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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Christian VANCAU

5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 08:00

Leo-Ferre-peint-par-Jean-Pierre-Blanchard

 

 

De Leo FERRE à propos de son fils, l'INCAS (L'Incasse disait-il):

"Je voudrais lui apprendre certaines choses précises qui lui serviront dans la vie...

à ne pas marcher sur le voisin...jamais

à respecter la vie, même des plus petits insectes

et à faire l'amour...bien.....

 

 

Léo Albert Charles Antoine Ferré, né le 24 août 1916 à Monaco et mort le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti (Toscane), est un auteur-compositeur-interprète, pianiste et poète franco-monégasque. Ayant réalisé plus d'une quarantaine d'albums originaux couvrant une période d'activité de 46 ans, Léo Ferré est à ce jour le plus prolifique auteur-compositeur-interprète d'expression française. D'une culture musicale classique, il dirige à plusieurs reprises des orchestres symphoniques, en public ou à l'occasion d'enregistrements discographiques. Léo Ferré se revendiquait anarchiste, ce courant de pensée inspire grandement son œuvre.86f35f3e

 

Biographie

L'enfance  

 

Fils de Joseph Ferré, directeur du personnel du Casino de Monte-Carlo (Bains de Mer), et de Marie Scotto, couturière d'origine italienne, il a une sœur, Lucienne, de deux ans son aînée.

Léo Ferré s'intéresse très tôt à la musique. À l’âge de sept ans, il intègre la Chorale de la Maîtrise de la cathédrale de Monaco comme soprano. Il découvre la polyphonie au contact des œuvres de Palestrina et de Tomás Luis de Victoria. Son oncle, Albert Scotto, ancien violoniste dans l'orchestre de Monte-Carlo et Directeur du Théâtre au Casino, le fait assister aux spectacles et répétitions qui ont lieu à l'opéra de Monte-Carlo, alors haut-lieu de la vie musicale internationale. Léo Ferré y entend le chanteur basse Fédor Chaliapine, y découvre Beethoven, qui l'émeut profondément, que ce soit sous la baguette d'Arturo Toscanini (Coriolan), ou à la radio (Cinquième symphonie). Mais c'est la présence du compositeur Maurice Ravel aux répétitions de L'Enfant et les Sortilèges qui l'impressionne le plus durablement].

 

À neuf ans il entre au collège Saint-Charles de Bordighera tenu par les Frères des Écoles chrétiennes, en Italie. Il y reste en pension pendant huit longues années. Il racontera cette enfance solitaire et encagée dans une fiction autobiographique (Benoît Misère, 1970). Il y approfondit sa connaissance du solfège et joue du piston dans l'harmonie. À quatorze ans, il compose le Kyrie d'une messe à trois voix et une mélodie sur le poème Soleils couchants de Verlaine .

En cachette, il lit les auteurs considérés comme subversifs par les Frères : Voltaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé.

 

De retour à Monaco pour préparer son baccalauréat, il devient pigiste pour le journal Le Petit Niçois comme critique musical, ce qui lui permet d'approcher des chefs d'orchestre prestigieux comme Antal Dorati ou Mitropoulos. À cette époque il découvre avec enthousiasme Daphnis et Chloé et le Concerto pour la main gauche de Ravel, sous la direction de Paul Paray, ainsi que le Boléro et la Pavane pour une infante défunte, dirigés par le compositeur en personne.

 

Il passe et obtient son baccalauréat de philosophie au lycée de Monaco. Son père refuse qu’il s’inscrive au Conservatoire de musique.

Années de formation

 

En 1935, il vient à Paris pour y suivre des études de droit. Peu intéressé par les événements politiques et leurs enjeux], il peaufine son apprentissage du piano en complet autodidacte en même temps qu'il mûrit son rapport à l'écriture. Fort d’un diplôme de sciences politiques il revient à Monaco en 1939 avant d’être mobilisé l'année d'après. Il est affecté dans l'infanterie et dirige un groupe de tirailleurs algériens. Sa vocation de compositeur s’affirme après sa démobilisation.

 

En 1940, à l'occasion du mariage de sa sœur, il écrit un Ave Maria pour orgue et violoncelle, et débute la mise en musique de chansons écrites par une amie. C’est avec ce répertoire qu’il se produit pour la première fois en public le 26 février 1941, au Théâtre des Beaux-arts de Monte-Carlo, sous le nom de Forlane. Ses premiers textes personnels datent sans doute de cette année-là. À la fin d'un concert à Montpellier où se produit Charles Trenet, il lui présente trois de ses chansons, mais ce dernier lui conseille de ne pas les chanter lui-même et de se contenter d'écrire pour les autres.

 

En 1943 René Baer lui confie des textes qui deviendront plus tard des succès : La Chanson du scaphandrier, qui sera aussi chantée par Claire Leclerc, et La Chambre.

La même année, Léo Ferré épouse Odette Shunck, qu'il a rencontrée en 1940 à Castres. Le couple s'installe dans une ferme à Beausoleil, sur les hauteurs de Monaco.

