Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
 


LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


POUR TRADUIRE MON TEXTE DN ALLEMAND OU EN ANGLAIS CLIQUEZ CI-DESSOUS

 

Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  •   le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 74 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

<a href=

Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

<a href=

  

J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

Articles Récents

  • Albert Camus à Lourmarin - Sep.1958-Jan.1960
    Je ne puis résister à l'envie de reproduire ici un très bon texte de Jérôme Dupuis, publié le 17/08/2005 et illustré par votre serviteur et ses photos prises en 2007, avec quelques ajouts de mon cru aussi au niveau du texte "A quoi sert le prix Nobel...
  • PLOTIN et ses Enneïades
    Plotin Plotin Plotin Naissance 205 Lycopolis, Égypte Décès 270 Naples, Campanie, Italie École/tradition Néoplatonisme Principaux intérêts Métaphysique, hénologie, épistémologie, éthique, art Idées remarquables L'Un, procession et conversion, émanation...
  • En Albanie, à Hekal une institutrice, écrivain : Fatbardha Sulaj
    FATBARDHA SULAJ ECRIVAIN ALBANAIS..." L'OMBRE FEMININE" par Christian Vancau, mardi 13 décembre 2011, 15:56 Elle habite HEKAL a 144 Kms au Sud-Est de TIRANA , près du site archéologique de BYLIS et elle est institutrice. Cette jeune femme a appris le...
  • @mfeymery @VancauChristian
    @mfeymery @VancauChristian Christian Vancau (@VancauChristian) February 20, 2017
  • Mes BROUS de NOIX
    Rien que de l'eau et du brou de noix sur du papier 0.65 / 0.86, papier étalé sur une table, sans aucun projet de départ.? Ce n'est qu'ensuite que les formes ont été travaillées, en brunissant fortement les arrières-plans et sans retoucher les figures...
  • Les Pierres peintes de Christian Vancau
    Sur mon territoire à Moircy-Libramont, Pierres fracassées à la masse dans ma maison en ruines en 1978-79. D'anciennes mangeoires. Obligé de fracasser, sinon impossiblité de mettre des meubles le long des murs. En ce temps-là, j'étais marié et père de...
  • PARIS en Octobre 2010 - Balade à St Germain-des-Prés
    Après Gainsbourg, je remonte sur St Germain des Prés par la Rue Bonaparte. Il doit être dans les 15 heures, à peu près, ce dimanche 10 octobre. C'est la toute grande foule? Il n'y a plus de place au Bvd St Germain, les terrasses sont bondées, les gens...
  • ROMAIN ROLLAND (1866-1944)
    Romain Rolland Romain Rolland Romain Rolland en 1914. Données clés Naissance 29 janvier 1866 Clamecy ( France-Bourgogne) Décès 30 décembre 1944 (à 78 ans) Vézelay ( France ) Activité principale Écrivain, philosophe Distinctions Prix Nobel de littérature...
  • Bourgogne: Bibracte et le Mont Beuvray-Morvan
    Christian Vancau devant le Monument François Mitterrand ce 4 septembre 2014 - Nous sommes à l'Oppidum de Bibracte ce jeudi 4 septembre 2014 à 15h30, après avoir quitté AUTUN, très exactement devant le Musée de Bibracte qui se trouve au pied du Mont Beuvray....
  • Vancau-Fragments d'Atelier-Mes Mythologies personnelles
    Ces photos de mon atelier ont été prises cet été 2010 par mon amie Anniki Van Damme, qui a un très beau regard.... Je vous invite à venir y farfouiller comme on le fait dans un grenier ou dans des boites à souvenirs Et d'abord mon coin " Musique et Photos-souvenirs...

Pages

Texte Libre


-->
<

Texte Libre

Texte Libre


Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

Texte Libre

COHEN Eveybody Knows
Tibetan Song

Je suis sur les blogs pro-tibétains:

www.candle4tibet.org
www.ning.com

VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:13

 

Eh oui, pour la première fois depuis 1961 et cette fois avec ma première voiture, celle de la banque, la coccinelle. pourquoi la Yougoslavie ? D'abord parce que ça ne coûte rien. Ensuite parce que c'est encore sauvage et enfin, parce qu'il y a au moins 6 pays différents en un seul. La preuve c'est qu'il n'y a plus de Yougoslavie aujourd'hui.

J'ignore où l'on ira exactement mais la route je la connais. De Liège nous remontons sur Aix-la-Chapelle, prenons l'autoroute allemand,  redescendons sur Cologne, Heidelberg, Nüremberg (Heil ça me rappelle quelquechose) Munich, ensuite direction Salzbourg-Vienne et à Hallein, on quitte l'autoroute et il faut traverser la montagne. La meilleure solution étant de mettre la voiture sur le train à Villach, très exactement à Bockstein, au pied du repaire d'aigle d'Adolph Hitler, à Berchtesgaden.

Je roule de nuit. Départ à 21h30. Sept heures 15 pour arriver à Munich à 4h45, 35  minutes de repos. Arrivée à Salzbourg à 7h15. Départ à 8h30. Arrivée Villach à 12h15. Embarquement. Départ du train de montagne à 13h45. Arrivée à Bled à 12h45. Nous sommes en Yougoslavie. Un peu plus de 16h00 de route et près de 1200 Kms, pour être à pied d'oeuvre, à savoir en Slovénie. Une nuit à Bled au bord du Lac et à 6h30, on repart sur Ljubljana, Postojna, Rijeka et Starigrad-Paklenitsa un peu avant Zadar. Il y a là un camping désert dont je me souviens, au bord de l'Adriatique et au pied du Mont Velebit et du Parc National de Starigrad-Paklenica. Il est aux environs de 14h00. On a donc encore mis près de 8h00 (24 heures en tout) et nous sommes à 45 minutes au Nord de Zadar. La côte Yougoslave est tellement découpée qu'elle fait près de 1200 Kms de long. En plus les routes sont en mauvais état; il y a dependant un mieux depuis 1961
 

C'est donc ce deuxième soir, un 11 Juin que l'aventure va commencer. Nous installons notre tente où nous voulons car il n'y a personne, donc au bord de la mer. D'un côté le Mont Velebit que l'on aperçoit sur la photo, de l'autre côté, l'Adriatique, face à l'Italie. Nous sommes en Croatie, sur la côte Dalmate.. Après une petite mise en condition au bord de la mer, à l'entrée de la tente, au Slivovitch, j'entends encore les chants des pêcheurs sur leur barque au couchant, des mélopées balkaniques, Nous décidons d'aller vers la montagne, faire un tour car nous avons entrevu un défilé (au fond de la photo), les Gorges du Mont Velebit, ouh la la. et tout à coup nous apercevons sur notre droite, une sorte de cube de couleur, dans le plus pur style Bogota, ocre rouge et bleu percutant. Incroyable c'est un café-resto de village (Où il est le village?). Nous entrons et apparemment nous sommes les seuls étrangers car c'est bourré de paysans croates au comptoir. Nous nous asseyons à une table et nous commandons un Raki (alcool de raisin).

