les preuves. leur regard dit le contraire. On ne pourra plus les aimer. On ne pourra plus les respecter.

 

Au soir de ma cavale, je me suis rendue dans le dernier restaurant ouvert. Une pizzeria. Il y avait là un Chinois qui lisait et annotait une partition de musique. On était tout près du théâtre. J'ai imaginé, je ne sais pourquoi, qu'il était chef d'orchestre...

En retournant dans ma chambre d'hôtel, je savais qu'au matin, lorsque je l'aurais quittée, j'en ressortirai profondément changée.Il y a des êtres qui se retirent dans des monastères, d'autres larguent les amarres. C'est toujours dans une chambre sordide et anonyme où je m'oblige à séjourner, que je suis arrivée à comprendre les raisons d'un chagrin. C'est toujours dans un tel lieu que je subis une métamorphose et que je peux repartir. De moins en moins légère. Mais je repars vers ce qu'on appelle la vie.

IL ya quelques chambres de la sorte dans ma mémoire. Elles restent des lieux de salut. Je m'y suis rendue pour m'y enfermer, comme on irait de sa propre volonté en prison. Elles furent des lieux initiatiques. Mon chagrin y était si concentré que j'avais une boule de feu dans le ventre.

La première de ces chambres se trouvait à Paris, dans le quartier de la Bastille. Pour moi, la vie était impitoyable. On venait de me séparer de mes enfants, pour le simple délit que je ne pouvais plus les nourrir. On les avait emmenés loin. Jusqu'à ce que j'aie un travail correctement rémunéré, avait-on ajouté. J'étais folle de douleur. Quelqu'un que je connaissais à peine m'a dit : "J'ai une chambre affreuse à la Bastille; Sans eau, sans éléectricité. Mais si ça peur vous dépanner..."

C'est dans cette chambre que je me suis mise à écrire pour la première fois. C'est ici que j'ai commencé mon premier livre. Au fond c'est  toujours de cette chambre que j'écris. Elle est comme une caverne dans ma mémoire. Un lieu de douleur et de recueillement où je retourne souvent par la pensée. D'une certaine façon, j'y suis encore. J'y serai toujours. Les lieux où l'on a laissé une part de son âme et subi une métamorphose, on y séjourne jusqu'à la mort.

 

Avant de quitter la maison, dans un mouvement panique, j'avais emporté Vie secrète de Pascal Quignard. J'aime l'aspect fragmenté du texte.  Je sens qu'il va m'apprivoiser à la lecture. J'ouvre le livre au hasard. J'espère y trouver une réponse. Un bonheur, une consolation. Un écho. Et je lis:

 

"L'amour est un don sans pitié parce que rien ne console  de sa perte. L'amour est lié au perdu: c'est pourquoi toute perte le vérifie

C'est la plus intense des douleurs.."

 

Le miracle a lieu. Je trouve une réponse à mon chagrin. Mais surtout je trouve un écho. Voilà ce qu'est un livre. Quelqu'un vous parle qui ne saura jamais à quel point on est soi-même conforté par l'élan qui lui a inspiré la splendeur de cette phrase

 

AU BORD DES FENÊTRES

 

         "Quand les amoureux quittent

leurs corps nocturnes, l'un se pose

                      sur une branche au loin,

            l'autre s'accoude à la fenêtre.

       L'amour c'est âme, contre âme"

 

Pascal QUIGNARD

Vie secrète

(Gallimard, 1998)

 

J'ai toujours aimé les fenêtres.

 

Je me serai souvent tenue derrière les fenêtres.

La plupart du temps, c'était pour guetter le retour

de quelqu'un que j'aimais

 

J'aurai attendu jusqu'à la nausée. Jusqu'à  la disssolution de tout mon être. Un état où l'on n'a plus ni âme, ni corps. Une sensation de flottement, presque de lévitation. Et pourtant le chagrin est là, atroce, mordant. A cause de cette attitude de dépendance, qui est d'attendre et qui n'a appremment rien à voir avec une action? C'en est une cependant. Terrible. On y fait l'expérience d'un arrêt du temps. D'un arrêt du coeur. D'une certaine mort. Le coeur est en attente, ses battements suspendus. Tout en soi est ralenti. C'est une expérience de l'extrême que d'attendre et d'espérer un improbable retour.