 

En 1945, alors qu’il est toujours « fermier » et occasionnellement « homme à tout faire » à Radio Monte-Carlo, Léo Ferré rencontre Édith Piaf  qui l’encourage à tenter sa chance à Paris.

Ils broyaient du noir, L'opéra du ciel, Suzon, sont à ce jour les plus vieux enregistrements connus de Léo Ferré. Ils furent retrouvés par son fils, Mathieu Ferré, dans le bureau de son père. Mêlés à un amoncellement de partitions et de manuscrits, il découvre une demi-douzaine d'enregistrements sur disque en « pyral », (constitué d'une feuille d'aluminium ou de zinc recouverte d'une laque). La plupart sont totalement inutilisables et seules trois chansons purent être « récupérées ». Si la date et les circonstances des enregistrements demeurent inconnues, tout laisse à croire que c'est vers le milieu des années 1940 que Ferré les grava.

Les débuts à Paris

 

À la fin de l'été 1946 Léo Ferré s'installe dans la capitale. Il obtient un engagement de trois mois au cabaret Le Bœuf sur le toit où il s'accompagne au piano. Il se lie d'amitié avec Jean-Roger Caussimon, à qui il demande s'il peut mettre en musique son poème À la Seine. Ensemble, régulièrement ils feront plusieurs chansons particulièrement appréciées du public comme Monsieur William (1950), Le Temps du tango (1958) ou encore Comme à Ostende (1960) et Ne chantez pas la mort (1972).

En avril 1947, Ferré accepte de faire une tournée en Martinique, qui se révèle désastreuse et le conforte dans son aversion du voyage. Faute d'argent, il met six mois avant de revenir. À son retour, il commence à fréquenter le milieu des anarchistes espagnols, exilés du franquisme. Cela nourrira sa rêverie romantique de l'Espagne, dont Le bateau espagnol et Le Flamenco de Paris seront les premières manifestations.

Cette période lui est psychologiquement et financièrement difficile. Pendant sept longues années il doit se contenter d’engagements aléatoires et épisodiques dans les caves à chansons de la capitale : Les Assassins, Aux Trois Mailletz, L'Écluse, La Rose rouge, Le Trou, le Quod Libet, ou encore le Milord l'Arsouille, ces trois derniers étant successivement dirigés par son ami Francis Claude, avec lequel il coécrit plusieurs chansons, dont La Vie d'artiste (1950), en écho à sa récente séparation d'avec Odette.

Il finit par se faire une réputation, parvenant non sans peine à placer quelques titres chez les interprètes de l’époque : Renée Lebas, Édith Piaf, Henri Salvador, Yvette Giraud, Les Frères Jacques. Mais c'est avec la chanteuse Catherine Sauvage qu'il va trouver sa plus fidèle, passionnée et convaincante ambassadrice.51aPTdq-O-L. SL500

Les années Chant du Monde : 1947 - 1953 

3 mars 1947, Léo Ferré signe son premier contrat avec un éditeur musical. Une clause de son contrat avec Le Chant du Monde - maison d'édition proche du parti communiste - précise qu'il cède à cette dernière l'exclusivité totale de ses œuvres. Ferré, mis à part Le scaphandrier, n'enregistra à l'époque aucune des premières chansons « allouées » au Chant du monde], (certainement étaient-elles prévues pour d'autres interprètes).

 

En 1950, Léo Ferré rencontre Madeleine Rabereau. Cette seconde compagne, mère d'une fille de six ans prénommée Annie, donne une impulsion nouvelle à sa vie et sa carrière, influant sur certains choix artistiques, (mise en scène et organisation du tour de chant, essentiellement). Il en fait sa muse.leoferremadeleine

En juin, Léo Ferré renouvelle pour trois ans son contrat avec Le Chant du Monde ; ce second contrat concerne cette fois des éditions phonographiques. Dès le 26 juin, il est en studio et s'accompagnant lui même au piano, il enregistre quatorze chansons, dont douze sont diffusées en six 78 tours.

 

Toujours en 1950, il part pour l'Angleterre, pour tenir le (petit) rôle d'un pianiste dans le film de Basil Dearden The cage of gold (La cage d'or). C'est son unique apparition au cinéma.

 

En janvier 1951, Ferré enregistre pour la radio De sac et de cordes, un « récit lyrique » récité par Jean Gabin et diffusé sur les ondes en février. Les Frères Jacques, Léo Noël, la cantatrice Laïla Ben Sedira ainsi que divers autres chanteurs et comédiens participent à cet enregistrement. C'est l'occasion pour Ferré de diriger pour la première fois un orchestre symphonique et des chœurs.