Et à ce moment-là s'amène une bande de joyeux drilles, nous les avions repérés au camping, et il ya un saxophoniste et un guitariste, chic ! Et ils commencent à jouer du Jazz en attendant d'être servis.

Moi à ma table je ne me tiens plus et commence à chanter comme Armstrong. Le groupe se retourne vers nous et nous invite à sa table (A mon avis j'ai dû laisser ma guitare au camping, n'imaginant jamais que j'aurais à m'en servir). Et toute la soirée, on va improviser et aussi parler. Il y a un anglais, un autrichien et un américain. Nous communiquons en anglais. C'est délirant parce que la patronne nous offre à boire en déposant sur notre table des litres entiers de Marachkino étant donné que nous mettons une sacrée ambiance. Mais ce qui est plus extraordinaire, c'est que les villageois se regroupent et nous répondent en entonnant leurs chants balkaniques; on dirait des Corses et nous alternons, en musique, faute de parler la même langue. Et puis tout le monde se met à danser. J'entends encore la voix grave de la patronne Marachkino, Marachkino (roulez les "r" s'il vous plaît !)
 

J'ignore comment nous sommes rentrés vers les 4-5 heures du matin. Nous avons dû traverser la route à plat ventre et par miracle nous avons retrouvé notre tente après avoir largué l'américain dans la sienne

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 05:45

 

Je pense me souvenir que c'est en juin1967 qu'on m'annonce, alors que je suis dans mon bureau, au boulot, que ma soeur Danièle, vient de mourir, à 28 ans, dans son asile, à Dave (Belgique). Elle, que je n'ai plus vue depuis des années. Elle, que j'ai gommée de ma vie au point de ne même pas savoir qu'elle laisserait pour toujours en moi une blessure indélébile. C'est sa mort qui va me l'apprendre et va libérer un refoulement de plus de 20 ans.

Je suis embarqué dans une voiture avec la famille et nous nous retrouvons dans la chapelle de l'asile. Puis dans un brouillard, je me revois, marchant derrière le corbillard, juste derrière des pleureuses, une bande de copines à elles, je suppose, des" folles", qui se comportaient exactement comme des pleureuses. Et là, j'ai commencé à sangloter, vous savez les épaules qui tressaillent et cela a duré tout le temps de l'enterrement. Vingt deux ans d'asile sur 28 ans de vie. Et c'est moi qui suis allé la conduire dans son enfermement définitif. J'avais 7 ans et demi, elle en avait juste 6. Je ne comprenais pas et on ne m'a rien dit, jamais rien expliqué. Le silence de mort. Enterrée vivante
 

Voici le souvenir que je veux garder d'elle. Ces photos. Je n'en veux pas d'autre. Car j'en ai vu d'autres, celle d'une fille hagarde, devenue folle à l'asile, tournant en rond dans le parloir, se frappant la tête contre les murs, habillée comme une pauvresse et les cheveux taillés à ras, une vraie coiffure de folle, quoi !
 

Nous voici tous les deux, sur le balcon du Quai Mativa , en 1943, je crois. En-dessous de nous des allemands casqués et bottés, mitraillettes au poings
A t'on l'air malheureux ? On se marre comme des cons et surtout on s'entend à merveille et ça se voit ! Je suis le grand-frère et je la protège car notre père est absent et on n' a pas l'air malheureux pour autant. C'est plus tard qu'on va passer à la caisse. Surtout elle. Pourquoi ne m'a t'on pas enfermé avec elle ? nous nous serions échappés du monde des hommes et de leur folie.  Comment après un tel évènement, croire encore au monde des hommes, au progrès de l'espèce humaine. A, même pas sept ans, j'avais compris. Sans compter la guerre, l'occupation, les bombes. Grandir, enfin essayer de le faire, dans un tel univers et ne parlons pas de celui que nous vivons aujourd'hui qui est pire encore

 

Adieu ma soeur, mais tu resteras toujours en moi car ton départ m'a coupé en deux, coupé de ma part féminine, brutalement et jeté dans le monde de la folie. Je serai toujours un frontalier de la folie. Mais étais-tu folle, j'en doute (et cela signifie quoi, être fou, sinon être non-conforme à un type de société, donné) et c'est ce qui me ronge le plus. On t'a collé  une étiquette et du jour au lendemain, tu es denenue "Une Démente Précoce" c'est ce que j'entendais autour de moi. Sans doute l'expression était-elle plus poétique que Schizophrène, l'imagination des hommes est sans limites..
 

Mais mon année 1967 me réserve une autre surprise. En Juillet, nouvel appel à mon bureau. Mon frère Marc, autiste lui, 17 ans, qui vit chez mes parents, a fait une fugue, enfin s'est égaré en allant seul chez sa logopède au Mont St Martin, et aurait bifurqué de son itinéraire, en direction de Rocourt. Il est introuvable . Je pars directement à sa recherche, interroge les gens sur le parcours, personne ne l'a vu (Disons qu'il est plutôt visible comme le sont tous les autistes qui se promènent en rue). Le lendemain nous apprenons qu'on l'a amené en réanimation à l'Hopital de Bavière. J'y cours et tombe sur le professeur Honoré, une sommité chirurgicale de l'époque. Mon frère est alité, recouvert, bardé de tuyaux; peu de chances qu'il en réchappe, me dit le Professeur, il s'est fait écraser par un autobus. Eh bien, on va le tirer d'affaire tout de même et il vit toujours, enfermé lui aussi à Ottignies; il a 58 ans. La dernière fois que je l'ai vu, c'était en 1978, avec ses prothèses, dans la nouvelle maison de mes parents, boulevard Sainte-Beuve, maison dans laquelle je ne retournerai jamais. Mon frère est mort à 60 ans dans son établissement d'Ottignies, en 2010
 

Voilà il fallait la sortir cette page-ci, mais je n'avais pas le droit de vouloir dire ma vie sans parler de cela sinon j'aurais failli à l'essentiel. J'en suis complètement remué mais ça va passer. Il y a du soleil, je vais aller m'imbiber de nature. Rien de tel que la nature pour cautériser ses blessures
 

On comprendra aussi pourquoi je ne pouvais pas m'en tirer sans une psychanalyse. C'était ça ou le suicide !!