 

Gorgée d'amour et de sperme, elle court ouvrir la fenêtre sur la prairie. Joie sans nom de l'amour partagé. Rien ne la tue. Rien ne creuse sous elle une trappe sans fond.

 

Si c'est l'hiver, la neige illumine le silence

Et ce silence étourdit même les oiseaux.

 

Si c'est la nuit, elle dérive avec de grandes constellations. Si c'est encore la nuit, elle pense que le cri des oiseaux nocturnes est un chant d'amour.

 

Dès la naissance du jour, elle est à la fénêtre, elle reconnait le poids de ce bonheur quand il vient la rejoindre et se presse contre ses reins. Elle a tout. Cet homme. Un enfant. La neige. Le sielnce. La nuit. Et aujourd'hui le printemps. Encore un printemps. Pas de guerre. Pas de trahison? Pas de drame, pas de larmes

 

Soudain elle est dans le ravisement de l'amour

Dans la confiance éperdue.

 

Elle est dans le vol merveilleux des libellules. Sur leurs ailes éphémères qui ne se heurtent plus au temps.

 Libellules en vol070429 0025

 

Elle est dans le pollen des mimosas

Elle est dans la source.

Elle est dans l'amour absolu.

 

 

Plus je vais, plus je sais que l'amour, toutes les amours sont vouées à la séparation. L'arrachement. Dès l'enfance j'ai su que les mots de la consolation si justes, si doux à entendre, n'étaient employés que pour tenter d'anesthésier une plaie vive qui ne guérirait jamais. Les mots de la consolation, je l'ai toujours pressenti, n'avaient d'autre but que d'endormir ma vigilance. J'ai toujours su que l'amour était voué au perdu. Le plus douloureux, c'est d'assister à sa métamorphose, et quand tout est fini de le voir réduit à rien. Un vague sentiment d'affection. Le plus douloureux c'est d'entendre le déni de la bouche même de l'être responsble de sa faillite, artisan de son pourrissement. Alors le souvenir de cet amour en devient encore plus désespérant. Pour échapper à cette souffrance, on obstrue sa mémoire. Peut-être que rien n'a existé, qu'on a tout inventé. On se persuade que cet amour, en effet, c'était rien,  pas grand-chose, puisqu'il n'a pas résisté. Dans le charnier de nos souvenirs, il apparaît soudain d'une écoeurante fadeur. On se demande comment on a pu y tomber vif et s'y débattre corps et âme. Et tant lutter pour qu'il dure. C'est tout ce qu'on a trouvé pour tempérer cet immense chagrin. Rien que le souvenir de notre foi nous donne la nausée. C'est surtout cette foi en l'amour qui est à jamais anéantie. On finit par trouver plus de réconfort et de fraternité dans les derniers rayons du soleil réchauffant la pierre où l'on est assis. Probablement que cette façon de vivre, de ressentir, n'était pas la bonne. Elle aura donné une usante intensité à chaque heure de ma vie

 

 

 

UNE PARENTHESE ALLEMANDE

 

Avant de terminer ce livre, il me faut lever le voile sur ce qui est encore un secret de famille. Je le fais aussi pour mes enfants et petits enfants.

Longtemps on a tenu secrètes mes origines. C'est à cause d'une indiscrétion que j'ai appris que mon père n'était pas mon père. J'avais douze ans.

Alors que j'avais quinze ans, ma mère souhaita me parler. Elle me dit qu'elle avait appris qu'on m'avait mise au courant pour mon père. Je sentais son embarras et combien il lui était difficile d'aborder ce sujet. J'avais le coeur serré our elle. Elle me tendit une carte de visite sur laquelle était gravé un nom étranger qui me sembla rempli de mystère: 

 

                                                              ... JOACHIM VON TRESCKOW...

 

C'est le nom de mon père, me dit-elle. Elle ajouta qu'il était allemand, marié et père de famille.