 

Depuis la fin 1947 Ferré produit et anime sur Paris Inter plusieurs cycles d'émissions consacrées à la musique classique. Dans Musique byzantine (1953-54), il élargit son propos à des questions esthétiques sur la tonalité, l'exotisme, la mélodie, l'opéra, l'ennui, l'originalité ou la « musique guimauve » , et affirme avec une acuité polémique ses conceptions anti-modernes, épinglant tout à la fois l'assujettissement nouveau de la musique au mercantilisme industriel (« la musique de conserve » ) et la décadence intellectualiste en quoi consiste la recherche éperdue de procédés et de systèmes (« le terminus des dilettantes » ), incarnée à ses yeux par les avant-gardes, au premier rang desquelles l'école sérielle en plein essor. Un projet ultérieur d'émission ayant été refusé et le succès venant, Léo Ferré

 

1952, pour présenter le concours Verdi à la La Scala de Milan il écrit le livret et la musique d'un opéra qui transpose de manière grinçante et très noire ses récentes années de galère : La Vie d'artiste . Il semble qu'il n'y ait pas tellement tenu, abandonnant très vite cet « exercice »  pour d'autres projets. Il en tirera néanmoins la chanson La Chemise rouge ainsi que la matière de la chanson Miséria, intégrées toutes deux à son futur Opéra du pauvre (1983), et plus tardivement la chanson Vison l'éditeur (1990, album Les vieux copains).

 

1953, voit Léo Ferré rejoindre la maison de disques Odéon. Or son contrat avec Le Chant du Monde, le contraint à enregistrer douze chansons par an, comme le lui rappelle la maison de disques. Les 27 et 31 octobre, (malgré la fin de son contrat) ; profitant des meilleures conditions techniques qui lui sont proposées, s'accompagnant toujours au piano, il ré-enregistre onze des douze titres diffusés en 1950, (Le temps des roses rouges, traitée par la firme de chanson « anti-communiste  » ne le sera pas . Le 33 tours 25 cm nommé Chansons de Léo Ferré parait début 1954. .

Les années Odéon : 1953 - 1958

 

En avril 1953, Léo Ferré commence les premières séances studio pour la firme Odéon, qui voit paraitre le 33 tours 25cm Paris canaille sur lequel Ferré chante pour la première fois Guillaume Apollinaire, (Le pont Mirabeau). Après avoir été refusé par Yves Montand, Les frères Jacques et Mouloudji, la chanson Paris canaille chantée par Catherine Sauvage est un succès. Pour Ferré c'est la fin de la précarité, les interprètes qui l'ignoraient viennent à lui. Il met à profit cette bouffée d’oxygène pour se consacrer à la composition d'un oratorio sur La Chanson du mal-aimé, (il lui consacra plus d'un an de travail, mars 52-avril 53), vaste poème de Guillaume Apollinaire, dont le recueil Alcools exerce une influence majeure sur sa propre écriture poétique.

 

En décembre, Léo Ferré chante à « l'Arlequin ». Le Prince Rainier de Monaco est des spectateurs, il lui propose de créer à l'Opéra de Monte-Carlo, La Chanson du mal-aimé.
L'œuvre, pour quatre chanteurs lyriques, est créée sous la baguette du compositeur le 29 avril 1954 à l'Opéra de Monte-Carlo. La symphonie interrompue, que Léo Ferré compose en trois mois, complète le programme. Une captation radiophonique de cette unique représentation est réalisée et est diffusée par Radio Monte-Carlo le 3 mai. Longtemps on a cru la bande détruite, il n'en était rien. Après plusieurs démarches infructueuses pour faire vivre sur scène son adaptation du poème d'Apollinaire, Ferré en fera un album en 1957.

 

Odéon lui alloue plus de moyen ; Ainsi à l'automne 1954, pour l'enregistrement de son second 33 tours 25 cm Le Piano du pauvre, dont il signe tous les arrangements, pour la toute première fois, il dispose d'un grand orchestre qu'il dirige lui-même. Pour des raisons inconnues, cette expérience restera sans lendemain jusqu'en 1971

 

L'année 1954 est décisive pour la reconnaissance de Ferré, comme auteur, interprète et aussi et surtout comme compositeur. Sa renommée va croître au fil des disques et des succès tels que Le piano du pauvre, L'Homme  (1954), Le Ginche, ou encore Pauvre Rutebeuf (1955).
 

Cette progression vers la reconnaissance se concrétise par un passage du cabaret au music-hall, avec en récital en vedette à L'Olympia en mars 1955 . Cette fois encore le succès est mitigé  et Ferré ne se produit plus dans une grande salle parisienne durant trois ans . Odéon sort le premier 33 tours 30 cm et premier live de l'artiste Récital Léo Ferré à l'Olympia, qui obtient un accueil très confidentiel .

 

En 1956, sort son troisième 25 cm Le guinche, d'où se distingue Pauvre Rutebeuf, (sur un montage des poèmes La complainte Rutebeuf et La griesche d'Yver du poète du XIIIe siècle Rutebeuf. Ce titre va connaitre un succès international et devenir un classique très apprécié à travers le monde à l'instar de Le déserteur de Boris Vian ou de Le galérien de Léo Poll.