 

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 05:30

Voilà donc, la revue Planète me passionne. Il y a dans ce livre et dans cette revue, une ouverture sur les recherches contemporaines, les civilisations englouties et ressuscitées, un anti-rationnalisme (c'est la fin des clercs, proclame Pauwels) et donc un intérêt pour toutes les démarches irrationnelles, une nouvelle mystique humaniste, la découverte des philososophies orientales, une espèce de néo-surréalisme dadaïste et pataphysique, qui annonce déjà 1968. Et curieusement dans mon entourage, personne ne lit cette revue donc

 

j'en parle
 

Voici le livre qui marque le point de départ de cette aventure et la Revue qui s'en suit, le n°1, d'Octobre-Novembre 1961. J'ai les 64 numéros qui s'étalent jusqu'en 1971, plus des collections annexes telles que Plexus.
 

Cette manière de voir les choses remet en question toute mon éducation rationnaliste et traditionnaliste et c'est évidemment bien celà qui m'intéresse. Je suis loin de me douter que celà va m'amener à aller travailler à Paris avec Pauwels pendant un an, après 1968. J'y arriverai bientôt.
 

 Ceci tout en construisant ma carrière, comme on dit, parcourant la province et ses campagnes, explorant chaque village,Revue Planète 1971-1er numéro

recrutant des agents et constituant peu à peu mon réseau. Bref on est content de moi et je suis nommé Inspecteur
 

Cela doit être aussi en cette même année 1966 que ma belle-soeur commence à fréquenter un jeune peintre de Lierneux qui fait ses études artistiques à Saint-Luc à Liège. Il s'appelle Jean-Pierre Rensonnet et est actuellement un des meilleurs peintres belges. Lierneux, son village est situé dans les Ardennes liégeoises. Son père est peintre en bâtiments et sa mère tient une épicerie dans le village, face au cimetière. Lierneux est connu pour son Institut Psychiatrique, établissement semi-ouvert, ce qui amène ses pensionnaires à se promener dans le village et à partager dans une certaine mesure, la vie des habitants. J.P Rensonnet a sept ans de moins que moi. Pour lui je ne suis qu'un bourgeois, donc pas très recommandable. Celà ne l'empêche pas de venir loger à la maison. Nous allons devenir beaux-frères, deux années plus tard et une amitié éternelle va nous lier.
 

Mais c'est un  peintre comme par hasard et mon destin est en train de "se dessiner" c'est le cas de le dire

A cause de notre emménagement, Il n'y aura,  en été 66, qu'un petit (mais nullement anodin), voyage au Grand Duché où j'irai à la recherche de Victor Hugo à Vianden, notamment, où il existe un "Musée Victor Hugo". Pour la première fois je vais découvrir le Victor Hugo peintre et pas seulement l'écrivain. Il adorait les châteaux et il a aussi séjourné de nombreuses fois en Belgique, notamment à Spa

Mais le 2 Novembre 1966, lendemain de mes 29 ans, mon ami Jean-Marie Flamand, futur Directeur des Editions du Seuil, meurt à 27 ans à Dakar pendant son service militaire qu'il éxécutait en tant que coopérant. Il était en Afrique depuis décembre 1965 et devait rentrer en France fin janvier 1967. Il venait de se marier. Sa dernière lettre datait du 27 novembre 1965, juste avant son départ et je n'avais plus de nouvelles. Et voilà que je reçois un faire-part foudroyant. J'hallucine et je téléphone directement rue Mabillon et tombe sur sa soeur Véronique que je n'ai vue qu'une fois, en sortant du resto 1900, boulevard Saint-Germain, dans lequel Jean-Marie nous avait invités Céline et moi. Nous étions loin de nous douter que ce serait notre dernière entrevue.

C'était en  1964, car lorsque nous sommes retournés rue Mabillon en 65, il était en Grèce. Donc Véronique me raconte au téléphone. C'est une maladie du style obstruction intestinale qui l'a emporté, si je me souviens bien.Je dis à Véronique, que je vais lui écrire en attendant de venir les voir à Paris en janvier 1967. Et on s'écrit plusieurs fois.
 

La famille Flamand est actionnaire majoritaire des Editions du Seuil. A cette épopque c'est le père qui tient les rênes et Jean-Marie est appelé à lui succéder. Outre Jean-Marie, il y a trois autres enfants, que je connais un peu, Bruno, Véronique et Pascal, l'actuel Directeur du Seuil. Jean-Marie avait épousé il y a peu, une certaine Marie-Claude qui tient une librairie. Véronique va épouser le cousin de Claude Chabrol, Bernard Chabrol, architecte.

C'est tout ce petit monde que je vais rencontere en janvier 1967, rue Mabillon, sauf Bruno qui termine son service à Abidjan et va aussi se marier; Véronique épousera  Bernard Chabrol en septembre 1967. Je fais la connaissance de Pascal, le jeune frère, qui deviendra Directeur bien plus tard car il est encore tout jeune. Le courant passe bien entre nous mais la disparition de Jean-Marie pèse très lourd
 

Nous logeons cette année-là à l'Hôtel Parisiana près de la rue Saint-Jacques. Un matin, descendant à ma voiture garée devant l'hôtel, pour y chercher ma guitare et mon appareil photographique, (à l'époque on laissait ses affaires dans la voiture), je constate qu'il n'y a plus rien. Le serrure a été délicatement crochetée et je n'y ai vu que du feu en ouvrant la portière. Effroi, c'est comme si on m'avait volé à la fois ma voix et ma vue.
 

Mais c'était entièrement de ma faute et depuis ce jour-là de janvier 1967, je n'ai plus jamais rien laissé dans ma voiture

Sur la photo de droite, Jean-Marie est le 2e à partir de la gauche
Sur la photo de droite, Jean-Marie est le 2e à partir de la gauche