J'ai cherché à en savoir d'avantage. J'ai suivi des pistes. Mais il n'yavait que du silence. Une chape de silence

 

Durant mon adolescence et bien après, je me suis souvent demandé qui était mon père. Puisqu'il était allemand et que je suis née pendant la guerre, était-ce un Nazi? Etais-je le fille d'un Nazi? Maintes fois je me suis posé la question. Que faisait cet homme pendant la guerre? Ou ma mère l'avait-elle rencontré? Je ne lui en voulais pas de son silence. Je sentais une telle souffrance, une telle humiliation derrière ces non-dits. Je savais comment, durant l'épuration, on avait traité les femmes françaises ayant eu une liaison avec un Allemand. J'avais entendu ce qu'on disait d'elles et de leur bâtard de boche. Puis ma mère mourut avec son secret.

 

(Note de Christian Vancau: Joachim von Tresckow, père de Françoise Lefèvre était attaché au 18e Armeekorps de la Luftwaffe, Feld Division en tant que Generalleutnant, de décembre 1942 à octobre 1944 et a occupé la Belgique en septembre et octobre  1944. IL était le cousin du Général Henning von Tresckow, auteur de plusieurs attentats contre Hitler. Il serait décédé en 1985..)

Fin de années 80, Françoise a été mise en contact avec une demi-soeur qui avait émigré à Stockolm :

"Elle était mon aînée  de cinq ans. Dans ses lettres elle m'appelait "Ma chère soeur française. Elle m'envoya de nombreuses photos qu'elle fit reproduire. Je découvris enfin les visages des membres de cette famille dont j'étais issue. je ne me trouvais de ressemblance frappante, ni avec ma soeur, ni avec mon père. Le bleu des yeux peut-être. Sur ces photos, les grands-parents étaient extrêmement impressionnants dans leur maintien. Tous sanglés dans un uniforme militaire. Le col rigide remonté jusqu'au menton. A cheval. Se tenant extrêmement droits. Une allure noble et fière. J'appris que les von Tresckow était une très ancienne famille de l'aristocaratie prussienne. Originaire de Poméranie.ancetresprussiens

ancetresprussien Arrière grand-pèreEn regardant les photos de mes aïeux, je constate que je ressemble surtout à mon grand-père et à mon arrière-grand-père. C'est frappant. Je sais maintenant d'où je tiens mon front qui est très grand, la couleur de mes yeux. Et même le regard. Je retrouve ces caractères chez certains de mes enfants. De mon père, je ne saurai plus rien. Pas même pourquoi il fut fait prisonnier à Paris entre 1945 et 1947.....Cependant, je dois avouer que mon père, dont je sais toujours peu de choses, m'importe moins que l'homme dont je vais parler dans les pages qui suivent et qui était son cousin

 

Je percevais une part d'ombre dans cette famille. Des faits qu'on n'avait pas envie de révéler. A demi-mot , je compris qu'il y avait eu des morts violentes. Des tortures. Des hommes contraints au suicide. Des tragédies. C'était lourd comme un secret d'Etat. Sous le voile, une tragédie.

 

 

Le Général HENNING von TRESCKOWhvT118031

 

Au fil des ans je découvre la résistance allemande contre Hitler. J 'apprends que le général Henning von Tresckow, cousin de mon père, fut un des plus grands esprits de la résistance allemande, un des hommes les plus actifs de l'opposition contre HitlerHvT

En compagnie de quelques officiers dissidents au coeur du système nazi, il prépare et exécute un grand nombre d'attentats, qui malheureusement échoueront ou seront déjoués au dernier moment. Je pense à celui de mars 1943. Henning von Tresckow, chef d'état-major de l'armée du centre et de l'est, invite Hitler à de nombreuses reprises à inspecter ses troupes. Ce dernier accepte chaque fois mais comme à son habitude se décommande au dernier moment. Le jour où il se rend enfin à Smolensk, sur le front russe, c'est avec d'infinies précautions. Cependant, von Tresckow réussit à introduire dans l'avion qui ramène Hitler en Prusse Orientale, une bombe dissimulée dans une bouteille de cognac. Hélas, malgré bien des essais concluants pralables, le système de mise à feu, cette fois-ci ne fonctionnera pas

Mais l'attentat que l'histoire retiendra est celui du 20 juillet 1944, que prépara le général von Tresckow et qu'exécuta le colonel von Stauffenberg, pour lequel j'ai une immense admiration. S'il avait réussi, ce complot aurait changé la face de l'Histoire

Le but de l'attentat était de donner lieu au déclenchement de  l'opération Walkyrie, destiné à renverser le pouvoir à Berlin, seule alternative politique pour obtenir l'arrêt de la guerre, la fin de la "course à  l'abîme". C'est von Treskow, le complice le plus proche de Stauffenberg, qui a dessiné cette logique.