Les surréalistes Benjamin Péret et André Breton saluent ses talents de poète]. Breton entretient une amitié suivie avec lui, mais refuse cependant de rédiger la préface de son premier recueil de poésies Poète... vos papiers !, dont il n'apprécie pas la teneur. Les deux hommes se brouillent.
Ferré accompagne la publication de son recueil (aux éditions de la Table Ronde) par la sortie d'un album au titre homonyme, où sa femme récite une sélection de poèmes.

Toujours la même année, Ferré compose La Nuit, un ballet-oratorio que lui a commandé le chorégraphe Roland Petit. C'est une expérience malheureuse et Ferré va abandonner pour de longues années ses ambitions musicales au profit de l'écriture. Il débute la rédaction de Benoît Misère, qui sera son unique incursion dans le champ du roman.

 

1957 célèbre le centenaire de la publication des Fleurs du mal de Charles Baudelaire. Léo Ferré fait paraître l'album Les Fleurs du mal, devenant le premier chanteur à consacrer la totalité d'un LP à un poète.
 1957 Les fleurs du mal

 

L'artiste consacre son troisième album La Chanson du mal-aimé à Guillaume Apollinaire. La sortie de ce 33 tours 30 cm marque l'aboutissement de son entêtement - depuis 1952 - à faire exister cette œuvre.

Ces deux albums, confèrent au chanteur un statut particulier, qu'il entendra faire perdurer toute son existence. l'artiste ambitieux et exigeant, désire mener une « croisade » poétique pour faire voler en éclat la distinction entre poésie et chanson, et pour contrecarrer par le haut ce qu'il juge être la médiocrité des paroliers de son époque.51DganCem0L. SL500

La même année, sort le super 45 tours : Java partout, La zizique, Mon sébasto. Un EP qui confirme que Ferré malgré ses ambitions de compositeur, ne néglige pas pour autant son public des cabarets, où il continue à régulièrement se produire. Il y rencontre Paul Castanier, pianiste aveugle (qui va devenir son accompagnateur jusqu'en 1973), le guitariste Barthélémy Rosso (qui jouera pour Félix Leclerc et Georges Brassens). Ferré se lie également avec le pianiste et arrangeur Jean-Michel Defaye, la chanteuse et ondiste Janine de Waleyne.

 

Accompagné par Castanier et Rosso, auquel s'est joint l'accordéon de Jean Cardon, Léo Ferré pour la troisième fois s'essaie à séduire le public d'une grande salle parisienne. C'est ainsi qu'il est, du 3 au 15 janvier 1958, sur la scène de Bobino. L'artiste qui reste sur le succès mitigé de l'Olympia de 1955, n'est plus désormais contraint d'être « figé » devant son piano, il interprète désormais ses chansons en les accompagnant d'une gestuelle travaillée. Un jeu de scène - qu'il abandonnera par ailleurs très vite, pour revenir à plus de sobriété devant le public - qui lui vaut d'être désormais reconnu comme interprète . Un album live Léo Ferré à Bobino est distribué.

Léo Ferré sort son cinquième et ultime album chez Odéon, Encore du Léo Ferré !. Ce 30 cm inclus la chanson Le temps du Tango, qui est son premier vrai succès personnel en tant qu'interprète. Les titres La vie moderne, Dieu est nègre et Le jazz band compte parmi ce qui deviendra des classiques de l'artiste.

Léo Ferré quitte la maison de disques Odéon, pour laquelle en six ans, il a produit : treize 78 tours (de 1953 à 1955), une trentaine de super 45 tours (inclus les rééditions), trois 33 tours 25 cm et six 33 tours 30 cm originaux, (inclus Poètes... vos papiers dit par sa compagne).

1959, une année de transition 

 

Léo Ferré n'est plus lié par contrat à une quelconque maison de disques. Pour autant, il n'en reste pas moins très impliqué dans l'écriture et la scène.

Ainsi, en janvier, il entre en studio, où il réalise, accompagné par vingt musiciens la bande originale du film Douze heures d'horloge ; Catherine Sauvage chante le titre générique La poise .

 

En avril, il chante à la Mutualité et au Moulin de la Galette.

 

En septembre, à la radio Ferré interprète une première version de L'âge d'or, et déclare avoir durant l'été composé cinquante et une nouvelles chansons. Tout au long de l'année, il va régulièrement être invité à la radio par le poète Luc Bérimont, qui anime l'émission hebdomadaire Avants-premières. Ce dernier enregistrera et conservera nombre des prestations radiophoniques de l'artiste venu présenter ses nouvelles créations (plusieurs de ses inédits seront réunis en un CD en 2006).

Durant l'automne, l'artiste envisage d'acheter le Fort du Guesclin, îlot situé entre Cancale et Saint-Malo. Pour concrétiser ce projet, il vend aux Éditions Méridian - son nouvel éditeur - les droits d'éditions de cent cinquante neuf titres, renonçant par la même à une indépendance acquise depuis décembre 1954, date à laquelle il s'était libéré de toute contrainte éditoriale . Le Fort du Guesclin est sien ! Ce sera pour Ferré le début d'un amour-passion pour la Bretagne, qui lui inspire entre autres le long poème Les Chants de la fureur, intitulé ultérieurement La Mémoire et la mer, dans lequel il va puiser la matière de pas moins de sept chansons .