Sur la photo de droite, Jean-Marie est le 2e à partir de la gauche

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 05:25

Maurice Pirenne-Peintre-Verviers-Henri Pirenne-André BlavierImaginez alors ce qui va se passer, lorsqu'au printemps 1967, une lubie me prend. Je vais acheter chez Sauveur, magasin bien connu des peintres à Liège, trois pinceaux et 6 tubes de couleurs et je commence à peindre à l'huile sur des papiers cartonnés. Mais quelle mouche a piqué ce banquier ??
Et à peine ai-je commencé mes premières peintures que le couple de peintres amis, les Vandeloise, nous emmène Céline et moi, à Verviers, chez Maurice Pirenne, un peintre qui s'avère être mon grand'oncle maternel et dont j'ignorais l'existence. Le voici sur la photo à 95 ans, donc tel que je l'ai vu (Il est mort l'années suivante). On me présente: " son neveu, la famille, rien à foutre ". Je tombe sur un vieillard superbe, un asiatique, un vieux sage chinois ou un vieux chef Peau-Rouge. Regardez-moi cette gueule !!!. Il est veuf depuis longtemps. (Il avait épousé la soeur de mon grand-père maternel, Jules Duesberg - voir en début de biographie - ma tante Maria). Enfin un vieux renégat presqu'aveugle et occupé à réaliser ses plus belles peintures, celles de sa chambre dans une maison ouvrière, route de Stembert. Il ne peint plus que les objets de sa chambre, Maurice Pirenne, cet illustre inconnu, frère de l'historien Henri Pirenne. C'est André Blavier, dont je fais la connaissance ce jour-là, prélude à une longue amitié avec lui et sa femme Odette, cest donc André qui fait son ménage, range et classe ses peintures etc...; André Blavier, conservateur de la Bibliothèque de Verviers, écrivain, Pataphysicien, grand ami de Raymond Queneau qui lui lèguera ses archives, directeur aussi d'une remarquable revue "Les Temps mêlés". Voilà tout ce que je découvre ce jour-là. Et je lu
Maurice PIRENNE-Bouteille aux couteaux-Huile-Appartient à Christian Vancaui montre mes premières peintures à mon oncle et il ne dit rien le pauvre homme. Que voulez-vous qu'il dise devant mes balbutiements, ce n'était pas bon évidemment ! Et bien entendu je regarde ses dernières peintures rangées dans une caisse. J'ai un coup de foudre immédiat pour ses natures mortes. Combien celle-là? Il ne sait pas trop? Blavier intervient ! 3000 francs belges, le tiers de mon salaire et je puis payer en 6 fois.
OK je prends ! Et la voici ci-dessus. Un chef d'oeuvre! Regardez le trou dans le mur par exemple. Cette peinture est aujourd'hui convoitée par de nombreux collectionneurs car Maurice Pirenne est maintenant connu en vertu du vieux principe selon lequel "la réputation monte quand le cercueil descend". Pas seulement pour celà, bien sûr mais tout simplement parce qu'il est un peintre énorme. Il était autodidacte et il a peint pendant près de 90 ans. Ils s'est toujours foutu de l'argent et de la renommée. Après avoir reçu mon dernier versement, il a dit à André Balvier "Je n'aurais jamais cru que mon neveu allait me payer"
Aujourd'hui je ressens cette visite comme une transmission de la peinture entre mon oncle et moi, un passage de relais d'un vieil homme qui va mourir un an plus tard. C'est aussi un clin d'oeil entre anarchistes
Jamais dans ma famille on ne m'avait parlé de cet oncle qui s'était toujours tenu à l'écart des écoles, de la renommée, de l'argent et de la famille. On m'a raconté qu'il venait parfois, à la Noël, conduire sa femme à la grande réunion annuelle de la famille Duesberg, Quai Mativa, là où j'habitais, chez mon Grand-Père; mais il n'entrait pas. Il s'asseyait sur un banc au bord de la Meuse, face à la Boverie (actuel Musée d'Art Moderne) et il déballait ses tartines...Quelle leçon. Voyez pour moi, un grand homme, c'est celà

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 05:18

Dans cette même période 1965-1966, je commence, avec Céline, à fréquenter de plus en plus, les galeries de peinture liégeoises. Je me suis toujours intéressé à la peinture mais jé réalise que j'ai un trou énorme à combler, mes connaissances s'arrêtant pour ainsi dire au cubisme. A Liège il y a l'A.PI.A.W, soit "L'association belge pour le Progrès artistique de la Wallonie" dirigée par le Professeur Florkin qui habite à deux pas de chez nous, rue Xhovemont . La salle d'expsition (Oeuvres contemporaines) se situe face à l'Université, Place du XX Août, à côté du théâtre de l'Emulation. Et peu à peu, nous allons nous lier d'amitié avec un groupe de peintres de la région à savoir: Leopold Plomteux, Armand Silvestre, Josée Picon et puis le couple Vandeloise car ce sont ces quelques gens-là que nous retrouvons à tous les vernissages et notamment à la Galerie du Croissant d'Or (la famille Nys), rue Sur-la-Fontaine. Comité ultra-restreint, les vernissages sont des déserts. Moi je suis un jeune banquier qui s'intéresse à la peinture, un des seuls, en dehors des peintres eux-mêmes. J'irai jusqu'à acheter un Plomteux que je paierai à tempérament. En effet je l'achète 8000 francs belges et j'en gagne 15.000 avec une femme et un enfant à charge. Seuls quelques médecins, avocats et dentistes achètent à Liège , à cette époque et

encore c'est très rare. Nous nous lierons tout particulièrement avec les Vandeloise qui habitent alors au Mont-Saint-Martin. J'apprendrai même à conduire à Juliette, car Guy, grand angoissé renoncera très vite

A la même époque j'avais appris à conduire à Céline (comme je lui avais appris à nager) sur la Coccinelle du Crédit Foncier. On a fait quelques heures de terrains vagues et de chemins de campagne et j'ai fini par la propulser dans le circuit agité de la Place Saint-Lambert, un circuit de dingues et elle s'en est très bien tirée
 

Et puis notre fille Valérie grandi. La voici à près de trois ans, toujours à la Merdu Nord. Les cheveux poussent. C'est une vraie petit crevette coquette, et longiligne comme ses


 

parents. Donc me voici banquier, psychanalysé et moniteur d'auto-école. Peintre, je ne le suis pas encore. je ne suis qu'un amateur éclairé et pour l'instant celà me suffit. Je visite les ateliers de mes amis, passe des soirées avec eux, à discuter de peinture, de littérature et de musique.
 

Je me souviens aussi d'un vernissage à l'Apiaw avec Alechinsky, un autre avec Hartung
Au mois de Juillet 1966 nous quittons notre petit appartement pour louer une maison avec jardin, dans une rue voisine qui mène à la Citadelle de Liège, la rue Fond Pirette, au bout de la rue, à gauche, face au Thier Savary. La soeur de Céline s'installe avec nous et participe au loyer  qui est de 4.500 FB à l époque. Un jardin en terrasse monte vers la rue de Campine. C'est notre première maison.