Les conspirateurs ne voulaient exécuter l'attentat contre Hitler, qui devait avoir lieu à une conférence sur la situation militaire au quartier général de la Wolfsschanze, que s'il permettait de supprimer en même temps Himmler et  Goering 

Le 29 juillet 1944 à 12h50, la bombe explose dans le quartier général du Führer en Prusse Orientale. Il y a des morts et des blessés. Hitler aurait dû mourir, mais il s'en tire avec quelques égratignures. Malgré tout, entouré d'une poignée d'officiers insurgés, Claus vion Stauffenberg, qui vient d'exécuter l'attentat, lance l'opération Walkyrie destinée à renverser le pouvoir à Berlin...

L'admirable, le magnifique Claus von Stauffenberg, qui tenta l'impossible pour activer la plan Walkyrie, fut exécuté le soir même où il commit l'attentat. Avec d'autres conjurés, il fut fusillé dans la cour de la Blenderstrasse à Berlin

 

 

TOMBEAU de HENNING VON TRESCKOW (1901-1944)

 

 

Les dernières paroles de Henning von Tresckow avant qu'il ne se suicide furent recueillies par son ami Fabian Schlabrendorff.

 

" Désormais le monde entier va se jeter sur nous et nous traîner dans la boue. Mais après comme avant, je reste convaincu dur comme fer que nous avons eu raison d'agir ainsi. Je tiens Hitler non seulement pour l'ennemi mortel de l'Allemagne, mais pour l'ennemi juré du monde entier. Quand, dans quelques heures, je comparaîtrai devant le tribunal de Dieu pour rendre compte de mes actes, je crois que, la conscience tranquille, je pourrai défendre ce que j'ai fait dans le combat contre Hitler. Si Dieu promit autrefois à Abraham qu'il ne détruirait pas Sodome s'il s'y trouvait seulement dix justes, j'espère que, grâce à notre action, Dieu ne détruira pas l'Allemagne. Aucun d'entre nous n'aura le droit de se plaindre de la mort qui l'attend. Celui qui est entré dans notre Cercle a revêtu la tunique de Nessus. La valeur morale d'un homme n'existe que s'il est prêt à mourir pour ses convictions."

 

Le 21 juillet au matin, le général von Tresckow, qui a vu s'écrouler en une nuit l'oeuvre à laquelle il s'est  voué corps et âme, se rend vers le poste de commandement de la 8e divison des chasseurs. Il s'avance vers le No man's land, au milieu des lignes ennemies. Afin de préserver sa famille des représailles, il veut faire croire qu'il est tombé dans une embuscade. Il tire quelques coups de feu pour simuler une attaque de partisans russes dont la région est infestée. Puis il saisit une grenade, la dégoupille et l'appuie contre sa poitrine. Il est en partie décapité, le visage araché

On croit d'abord qu'il est réellement tombé dans une embuscade et Fabian von Schlabrendorff, son ami de toujours, est chargé de ramener son corps en Allemagne. Mais la paticipation  de Henning von Tresckow au complot est rapidement établie

 

Hitler fera exhumer son corps du cimetère brandebourgeois où il reposait auprès de ses parents et le ramènera à Berlin où on l'exhibera sous les yeux de ses anciens collaborateurs, ses amis, qui, jusque là, avaient refusé d'avouer quoique ce fût, afin de les impressionner par un spectacle ausi effroyable qu'inattendu

Puis toujours sur ordre de la "commission spéciale du 20 juillet", son cadavre sera incinéré et ses cendres répandues dans une décharge

 

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En découvrant le visage de Henning von Tresckow, je dois me renfre à l'évidence. Je lui ressemble bien davantage qu'à mon père. Au fil de mes lectures, j'apprends qu'il écrivait. A ma connaissance  c'est le seul membre de ma famille qui écrivait...