Léo Ferré chante, à partir du 20 novembre, au Drap d'Or ; la chanson La mauvaise graine sera un des titres majeurs de son nouveau récital .

Très prolixe en cette année 1959, Léo Ferré a désormais en « stocks » de nombreuses chansons à venir 

 

Les années Barclay : 1960-1968 

 

1960, Léo Ferré rejoint le label florissant d'Eddie Barclay. À l'instar d'un Georges Brassens ou d'un Jacques Brel, Léo Ferré est à présent considéré comme « un leo-ferre-13412grand de la chanson française » et du music-hall, où il maîtrise ses effets. Mettant entre parenthèses les expériences musicales de la précédente décennie, il emploie son énergie et sa verve prolixe à la chanson. Jean-Michel Defaye son orchestrateur, crée le « son Ferré » caractéristique de cette première époque Barclay et donne durant dix ans une cohésion musicale aux créations du poète.

La première parution Barclay est un 33 tours 25 cm Paname qui vaut à Ferré quelques grands succès populaire tels les chansons Paname* et Jolie môme*, (précédemment interprété et popularisé par Juliette Gréco). Léo Ferré chante Merde à Vauban* (paroles Pierre Seghers), Les Poètes, La Maffia, Comme à Ostende (écrit par Jean-Roger Caussimon), Quand c'est fini ça recommence (paroles René Rouzaud), Si tu t'en vas*. Il a composé toutes les musiques de cet opus très chansons populaires, d'un abord aisé. (À l'exception des titres marqués *, les arrangements et la direction musicale sont de Jean-Michel Defaye / * arrangements et direction de Paul Mauriat).

 

L'artiste enregistre ensuite en janvier 1961 Les Chansons d'Aragon, album en attente depuis 1959. Le disque fait date et va s'imposer au fil du temps comme une référence incontournable dans le monde de la chanson.71HKODnKhIL. AA1500

Pour son nouvel album 25cm sur ses propres textes, Léo Ferré se montre très offensif : Mon général, Regardez-les (texte de Francis Claude), La gueuse, Pacific Blues, Les rupins, Miss Guéguerre, Thank you satan, Les 400 coups. Le disque est gravé et pressé, mais ne sortira jamais sous cette forme. Plusieurs chansons se voient interdites d'antenne ; à cette censure officielle s'ajoute la censure interne de sa maison de disques. Plusieurs chansons sont récupérées en Super 45 tours :

  • Le 1er EP parait avec le titres Les chansons interdites de Léo Ferré : Les rupins, Miss Guéguerre, Thank you Satan, Les 400 coups.
  • Le 2e EP fait la part belle à l'amour et moque gentiment les habitants de la capitale : Les femmes, Ta parole, Les Parisiens, L'amour.
  • Le 3e EP est tendre en son ensemble, bien que la troisième piste « habille tout le monde pour l'hiver » : Vingt ans, Nous deux (texte de Jean-Roger Caussimon), Les temps difficiles, Les chéris.

Tour à tour, Léo Ferré se fait sarcastique, mordant, moqueur, (Les rupins, Les parisiens), antimilitariste (Miss guéguerre), ironique et misogyne (Les femmes), tendre (Nous deux, Les chéris, L'amour), romantique (Vingt ans), anarchiste vitupérant son époque (Les temps difficiles, Les 400 coups).

 

En 2003, parait un album CD très justement nommé Les chansons interdites de Léo Ferré... et autres, (s'inspirant du titre du 45 tours de 61), outre les douze titres cités ci-dessus, il en propose six supplémentaires : Pacific blues*, Regardez-les*, Mon général*, La gueuse*, Chanson mécanisé, Le vent (quatre d'entre elles (*) étaient initialement sur l'album Mort né).

 

Mon général interpelle Charles de Gaulle et fait la différence entre celui de 1940-1944 et le Chef d'État qu'il est alors : «... Parait qu'on veut vous faire élire, c'est vrai sans blaque c'est enfantin, ils savent pas que les vacheries de la gloire c'est qu'au milieu d'une page d'histoire, il faut savoir passer la main / (...) / Mon général j'ai souvenance que vous avez sauvé la France, c'est Jeanne d'Arc qui me l'a dit, c'est une femme qui avait de la technique malgré sa fin peu catholique, vous aviez les mêmes soucis...» (sic Léo Ferré)

 

Thank you Satan est devenue au fil du temps, l'une des chansons les plus emblématique de l'œuvre de Ferré dans sa veine anarchiste. Sa chute, telle une prémonition, clos, (provisoirement), cet épisode de censure : «... et que l'on ne me fasse point taire et que je chante pour ton bien, dans ce monde où les muselières ne sont pas faites pour les chiens ». (sic Léo Ferré)

 

Par deux fois, (en début et fin d'année) Léo Ferré se produit à l'Alhambra, prestations qui confirment que l'auteur-compositeur-interprète tout qualifié qu'il est de « difficile », n'en est pas moins devenu pour autant un artiste populaire. Le récital donne lieu à une captation.