 

Dans cette maison très agréable, nous allons vivre jusq'en 1971. Etonnemment le jardin ne provoquera en moi aucun réflexe de jardinier. C'est Céline qui jardine. Moi, ça ne m'intéresse pas encore, je suis un enfant de la ville. C'est le contact avec les autres qui m'intéresse. Je suis curieux de tout et lis beaucoup. Je m'initie à la peinture mais sans y tremper mes mains. Je gratte beaucoup ma guitare depuis l'âge de dix-sept ans et apprends sans arrêt de nouvelles chansons, Brassens avant tout, Brel et Ferré et un peu de Rock. C'est réllement Brassens qui m'a appris la guitare. au fur et à mesure des ses 33 tours, sa musique devient de plus en plus élaborée, de nouveaux accords apparaissent et je les cherche sur ma guitare, puisque je joue tout d'oreille, et ça me prend un temps énorme. Depuis 1961 je suis aussi un passionné de la Revue Planète, créée suite au fameux livre, écrit par Louis Pauwels et Jacques Bergier "Le Matin des Magiciens"

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 05:04

Dès mon départ de la FN, on me propose deux situations dans deux banques différentes après interviews avec les deux directions régionales. Il va falloir choisir entre Le Crédit Foncier de Belgique, installé avenue Blonden et la Banque IPPA beaucoup plus connue, qui trône au Boulevard d'Avroy. Et je choisis la société la moins connue parce que l'on m' y propose un travail de pionnier, créer un réseau d'agents dans la province de Liège. Le Crédit Foncier de Belgique, fondé en 1835, soit 5 ans après l'indépendance de la Belgique qui se débarrasse de la domination hollandaise en 1830, a son siège Social, Place du Petit Sablon à Bruxelles et s'occupe de prêts hypothécaires. Il veut maintenant créer sa propre Caisse d'Epargne
 

Mon boulot consistera à former un réseau d'agents indépendants, employés, instituteurs etc..devenant de petits banquiers après journée dans leur village. Dans chaque village de la Province de Liège, je devrai dénicher l'homme de confiance, le former et lui faire ouvrir des comptes d'épargne et réaliser des prêts. Il y a du boulot. La province est étendue; elle touche à la fois à l'Allemagne et à la Hollande; elle comprend la région de Verviers et le Pays de Herve, la Hesbaye, la région des 3 frontières (Eupen; Herbestal, Gemmenich, St Vith), le Condroz, l'ardenne liégeoise, la Famenne et tout le bassin industriel liégeois, en ce compris Liège Centre. Tâche difficile car toutes les autres banques sont déjà installées dans ces régions avant nous, qui sommes les derniers venus sur le marché en matière d'épargne
 

Je suis donc engagé comme délégué et ma première tâche préparatoire, sera de visiter les clients emprûnteurs, pour essayer de leur faire ouvrir de livrets d'épargne. Ce sera ma période d'essai de trois mois. J'entre donc dans les locaux poussiéreux de l'avenue Blonden, le 17 janvier 1966. Il y a le Directeur Pierre G. et ses deux employés, un couple de mon âge, elle, Betty, secrétaire omnipotente du patron et lui, son mari, Charles, comme moi, sur les routes mais pour faire des prêts hypothécaires. Je ne suis pas le bienvenu car je suis universitaire et je risque d'entraver la carrière de ce couple non universitaire.

Attention danger!! Il faut que je me casse la gueule dans les 3 mois et tous les coups bas sont permis. Autant dire que je suis très peu au bureau. J'ai une voiture de la société, une VW 1200, une Coccinelle que je puis ramener chez moi et utiliser au privé. C'est ma première voiture, à 28 ans, et je sais à peine conduire, n'ayant jamais eu l'occasion de m'entraîner sur celle de mon père, puisqu'il n'en voulait pas. Et je vais donc très rapidement faire un accident en revenant d'un mariage avec mes parents que je pilotais. Ce genre de prestation je l'avais acceptée parce que la mariée était une jeune-femme qui venait chez nous comme assistante familiale, qui a quasi élévé mon frère Etienne et que j'aimais beaucoup. Elle s'appelait Josette de B. était baronne et son mariage avait eu lieu dans son château de Fraipont, et au retour patatras, avec la voiture d la Société. J'ai écrasé mon garde-boue droit sur un piquet, du côté où se trouvait mon père. J'ai donc expliqué à mes employeurs qu'ils s'agissait incontestablement d'un accident oedipien et que mon père se prénommait Laos. Ils ont très bien compris et ont passé l'éponge.

En attendant, je suis engagé définitivement à la fin de ma période d'essai. J'ai fait pas mal de clients et apparemment je suis persuasif dans mon rôle de représentant de commerce en livrets d'épargne. Je vais désormais m'atteler à la création de ce réseau d'agences
 

Mais parallèlement, en ce même mois de janvier 1966, j'entreprends une psychanalyse, j'ai bien dit "psychanalyse" et non "psychothérapie, il y a un monde !!! Je vais chez un certain Robert G. à Liège en Outremeuse, encore jeune, très froid d'apparence mais très direct. Elève du professeur Baudhuin et pratiquant une analyse procédant à la fois de Freud et de Jung et je dois dire que ce mélange qu'il me fait goûter me plaît assez. Au départ je vais chez lui, une fois par semaine (qui en deviendront vite deux) de 7h30 à 8h30, avant d'aller à ma banque. Ce G. m'a été renseigné par le vicaire de ma paroisse, Van Bergen, curé exceptionnel avec lequel je suis resté en contact. Car je ne vais pas bien et il est hors de question que je retourne à Bruxelles chez ce psychiatre moustachu, à la mode, le genre de mec qui se remplit les poches un max en voyant un max de clients par jour.

De G., mon nouveau psychanalyste, je ne suis pas fou au départ. Il fallait vraiment vouloir se le taper. Le faisait-il exprès d'être rébarbatif? Je crois que oui ! Mais c'est un type cultivé, qui lit beaucoup, il a même un statut de libraire, c'est aussi un philosophe, et il adore faire la cuisine. Sa femme est psychagogue. Et comme disait Louis-Ferdinand Céline, dans son enfance, il en avait vu "des merdes et des bavures" surtout avec sa mère. Il n'a pas peur de me le dire, il revient de très loin.

Il fait partie d'une association de psychanalyse reconnue. Il a fait une psychanalyse didactique après sa psychanalyse personnelle et il subit régulièrement une psychanalyse de contrôle avec un psychanalyste de son association qui discute avec lui de ses patients en cours et éclaire ses propres réactions inconscientes vis à vis de ces clients. Je le dis et je le répète, il ne faut entreprendre une psychanalyse qu'avec un psy qui réponde à ces conditions et c'est la première question à lui poser . G. n'est pas un psychiatre puisqu'il n'est pas médecin , mais il travaille en collaboration avec un médecin si nécessaire. Personnellement je n'ai jamais pris de médicament.
 