 

Le destin magnifique et tragique de Henning von Tresckow me hante et me bouleverse. Ce sang, coule aussi dans mes veines. Je comprends mieux pourquoi je me suis toujours sentie dans la résistance. Comme si j'étais "programmée" pour résister à tout. Presque tout. S'éclaire aussi d'un jour particulier le mot sentinelle, que j'emploie souvent dans mes livres. maintes fois je me suis demandé pourquoi il y avait dans mes textes, des chemins de rondes, des oubliettes, des monstres, des enfants à sauver. Un repos impossible à trouver. Pourquoi j'avançais avec une épée, une insoupçonnable armure, infatigable, toujours prête à terrasser mon adversaire. Pourquoi je me suis toujours comportée comme une sentinelle qui a mission de veiller sur ceux qui n'ont pas les moyens de se défendre.

 

Il m'apparaît que jai eu trois noms. Les premiers dix-huit mois de mon existence, jai porté le nom de ma mère: Jourde. Puis j'ai été reconnue par mon père adoptif dont je porte le nom, c'est celui dont je signe mes livres. Enfin, je ne porterai jamais le nom de von Tresckow, mais il est inscrit dans mes gènes. Il me permet de comprendre mon goût pour la résistance, qui a mené toute ma vie. Ma haine pour le mensonge et la trahison. Mon besoin d'ombre et de clandestinité

 

 

LA TUNIQUE DE NESSUS

( Note de christian vancau:    C'est Ovide qui relate les faits suivants. Le Centaure Nessus propose à Héraclès d'aider son épouse Déjanire à traverser un fleuve tumultueux. Mais arrivé de l'autre côté du fleuve, Nessus veut violer Déjanire. Héraclès alors bande son arc et envoie vers Nessus une flèche empoisonnée du venin de l'Hydre de Lerne. Nessus blessé à mort donne sa tunique transpercée à Déjanire pour qu'elle retrouve la confiance de son mari et celle-ci la donnera à son tour à Héraclès, amoureux de Iole, sa rivale, afin qu'il lui reste fidèle. Héraclès est brûlé par cette tunique qu'il enfile, veut l'enlever mais s'arrache la peau en même temps et fou de douleur dresse un bûcher sur le Mont Oeta et s'y incinère. Déjanire comprenant son erreur, se suicide.

L'expression Tunique de Nessus est devenue par la suite synonyme de "Cadeau empoisonné" ...)

 

Après avoir eu connaissance de ces atrocités, j'éprouve le besoin de marcher pieds nus dans un gave tumultueux qui me laverait de toute cette mémoire. J'éprouve le besoin de laver un linge symbolique. Draps, chemises, langes et linceuls. Et surtout la Tunique de Nessus. Il y a dans l'action de laver du linge une dimension sacrée.

 

Tout laver avant de reprendre force entre ciel et torrent, avant de repartir vers la poussière d'un livre.

 

On lave la poussière des routes. On lave la sueur qu'il nous a fallu transpirer pour atteindre des sommets, remonter des abîmes.

 

On lave la sueur qu'il a fallu pour écrire ces pages tout au long de la canicule, l'été 2003.

 

On lave les larmes invisibles des chagrins jamais dits. Des secrètes humiliations.

 

On lave les lâchetés, les trahisons.

 

On lave le sang des accouchées. Les linges souillés des bébés. La sueur des agonisants. Et surtout, la tunique de Nessus.

 

On lave, on rince, on s'immerge dans l'eau d'un gave bondissant. On ressent une joie sans nom. Celle de retourner dans le premier matin du monde. Draps, chemises, sous-vêtements, langes et linceuls. Toutes pièces se confondent. Il y a quelque chose de sacré, de l'ordre d'un baptême à chaque fois qu'on lave le linge qui a été porté; A chaque fois qu'a lieu ce miracle de l'eau vive et jaillissante.

 

On a des pensées qui aident à la résurrection....

 

Terminé et publié ce 27 avril 2011.

Christian Vancau.



 

 

 



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Published by Christian VANCAU - dans Françoise LEFEVRE
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