 

L'artiste vitupère comme jamais auparavant son époque ; essor de la société de consommation, bellicisme et torture (en pleine Guerre d'Algérie), tutelle de Charles de Gaulle, bourgeoisie étouffante... Cette liberté de ton se voit régulièrement interdite d'antenne, mais finit par s'imposer lorsque Ferré est porté par ses succès Paname, Jolie môme (1960) et dans une moindre mesure L'Affiche rouge (sur le texte d'Aragon).

Ferré se produit à guichets fermés dans les plus grandes salles parisiennes, pour des périodes de deux à six semaines, en privilégiant tout particulièrement Bobino. Il tourne peu en province, mais se rend pour la première fois au Canada en 1963. Il y retournera régulièrement jusqu'à la fin de sa vie. Il se montre peu à la télévision et se tient volontairement éloigné du « métier ».

De 1963 à 1968, Léo Ferré vit dans le Lot , où il a acheté une demeure du XVIe siècle plutôt vétuste, le Château de Pechrigal (« tertre royal » en quercynois), que Ferré rebaptise Perdrigal (« perdrix » en occitan). En sus de sa production de chansons, il y écrit, sans chercher à faire publier quoi que ce soit, des textes de réflexions et de longs poèmes élaborés. Il s'adonne en outre à sa passion de l'imprimerie, en s'y faisant installer du matériel professionnel. Ainsi, il apprend à typographier, à brocher et édite dans le commerce le journal de son épouse, un livre de deux cents pages qui décrit leur quotidien difficile. Le couple – dont la relation se dégrade - vit entouré de très nombreux animaux, à commencer par la chimpanzée Pépée, achetée en 1961 à un dresseur. Léo Ferré a développé une relation privilégiée avec cet animal, mais n'a pas su s'en montrer le maître ; le singe est invivable, colérique, destructeur. Cela devient très contraignant et isolant.hqdefault

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Toutefois au début de l'année 1966, Madeleine et Léo se produisent conjointement lors d'une soirée intitulée « Madeleine et Léo Ferré disent et chantent les poètes ». Il s'agit d'un enregistrement public organisé par le poète Luc Bérimont au studio 102 de la Maison de la Radio, pour l'émission dont il est producteur : « La Fine fleur de la chanson française », diffusée sur France-Inter. Au cours de cette soirée, Madeleine dit, en particulier, le « Poète contumace » de Tristan Corbière et « le Crachat » de Léo Ferré.

En 1967, Barclay censure la chanson À une chanteuse morte. Ferré lui intente un procès, qu'il perd. La même année, à l'occasion du centenaire de la mort de Baudelaire, Ferré consacre un double-album au poète.

 

En mars 1968, Léo Ferré part assurer un gala et ne revient pas au domicile conjugal, malgré les menaces de son épouse. Pépée se blesse et ne se laisse approcher par personne. Au désespoir, Madeleine fait tuer le chimpanzé et plusieurs autres animaux par un voisin chasseur. Ferré en sera terriblement affecté. La chanson Pépée est le requiem de ce drame intime.v52jc4ep

y2pSZy9AtYN-LTVywMlNsguxjY-dEcyHHUK9kHMvRavklfg1Gy JqJ-0I5kAprès l'avoir raillée (Épique époque en 1964, Le Palladium et Les Romantiques en 1966), et alors qu'il vilipende l'immobilisme et la soumission du peuple dans une France repue et bien-pensante (Ils ont voté, La Grève, 1967), c'est dans la jeunesse que Léo Ferré place ses derniers espoirs de changement (Salut, beatnik !, 1967). Le 10 mai, première nuit des barricades au Quartier latin de Paris, Léo Ferré chante à la Mutualité pour la Fédération anarchiste comme il le fait chaque année depuis 1948. Il interprète pour la première fois la chanson Les Anarchistes. Puis il repart dans le Sud rejoindre sa nouvelle compagne, sans prendre part aux événements de Mai. Il vit quelque temps en Lozère, puis en Ardèche.

Les années Barclay : 1968-1974 

 

À partir de l’été 68 Léo Ferré se plonge dans la mise en musique de poèmes extraits de son recueil Poète... vos papiers !. Ces nouvelles chansons, enregistrées sur les albums L'Été 68 et Amour Anarchie[N 25], seront perçues par la critique comme un renouvellement de son inspiration alors que ces textes ont été pour la plupart écrits au début des années 1950.