Enfin, comme je n'avais pas d'argent, il accepte que je le paie à moitié prix at que j'apure l'autre moitié plus tard, quand je gagnerai convenablement ma vie, sans délai, ni écrit constatant cette convention verbale. Je resterai en analyse pendant 5 ans et demi et apurerai ma dette jusqu'au dernier kopeck

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 04:57

 

. Nous sommes en décembre 1965 et voici Valérie, la petite demoiselle, et elle s'y croit. Elle a près de deux ans et demie et ça promet.
 

 Il me faut maintenant trouver du boulot et vite. Alors j'écris partout. je suis même introduit par Miche BREL, la femme de Jacques, comme chacun sait, auprès de la firme Esso à Vilvorde, mais ça ne marche pas. Des conseillers juridiques, chefs de personnel, on en demande très peu, un par entreprise et les places sont prises
 

En décembre, je suis engagé comme stagiaire très mal rémunéré à la FN (la Fabrique Nationale d'Armes de Guerre eh oui c'est un comble) à Herstal. J'entre donc dans un monde plus que particulier. Au réfectoire, je retrouve une équipe d'universitaires. Notamment, mon ami G.J qui travaille au service commercial; c'est lui qui conclut des "marchés ") en Afrique et en Arabie. Il voyage tout le temps. il y a aussi un ingénieur allemand, pilote d'avion, qui participe à la construction d'un moteur d'avion allemand et des tas d'autres ingénieurs. Moi je suis au service juridique
 

Pour entrer dans cette usine blindée, fondée en 1886, on doit franchir le corps de garde et se faire reconnaître. Ca ne me change guère de l'armée. La FN, connue dans le monde entier, c'est plus qu'une usine, c'est une ville qui à l'époque compte encore de 13.000 à 15.000 habitants, pardon, ouvriers et ouvrières. Cette ville, je vais la visiter de fond en comble, y compris le quartier des femmes à la Cartoucherie, rien que des femmes  qui vous

 

déshabillent de l'oeil ! Regards concupiscents ou haineux, les deux ensemble probablement, à l'égard de ces jeunes cadres dont je suis, sortis frais émoulus de leur attaché-case en croco, croco probablement tué par les magnifiques fusils de chasse de la FN dont ces dames fabriquent les cartouches et le cycle est bouclé.

Ce que j'ignore, c'est que ce femmes s'apprêtent à entamer une grève de trois mois en février 1966, pour obtenir l'égalité des salaires avec les hommes. Mais en février je serai parti car je ne resterai que 6 semaines dans cette usine de mort. L'armurerie aussi est réputée, on y fabrique des armes de collection; ensuite la fabrique des "Browning" revolvers anglais célèbres que l'on retrouve dans tous les anciens polars; la FN a un contrat avec cette firme anglaise et aussi avec Winchester et nous voici dans l'univers des westerns; Enfin à la FN, c'est bien simple, on trouve tout ce qui tue, c'est absolument merveilleux ! Et autour de la FN, il y a la ville d'Herstal, une ville qui pendant des décennies a vécu de cette usine d'armes. Tout le monde y travaillait. Herstal jouxte la ville de Liège, en direction de Maastricht et de la Hollande. La FN existe toujours mais n'emploie plus que 1500 personnes
 

Au service juridique, l'ambiance est agréable. On me fait réaliser un mémoire sur les armes de chasse susceptibles d'être classées armes de guerre et dès lors soumises à autorisation; ceci concernait tout paticulièrement la carabine vingt-deux longue, autre fleuron de la FN.
 

Dernière anecdote, un ami qui  a travaillé là-bas pendant des années m'a raconté qu'on avait convoqué le même jour deux catégories d'acheteurs, les uns venant d'Israël et les autres de Palestine et que des précautions avaient dû être prises pour que les deux délégations ne se retrouvent pas face à face ce jour-là. Le cynisme crapuleux des marchands d'armes. Et puis voilà, mon stage de six semaines se termine le 15 Janvier 1966 et je cherche une situation désespérément. Ci-dessous une photo de la ville dans la ville, alias la FN, mais à mon époque, les terrils n'étaient pas encore recouverts de verdureF.N-Armes.1966

 

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 08:01

Retour à la caserne  où je deviens copain avec un certain Nico Dewalque, un des footballeurs en pointe du moment, center-half du Standard et de l'Equipe nationale, celui qu'on appelle déjà le Beckenbauer liégeois. C'est un Limbourgeois de Zichen-Zussenbolder (région de Trongres), donc un Néerlandophone. C'est moi qui lui rédige ses demandes de permission de nuit et il m'en est reconnaissant. C'est un grand garçon timide et qui joue au football parce que c'est la volonté de son père, car lui s'en fout. Seulement voilà, il est superdoué et est pris dans l'engrenage. La meilleur c'est qu'on se fait des passes dans la chambre entre les lits et il me dit que je suis doué, alors que j'ai très peu pratiqué ce sport, uniquement dans la cour du collège. Et me voici reconnu par un grand joueur de l'équipe nationale belge. Encore une vocation ratée après celle d'acteur.

 

Nous irons, avec Céline, à son mariage, dans le Limbourg où nous passerons une soirée mémorable dans ce milieu du football belge, avec un Georges Heylens, grand joueur d'Andelecht, assez délirant. je n'ai jamais su pourquoi Nico s'était pris d'une telle amitié pour moi. Il semblait effectivement ne pas avoir d'amis alors qu'il était poursuivi pas les chasseurs d'autographes. Dur, dur d'être Nico. J'ignore totalement ce qu'il est devenu
A la fin de mon service, fin octobre, on va me proposer au grade de caporal et bien entendu je vais refuser à nouveau. Je resterai Plouc jusqu'au bout, non mais ça va pas la tête ? Avant de quitter la caserne, j'ai plaidé une troisième fois, encore pour un témoin de Jehovah, un certain Goedert d'Arlon
 

J'ai donc aussi accompli, en même temps que mon service militaire, ma première année de stage au barreau de Liège. Il m'en reste deux mais non merci, je me tire. Je n'aime pas les déguisements...

Bien maintenant que j'en ai fini avec cette connerie de service militaire, il est temps que je parle de ma fille que je n'ai presque pas vue et qui a 2 ans et trois mois, mine
de rien. Je vais donc faire un  petit flash-back photographique. Voici Valérie, pétrifiée dans les bras de son papa "Mais non , je ne suis pas Gérard Depardieu, ma chérie, je ne vais pas te manger ".
 

Valérie a presque 5 mois et ces deux premières photos sont prises rue Hocheporte à Liège.

Plus bas, elle a 9 mois, c'est à Duinbergen, à la côte belge, à Pâques 1964, elle se dresse mais ne marche pas encore, elle y arrivera en septembre, toujours à la Côte belge et sur les deux photos du bas,  ce sont les premiers pas, encore un peu titubants. C'est quoi ce petit crabe qui s'avance sur le sable fin ??
 