Le succès de C'est extra en 1969 élargit considérablement son audience, tout particulièrement auprès de la jeunesse. La réceptivité de ce nouvel auditoire, qui reconnaît dans le poète le « prophète » de sa propre révolte, amène Ferré à éclater dans certaines de ses chansons les structures traditionnelles au profit de longs monologues discursifs s'apparentant aux arts oratoires. Par un travail très précis sur la voix parlée (rythme, élocution) et une écriture rhétorique inspirée de la prose de Rimbaud, Ferré ritualise sa parole sur un mode incantatoire[14] et dramatique, qui vise à emporter son auditoire (Le Chien, La Violence et l'Ennui, Le Conditionnel de variétés, La Solitude, Préface, Il n'y a plus rien). Cette recherche ne sera pas toujours bien comprise et Ferré va dorénavant partager le public et la critique comme jamais.

 

À cela s'ajoute son attrait pour le rock anglo-saxon, qu'il envisage comme un moyen de dépoussiérer les vieilles habitudes du paysage musical français. Ainsi en 1969, il enregistre à New York une version inédite du Chien avec des musiciens de jazz-rock (John McLaughlin et Billy Cobham, respectivement guitariste et batteur du Mahavishnu Orchestra, et Miroslav Vitous, bassiste de Weather Report). Initialement ce devait être avec Jimi Hendrix. Pour d'obscures raisons, Ferré n'utilise pas cette version et réenregistre le titre avec un jeune groupe français que sa maison de disques veut mettre en avant : Zoo. La collaboration durera le temps de deux albums (Amour Anarchie, La Solitude) et d'une tournée en 1971. Toujours en 1969, il rencontre Brel et Brassens lors d'un entretien pour RTL. Ferré s’établit en Italie, entre Florence et Sienne.leo-ferre-13419

leo-ferre-199226Ici avec Jean Ferrat

En 1970 sa maison de disques écarte Avec le temps du double LP Amour Anarchie. Sortie « à la sauvette » en 45 tours, cette chanson tragique inspirée de ses propres désillusions devient un classique instantané, le plus grand succès de Ferré, qui ne cesse d'être repris en France et à l'étranger La même année voit la publication de son roman autobiographique Benoît Misère. L'indifférence du monde littéraire et le peu d'implication de l'éditeur retiendront Ferré de retenter l'expérience (malgré des projets ultérieurs). Il saute par contre sur l'occasion que lui offre Jean-Pierre Mocky de renouer avec ses rêves orchestraux en lui demandant de composer la musique de son film L'Albatros. Ferré écrit et orchestre quarante minutes de musique symphonique. La collaboration se passe mal ; Mocky n'utilise que cinq minutes. Ferré reprend ce matériau pour créer l'année d'après les chansons Ton style et Tu ne dis jamais rien, avec quoi il décide de se passer désormais d'un arrangeur. Voulant s'affirmer aux yeux de tous comme musicien, Ferré décide alors de ré-enregistrer La Chanson du mal-aimé dans de meilleures conditions techniques. Cette fois il dirige, chante et dit le texte seul, en lieu et place des chanteurs lyriques d'autrefois, ce qui l'amène à modifier légèrement son orchestration.424blog-b-001-copie-1

Après avoir été idolâtré par de nombreux jeunes, Ferré subit en 1971 une contestation virulente d'une minorité du public se disant gauchiste, qui vient régulièrement perturber les concerts. Ces « désordres » reprendront de plus belle en 1973 et en 1974, au point de lui faire un temps envisager d'arrêter la scène.

1972 signe son retour à l'Olympia, où il ne s'est pas produit depuis 1955. Très actif durant ces années, il fait une tournée au Liban, en Algérie, effectue de nombreux galas au profit d'ouvriers grévistes, ou encore du jeune journal Libération, alors totalement indépendant financièrement et politiquement. Il tourne partout en France, en Suisse, en Belgique, et participe avec Brassens à un concert en faveur de l'abolition de la peine de mort, contre laquelle il a déjà écrit en 1964 la chanson Ni Dieu ni maître, considérée comme un de ses classiques, et contre laquelle il écrira encore La Mort des loups (1975).

Le 5 mars 1974 il épouse à Florence sa compagne Marie-Christine Diaz, qui lui donne trois enfants : Mathieu, le 29 mai 1970, Marie-Cécile, le 20 juillet 1974 et Manuella, le 26 janvier 1978. Durant l'année précédente sont sortis deux disques très noirs : Il n'y a plus rien, qui met en mots et en musique la désillusion de Mai 68, et Et... basta !, où Ferré fait un bilan de ses souvenirs intimes et règle ses comptes dans un long monologue en prose, qui n'est plus à proprement parler de la chanson. Sur le premier disque, Ferré est exclusivement symphonique. Sur le second, l'accompagnement se réduit au contraire à quelques instruments.

Le départ de son pianiste Paul Castanier, fidèle accompagnateur depuis 1957, ainsi que la rupture en 1974 avec la maison Barclay, suite à une accumulation de différends vont contraindre juridiquement Léo Ferré au silence pendant plusieurs mois, il se consacre alors principalement à la composition et la direction d’orchestre.
 