Je vais seulement entrer à l'armée, un mois plus tard
. Voici donc dans quel état je vais abandonner ma fille pour partir à la guerre, la fleur au canon et à la bouche, une chanson

Comme vous le voyez c'est une enfant toute mignonne, toujours de bonne humeur, nous n'avons vraiment aucun problème avec elle

Elle a des yeux très grands et de longs cils arachnéens. Je me demande si celà existe toujours, ces berceaux circulaires, entourés d'un filet à losanges

Voici un père très fier de sa progéniture. Plutôt dangereux de s'avenrurer  sur un brise-lames avec un bébé. Parfaitement inconscient le papa

Et voici les premiers pas, l'aventure va commencer et elle commence dans le sable et au bord de la mer du nord, très exactement à Duinbergen-sur-mer

 

Moi mes premiers pas, je les ai faits, soit à Gand, soit à un autre endroit de la côte, Saint-Idesbald en l'occurrence. Probablement au début de 1939. Ici nous sommes en avril ou en septembre 1964 et je vais bientôt avoir 27 ans






































 

Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Bio 91 - Fin du Service Militaire - Ma fille Valérie
Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 07:51

 

Une semaine de congé à l'armée en août 1965, deux mois avant ma démobilisation. Céline et moi décidons de retourner rue Mabillon-Saint-Germain des Prés, dans notre apart occasionnel à Paris et nous y emmenons mon copain de chambrée, Raoul Crahay et son épouse Jacqueline, hôtesse d'accueil au Grand Bazar de Liège (Raoul est décorateur d'intérieur dans le même grand magasin) Séjour assez délirant, soirées arrosées, enterrement de Suzanne Valadon ( Madame Utrillo ), à Montmartre. Et le lendemain d'une cuite, je me lève le premier comme toujours, je sors et je remonte  vers le jardin du Luxembourg par la rue Saint-Sulpice. Paris un dimanche matin, c'est évidemment le désert

 

et le jardin du Luxembourg tout autant. Le Sénat (photo) dort encore. Paris ne s'éveille pas!

Les oiseaux chantent et je suis dans les brumes de l'alcool. Je traverse une partie du parc et arrive à la grille qui donne sur la Place Saint-MIchel et cette place est noire de monde  ???. Au moment où je vais franchir la grille, deux gardiens de la paix viennent la fermer en me disant "dépêchez-vous, on va fermer"??? A ce moment je me dis que je suis en train de rêver dans mon lit, rue Mabillon, que je ne suis pas sorti du tout dans la rue.". J'entre sur la place et je n'y comprends rien. Une manif ? mais tout de même un dimanche à cette heure-ci ? Et puis les gens sont bizarrement habillés, comme pendant et avant la guerre 40 et aussi les coiffures des femmes et puis...ah voilà un char! Je le contourne et j'aperçois un panneau.

Tournage du film de René Clément "Paris brûle t'il ?"Ah bon mais c'est bien sûr. je me trouve en pleine figuration, sans avoir le droit d'y être; ni cachet, ni indemnité. Sans doute les flics qui m'ont laissé sortir du parc, ont-ils cru que j'étais un figurant qui étais allé pisser. Comment imaginer en effet  que je puisse être là par hasard, un dimanche à 6h00 du mat. Et je regarde cette place avec tous ces bistros ouverts et cette foule grouillante. C'est hallucinant. je me dirige vers un des bistros pour essayer de savoir ce que les gens font là et à ce moment un type s'amène avec une casquette et un porte-voix et nous dit, à moi et à ceux qui m'entourent, de rentrer dans le bistro pour recommencer la scene qu'on vient de tourner mais qui n'est pas au point, mais quelle scène ??? Et je suis happé à l'intérieur du  bistro, coÏncé comme une sardine par les figurants, en costumes de Parisiens "occupés par les Schleus", juste à la sortie, au coin du comptoir car il est impossible de s'enfoncer plus avant et puis le con au porte-voix , qui se profile à l'entrée du bar-tabac et qui hurle "Bon, on refait la même chose que tout à l'heure ". Il recule, donne un signal et je suis littéralement propulsé sur la place en première ligne et comme j'ignore ce qui se passe je regarde les autres qui pointent le ciel du doigt avec moultes exclamations. Oh oh, ah ah !Et je fais la même chose, faut bien, on tourne et en plus c'est une deuxième prise, mais que montrent-ils du doigt, je ne vois rien dans le ciel. et puis tout à coup l'illumination!!!. Des parachutistes, bien sûr, c'est la Libération de Paris, conard ! Et je reste là à pointer mon doigt mais maintenant au moins je sais pouquoi ! Mais il faut le baisser quand ce doigt ?
 

Ce sera mon premier et dernier film et la scène sera coupée; ils ont dû renoncer. Une carrière d'acteur qui eût pu s'avérer brillante, est brisée dans l'oeuf. J'ai  descendu le boul. Mich, la queue entre les jambes, fallait bien la mettre quelque part et tordu de rire et j'ai rejoint la rue Mabillon en me pinçant tous les dix mètres. J'ai réveillé tout le monde et j'ai raconté mon rêve éveillé. Pourquoi c'est toujours à moi que ces choses-là arrivent ??? C'est d'ailleurs ce que m'a dit, mon ami Raoul !
 

Un autre souvenir marquant sera une visite chez l'Editeur Eric Losfeld, avec l'arrivée en mobilette de l'écrivain belge Jacques Sternberg et son duffel-coat. Nous engageons la conversation. Sternberg et moi, nous promettons de nous revoir bientôt. Il est anversois d'origine et publie alors aux Editions de Minuit si ma mémoire est bonne. Et aussi, il "barre" à Trouville, car c'est un homme de le Mer
 

Rue Saint-Benoit, au "Petit Saint-Benoit", nous avons fait la connaissance d'un peintre et libraire italien, Elio Marinelli, qui travaille dans la Librairrie de sa tante, à la "Maison du Livre Italien"rue de Grenelle si je me souviens bien et habitait Boulevard Saint-Germain avec son ami Victor Obadia, un marocain. Nous les reverrons au cours d'autres séjours à Paris. Elio m'offrira une de ses peintures, ainsi qu'un livre "L'ennui" de Moravia. Il avait travaillé avec Vadim sur le scenario de Barbarella. Voici sur la photo de droite à gauche, Victor  Obadia et Elio Marinelli dans leur appartement du Boulevard Saint-Germain, à deux pas de la Brasserie Lipp

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 07:37

Et pourtant, je suis entré, en réprimant mon fou-rire, et me suis mis à plaider avec passion. Des amis avocats, venus me voir n'en revenaient pas. Comment plaider avec passion pour des causes perdues d'avance, qui, en outre ne me rapportaient pas un sou. En fait, un Conseil de guerre c'est presqu'aussi impressionnant qu'une Cour d'Assises, donc c'est très théâtral et j'avais l'impression d' y entrer comme on entre sur une scène de théâtre,  avec effets de manches, pivotages d'un demi-tour sur le tranchant du  talon, quelquechose de François Perier, dans sa plaidoirie de "Bobosse". Une chose est claire, c'est que j'imposais le silence total dans la salle (phénomène qui s'est reproduit par la suite, chaque fois que j'ai été amené à prendre la parole en public) Bref on m'écoutait et ça m'a plutôt renversé à l'époque. Je crois que ça tenait à la passion que j'avais (que j'ai toujours ) en moi et à ma voix grave aussi. Ma passion étant, au tribunal, de défendre des mecs qui disaient non à l'armée, non à la guerre, non à la connerie humaine.

 

Je pense que mon déserteur a été absous et réintégré dans sa caserne. Pendant ma plaidoirie, je m'étais bien évidemment adressé plus particulièrement à mon commandant de compagnie, président du Conseil de guerre, le Baron, car c'était un baron en plus, qui avait choisi la carrière des armes, enfin disons qui avait dû être nul pendant ses études; c'est courant chez ce gens-là, la consanguinité sans doute, mais souvent leur tête est moins bien remplie que leurs bottes, bottes de ploucs ou bottes de chasseurs, c'est du pareil au même ! J'ai eu peur qu'il ne me refuse  le renouvellement de ma permission de nuit mais il a été correct et n'en a rien fait. Faut dire que j'étais régulièrement consulté par les gradés de carrière, ben pardi, pour donner une consultation à l'oeil. Mais en fait je n'avais aucune pratique et j'essayais donc de m'esquiver adroitement, tout en paraissant maîtriser la matière. Et c'est souvent de divorce que ces gradés m'entretenaient. Etonnant n'est-il pas?

Me voici donc à nouveau parmi mes copains de chambrée (photo ci- dessus, mais à mon avis c'est à Namur pendant mon mois d'instruction (je suis le deuxième en partant de la droite, dans la rangée, du milieu, à côté de mon ami Servais, le Japonais-coiffeur, qui nous a déjà fait retourner nos bérets, plutôt à la Russe cette fois, ce type étant capable, avec un seul béret d'en confectionner une dizaine. C'est ça le talent )
 

Mon adjudant m'emmenait souvent avec lui au mess des officiers, à l'apéro de midi ou en fin d'après-midi et les officiers ne disaient rien. Ils discutaient avec moi et on picolait ferme. Un jour, lors d'une cuite mémorable, j'a sorti toute ma haine et ma dérision vis à vis de l'armée et les officiers m'écoutaient, et même avec un certain intérêt. Ensuite je me suis écroulé ivre-mort. C'est mon adjudant qui m'a ramené chez moi, devant mon épouse effarée. Je me suis réendormi lourdement et bien entendu je dormais toujours à quatre heures du matin. J'ai dû arriver à la caserne vers 9h30, pas fier et complètement embué. Au corps de garde on m'a dit que j'étais porté "Déserteur", n'ayant pas été présent à l'appel au lit. Toute la caserne était au courant. J'étais à la merci des gradés que j'avais invectivés la veille et je risquais le cachot (si pas le peloton d'exécution). Mes camarades me disaient "cette fois-ci, ton compte est bon". J'ai donc repris mon service en attendant des sanctions suprêmes. Elle ne sont jamais venues. Je pense que je l'ai dû à mon chef de service qui a dû prendre sur lui.
 

J'avais justement un copain réfractaire qui a passé l'essentiel de son service au cachot, William Ancion. J'allais le nourrir quand j'étais de garde. Je l'ai revu trente ans plus tard dans un reportage sur Seraing et les chômeurs de Cockerill, dont il était, un reportage tourné par la TV suisse romande. Je l'ai enregistré. Un garçon très chouette, lucide et intelligent. Sur la photo à droite, je monte la garde à l'entrée de la caserne, près du cachot. C'est ce qu'on appelait "être de piquet"
 

Vers la même époque j'ai aussi vécu la lâcheté des hommes. C'est le WE et on va tous partir en permission. On est rangés en rangs d'oignons dans la cour. Vérification de nos tenues de sortie. Bottines, ceinturons et boutons, reluisants-Coupe de cheveux, barbe rasée de près (on nous passait un morceau de ouate sur le visage pour voir si rien n'accrochait ). Le sergent s'amène. Catastrophe, quelqu'un a bouché les chiottes. Qui a fait ça ? Je n'en ai aucune idée. Si les coupables ne se désignent pas, tout le monde sera consigné ! Terminé le WE de permission ! Silence de mort. Ca me fait bouillonner. Alors je sors des rangs et dis au sergent et à voix haute pour que tout le monde m'entende ; " Ce n'est pas moi, mais il y a des lâches parmi nous et les autres n'y sont pour rien. Montrez-moi les toilettes bouchées et j'irai les déboucher". C'est osé mais nom de Dieu, ça marche. Et on m'emmène dans les couloirs vers les toilettes. je suis encadré par plusieurs sous-officiers et aussi par mes copains car tout le monde semble avoir été autorisé à assister à ce gigantesque show.

Et en effet, je me retrouve devant quelques cuvettes remplies de merde de plouc, jusqu'à ras-bord. Et moi je suis vert de râge dans mon uniforme "caca" de plouc et je plonge à mains nues dans la première cuvette et jusqu'au fond du pot et j'en ressors des lambeaux de tissus, morceaux de draps de lit et torchons - très drôle les gars - et la cuvette se débouche et se vide comme par miracle. Les lambeaux de tissus mêlés de merde, je les jette au fur et à mesure sur le carrelage, en éclaboussant bien entendu les chaussures des sous-off.. C'est vrai que j'écume littéralement.

Et je me tape une deuxième cuvette, et puis une troisème. comme on se tape des chopes (bières en belge) "Ti prinds eco une cuvette, vî cadet" (c'est du liégeois). Mais j'y prends goût nom de Dieu !!!. Résultat, tout le monde est rentré chez lui ce WE là. Et moi je suis devenu " l'avocat qui n'a pas peur de tremper ses mains dans la merde et j'ai souffleté le ou les lâches d'une manière magistrale. Ils n'ont jamais avoué et je n'ai jamais su qui c'était

 

Repost 0
Published by Christian VANCAU - dans Ma BIOGRAPHIE
commenter cet article