Au cours de cette période la chanteuse Pia Colombo « prête » sa voix à Léo Ferré. c'est dans ce contexte que sort en 1975 l'album Pia Colombo chante Ferré 75, où elle interprète cinq nouvelles chansons de l'artiste. Conjointement à ce disque, sort l'unique album instrumental de Ferré, Ferré muet... dirige, où sont donnés dans une version symphonique quatre des cinq titres précédemment enregistré par la chanteuse.

C'est en participant au Festival de Vence organisé par son ami le violoniste Ivry Gitlis, qu'il rencontre le pianiste classique Dag Achatz , avec lequel il enregistre le Concerto pour la main gauche de Ravel. Ensemble, ils donnent cinq semaines un spectacle hors-normes à l'Opéra comique, avec La Chanson du mal-aimé en piano-voix, Et... basta ! et de nouvelles chansons « en chantier », et L'Espoir, qui est emblématique du lyrisme « espagnol » de l'artiste. C'est un véritable succès public, malgré une incompréhension et un rejet critique quasiment unanimes.leo-ferre-13366

Les années toscanes : 1975-1993  

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Léo Ferré et Alain Meilland (à droite) au Printemps de Bourges en avril 1985.

En 1975 Léo Ferré dirige sur scène l’Orchestre de l’Institut des Hautes Études Musicales de Montreux, puis l’Orchestre Symphonique de Liège et en novembre, l’Orchestre Pasdeloup au Palais des congrès de Paris, à l’occasion de la publication de l’album Ferré muet dirige…, enregistré avec Dag Achatz. Ferré tient la gageure de diriger l'orchestre et chanter en même temps. Il mélange Ravel et Beethoven à ses propres compositions, et inverse le placement de l'orchestre. 140 musiciens et choristes sont présents sur scène. C'est de nouveau une expérience de spectacle inédite, cassant les conventions et décloisonnant les univers. Ferré fait salle comble durant cinq semaines, mais la critique issue du monde musical classique rejette ce spectacle hybride. Ferré en est profondément blessé et malgré ses nombreuses tentatives il éprouvera de grandes difficultés à rééditer ce genre de spectacle. Faute de pouvoir être accompagné par un grand orchestre et plutôt que de se produire sur scène en petite formation, Léo Ferré fait le choix de s'accompagner tantôt au piano comme à ses débuts, tantôt de chanter sur les bandes-orchestre de ses enregistrements studio.41c4T8MavaL. SL500 AA300

 

En 1976, recouvrant le droit de s'enregistrer, il signe chez CBS. À partir de cette date la majeure partie de ses enregistrements sera réalisée avec l’Orchestre symphonique de la RAI, placé sous sa direction . La major va très vite se débarrasser de Ferré, dont les retombées commerciales pourtant réelles sont jugées trop faibles en regard de l'investissement qu'il représente (son esthétique à contre-courant de toutes les modes rend malaisée sa programmation sur les ondes et complique désormais la possibilité d'un « tube »). Lâché par le « métier » , définitivement dégoûté de n'être qu'une « marchandise pour les producteurs » , Ferré se résout en 1979 à assurer lui-même la production de ses disques en louant à ses frais studio, musiciens et techniciens, ne signant plus que des contrats de distribution avec les maisons de disques, et cela jusqu'à la fin de sa carrière .leo-ferre-13409

 

De 1976 à 1979 il tourne moins. Il s'éloigne quelque peu de l'expression violemment déclamatrice de sa révolte pour ne pas s'enfermer dans un rôle et pour mieux célébrer les forces spirituelles qui l'habitent. Les albums Je te donne (1976), La Frime (1977) et Il est six heures ici et midi à New York (1979) font la part belle à un lyrisme toujours aussi charnel mais d'une plus grande sérénité. Chacun d'entre eux aurait pu proposer le double de titres tant Ferré a accumulé de textes et tant il compose sans cesse[17]. En témoignent pour la seule année 1977 ses maquettes d'un troisième album consacré à Baudelaire (publié en 2008) et celle de Je parle à n'importe qui (inédit), long monologue cryptique en prose et en vers libres qui peut être considéré comme le « suite et fin » radical d'Et... basta !. Ferré nourrira toujours beaucoup plus de projets qu'il ne saura en officialiser.leo-ferre-13411

Il continue ses travaux d'auto-édition durant toute la décennie , tirant plusieurs plaquettes aux formats inusités, accompagnées de nombreuses photographies, illustrations, lithographies et gravures en bichromie, qu'il ne cherche pas à commercialiser si ce n'est parfois lors de ses spectacles.

En 1980, à la demande de l'éditeur Plasma, il assemble un nouveau recueil, qu'il intitule Testament phonographe . C'est avant tout un moyen pour lui de rendre disponible les textes de ses chansons enregistrées entre 1962 et 1980 , mais on y trouve aussi des poèmes publiés ici et là ou inédits pour certains, et des chansons

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Published by Christian VANCAU - dans MUSICIENS
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